ACTE I, SCÈNE YI
CLAUDINE, sanglotant.
Poursuivez, poursuivez.
AMBROISE
Ne pleure pas , mon ami , ne pleure pas. Les fautes sont personnelles. Ce n'est pas à toi que j'en veux... ( Cherchant. ) ce D'espoir qu'en vous. » M'y
voilà. « Mon repentir et... et mes larmes » Ah!
elle a pleuré; c'est quelque chose. «M'ont peut-être c( rendue digne de votre pitié , et si vous me refusez « votre... votre assistance, il ne me reste que le désce espoir et la mort. Votre filleule Claudij^e. » Tout ça est bel et bon; mais, avant de m'attendrir, je veux savoir de quoi il est question. Tu es sans doute au fait ; voyons : qu'est - ce que c'est que cette faute ? Ça me chiffonne , ça.
CLAUDINE
Mon récit sera court.
AMBROISE
Tant mieux! je n ai pas de temps à perdre.
CLAUDINE
Claudine avait quatorze ans.
Bon.
CLAUDINE
On la trouvait jolie.
AMBROISE
Après?
CLAUDINE
Tous les jours , elle menait paître le troupeau de son père sur le Montanverd.
370 CLAUDINE
AMBROISE, impatienté.
Ah ! voilà une histoire qui ne va plus finir.
CLAUDINE
Le printemps ramenait déjà les voyageurs qui viennent , tous les ans , visiter nos glaciers. Claudine était à l'écart avec son troupeau. Un étranger passe près d'elle; elle regarde par curiosité. Il lui parle; l'honnêteté l'oblige à répondre. Il était jeune; la jeunesse intéresse. Il était beau; Claudine trouvait du plaisir à le regarder. i^Jvec embarras.) Enfin.,, enfin...
AMBROISE
Elle oublie son troupeau.
CLAUDINE
Elle s'oublie elle-même.
AMBROISE, avec chaleur.
Et son devoir î et son père !
CLAUDINE
Elle ne connaissait de devoirs que ceux qu'elle remplissait depuis sa naissance. Elle ne savait pas quelle pût offenser son père. L'étranger jura, promit...
AMBROISE
Et ne tint rien ? c'est la règle.
CLAUDINE
Claudine n'était pas revenue à elle, qu'il était déjà loin. Elle pressentit son malheur, et soupira.
AMBROISE
C'est la ressource des filles trompées. Elles pleurent, elles soupirent.