‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 298 sur 365 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

CAROLINE

Arrête, n ajoute pas à l'horreur de ma situation. Eh! ne sens-tu pas, ingrat, que l'état humiliant où je me réduis pour toi, est la preuve la plus forte que je puisse te donner de mon amour; que l'amour seul est capable de ce dévouement absolu , de ce courage surnaturel qui .te rendent à toi-même et à ton père? Toi qui allais calomnier mon cœur , je mépriserais le tien, si tu doutais de ce qu'il m'en coûte pour remplir cet horrible devoir.

BAZILE, à Vemeuil père.

Et tout ça n* vous émeut pas ? C'est incompréhensible î

VERNEUIL père à CaroKnc.

Je commence à vous connaître et à vous apprécier. Votre délicatesse ne sera pas sans récompense : je me charge de votre bien être, j'élèverai l'enfant malheureux

CAROLINE

Vous me connaissez, dites- vous, et vous croyez que je recevrai vos bienfaits; que je vous confierai ma Cécile! Moi, je mettrais un prix à mon honneur; je livrerais mon enfant à celui qui lui arrache son père! Cest alors que je mériterais mon sort. Non, monsieur; seule, ignorée et pauvre, mais courageuse et patiente, je ne devrai rien qu'à mon travail. J'élèverai mon enfant dans cette heureuse obscurité, oii l'on cultive encore les vertus de la nature. Elle apprendra de moi à souffrir sans se plaindre, à pardonner à ses oppresseurs; et, si je suis condamnée à pleurer sa

44o CHARLES ET CAROUNE.

naissance, je vivrai pour réparer ma faute , et je mourrai sans remords.

( Elle sort. )

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