SCÈNE VL
GERVAIS
Ça devrait ben et' comme ça , pour Tprofit d'un pauvre maître.
BRUNO
Oui; mais, pour Fr'pos d'un pauv' compagnon?
GERVAIS
Pas de raison; à l'ouvrage.
BRUNO, travaillant.
' M'y v'ià, not' bourgeois. Mais quand j'nous repo-= serions un peu, n'y aurait pas grand mal.
GERVAIS, travaillant.
Plains-toi , j'te l'conseille. Ça dort tout d'un somme jusqu'à des trois heures du matm ; ça vous a d'ia paille fraîche tous les ans, du pain d'orge tous les jours , du lait caillé à tous ses repas , et ça n'est pas content !
BERTRAND, travaillant .
Allons, voisin, faut commencer la journée gaiement, quand on veut la finir d'même, et j'ons queuqu'idée que c'telle-ci pourra faire rire queuques-un, qui n' s'en doute pas.
BRUNO
Ça n' s'ra morgue pas moi, toujours.
GERVAIS
Qu'eu qui t'parle à toi ?
BERTRAND
Allons, allons, d'ia gaieté, la chansonnette; ça tue l'temps.
198 LES SABOTIERS
GERVAIS
Parguenne, voisin, ous avons raison. Plein eune tête d'chagrin n'paye pas pour un sol d'dettes.
BERTRAND, à part.
Avant d'nous déboutonner , faut Tremettre dans son assiette.
COUPLETS
GERVAIS
Est-il un plus doux métier.
Que celui de sabotier?
Chausser la femme et la fille , Caresser un pied mignon , Et voir sourire un tendron , Dont le petit cœur frétille ; Non , il n'est pas de métier Com' celui de sabotier.
BERTRAND
Mon voisin, ce sabotier, West encor qu'un écolier. Rien qu'à voir brqne agaçante, Deviner ce qui lui sied ; Trouver chaussure à son pied , Et la renvoyer contente ; C'est ainsi qu'un sabotier Prouve qvi'il sait son métier.
BRUNO
Pour être bon sabotier , Il faut donc être sorcier ?
Ma méthode est aussi sûre.
Agissant sans discourir, J'ai toujours su réussir , En présentant la mesure.