‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 11 sur 441 · ACTE I, SCÈNE III. 3i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III. 3i

BEAUVAL FILS

L'ami des hommes ne saurait les craindre.

MATHIEU

c'est fort bien. Si cependant vous saviez quelque chose...

Je ne sais rien.

MATHIEU

Parole d'honneur?

BEAUVAL FILS

Je ne mens jamais.

MATHIEU

Écoutez donc, je ne serais pas étonné du tout qu'il y eût quelque projet en l'air, quelque sourde machination. Ce grand vaurien de Télémaque, dont vous m'avez défait, peut-être très-à-propos, était un péroreur éternel, paresseux, gâtant les autres, tendant visiblement à la ruine de l'habitation; enfin...

BEAUVAL FILS

Arrêtez, monsieur, et ne jugez point au hasard un homme que vous ne pouvez apprécier. Télémaque n'est plus sous votre dépendance, et loin d'avoir le droit de lui prodiguer des injures, peut-être lui devez-vous des égards.

MATHIEU

Des égards , monsieur ! des égards ! Vous conviendrez que voilà des mots...

BEAUVAL FILS

Non, monsieur, ce ne sont pas des mots. Je me flatte que vous ménagerez mon ami.

MATHIEU

Dès, que monsieur Télëmaque est votre ami, il a des droits à mon respect.

BEAUVA L FILS

Point d'exagération , s'il vous plaît.

MATHIEU

Mais , vous n'exigerez pas sans doute que ce respect s'étende jusqu'à un petit serpent, qui, j'espère, est sous ma dépendance, et à qui il a communiqué ses lumières et son venin , mademoiselle Zamé , noire comme l'ébène , spirituelle comme un démon , entêtée comme une mule , qu'on écoute comme un oracle , et que je crois très -propre à conduire une conspiration,

BEAUVAL FILS

Hé, monsieur, calmez-vous : personne ne pense à conspirer.

MATHIEU

Vous pouvez avoir raison. Cependant, tout à l'heure encore , elle donnait carrière à son imagination , et on applaudissait; et on s'arrêtait, et l'ouvrage n'avançait pas. Je vous ai remis tout cela en train à ma manière favorite : elle est prompte et sûre.

( Il imite le mouvement du fouet. )

BEAUVAL FILS

Hé, quand ces malheureux respireraient un moment !

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