ACTE I, SCÈNE III
MATHIEU
Hë , monsieur , n'ont-ils pas la nuit pour respirer ?
Il est vrai que vous la leur laissez encore,
MATHIEU
Il le faut bien : on ne peut pas travailler au flambeau. Au reste, monsieur, vous avez vos principes, que je ne me permets pas de blâmer...
BEAUVAL FILS
Je l'espère.
M A THIEU.
Mais, j'ai les miens, dont je ne m'écarterai point; et j'ai très-fort notifié à mademoiselle Zamé, qu'à sa première gentillesse , je lui ferais administrer cinquante coups de fouet , appliqués de main de maître.
BEAUVAL FILS, vivement.
Je VOUS le défends.
MATHIEU
Quoi! monsieur...
BEAUVAL FILS
Je vous le défends, vous dis-je.
MATHIEU
Mais, monsieur, vos manières, vos discours sont évidemment subversifs de l'ordre, de la subordination. Yous oubliez que votre père approuve ma conduite, et que je n'ai d'ordres à prendre que de lui.
BEAUVAL FILS
Mon indignation m'a emporté trop loin, je l'avoue. XL 3
Je me borne à vous prier de ménager Zamé, de la traiter doucement. Entendez- vous, monsieur; c'est moi qui vous en prie. Mes prières peuvent être comptées pour quelque chose.
MATHIEU
Certainement, monsieur, certainement.
BEAUV A.L FILS.
Mon suffrage peut être aussi de quelque poids à VOS yeux.
MATHIEU
J'en fais sans doute le plus grand cas.
BEAUVAL FILS
Songez, monsieur, que je pourrais me souvenir un jour que, sans vos calculs infâmes, sans vos lâches suggestions, mon père n'eût jamais suivi que l'impulsion de son caractère, naturellement bon et humain. Vous seul l'avez quelquefois égaré ; vous seul l'avez quelquefois rendu barbare. Pensez-y mûrement ; il est toujours temps de se corriger et de connaître enfin la noble ambition de devenir estimable.
( Il sort. )