LE SOLITAIRE ET LE BRIGAND
FABLE
Un homme , depuis son enfance , Habitait parmi des brigands.
L'habitude, l'insouciance, La trop facile jouissance , Ce qui séduit dans tous les temps De jeunes et de vieux enfans , L'àvaient perdu dès sa naissance.
Il connaissait bien la vertu , Car enfin chacun à la sienne , Et chacun , de Pékin à Vienne , De son costume est revêtu :
J'entends cette vertu commode.
Par conséquent toujours de mode Pour nous faibles individus; Les mots sont encore entendus.
Sortant un soir de son repaire Pour jouir du déclin du jour , Mon brigand trouve un solitaire, Et fond sur lui comme un vautour.
« Mon ami , dit le philosophe , « Pourquoi veux-tu me dépouiller ?
Taillés tous deux en même étoffe , « Comme moi tu peux travailler, « Et récolter café , cannelle. . .
« Tu me frappes î honte éternelle !
« La justice — Me fait bâiller,
PRÉFACE
Lui répond l'homme à l'habitude ; Ton discours n'est plus de saison.
Besoin fait taire la raison • Jouir est mon unique étude, Mon bonheur , paresse et plaisir.
Sur le cri de ma conscience Je m'efforce de lii'étourdir.
Cédant à mon impatience Sans même déplorer ton sort , Obéis , je suis le plus fort.
A la fois cruels et sensibles , Vous , à qui mon Nègre déplaît , Il vous trouverait moins terribles Sans la vérité du portrait.
Faits pour l'erreur et la folie , Jouissons , chers contemporains ; Mais pardonnons à qui s'oublie Jusqu'à vouloir nous rendre humains.
PERSONNAGES
ACTEURS
BEA^UVAL PÈRE, riche colon de Saint- Domingue.
BEAUVAL FILS
TÉLÉMAQUE , nègre esclave.
SCIPION , idem.
MATHIEU , économe de l'habitation Beauval.
BARTHÉLEMI, courtier.
ZAMÉ, négresse esclave.
Nègres, Négresses, Soldats.
Amiel.
Valienne.
Villeneuve.