ACTE I, SCÈNE X
BELT ON
Et VOUS m'en punirez ?
MADAME DERNETTI.
Ah ! VOUS faites le cruel ? cela n'est pas bien, monsieur Belton.
BELTOIV.
Non , en vérité , non, je ne suis pas cruel ; mais , je tiens à mes intérêts. Je vous vois à chaque instant du jour, toujours aimable, toujours séduisante; je vous parle , vous me répondez ; une sailhe est payée par ce sourire, qui n'est qu'à vous , que je n'ai vu qu'à vous ; un doux enjouement est Famé de nos entretiens; votre cœur se livre à cette heureuse sécurité que produit l'absence des passions ; enfin , vous me traitez en homme sans conséquence.
MADAME DERIfETTI.
Après , après ?
BELTOT^.
Si je dis un mot, je perds tous mes avantages, je vous donne l'éveil , je vous force au silence.
MADAME DERIN^ETTI.
Ce mot est donc bien terrible ?
BELTON.
Oh ! épouvantable.
MADAME DERNETTI.
Voyons toujours ce mot.
BELTON.
Vous me. l'ordonnez ?
MADAME DERNETTI.
Mais, je crois qu'oui.
384 CLAUDINE
BELTOPf.
Eh bien, madame, je vous adore.
MA.DAME DERNETTI.
Que de peines il a fallu pour vous amener là !
BELTOiy.
Si j'osais donner à votre réponse le sens que sans cloute vous n'y attachez pas...
MA.DAME DERJYETTI, lui souriant avec tendresse.
Osez , osez.
BELTON.
Hé bien , j'ose, et je suis heureux.
MADAME DERNETTI.
Mon cher ami , je suis de moitié.
RELTOI?r.
Madame...
MADAME DERINTETTI.
Monsieur !
BELTON.
Je justifierai votre choix.
MADAME DERÎfETTI.
Je l'espère.
BEL TON
Je le jure.
MADAME DERNETTI.
Ne jurez pas. Aimez ; cela vaut mieux.
Si j'aimerai ! jusqu'à la mort. N'avoir qu'un désir, celui d'être à vous; qu'un bonheur, celui de vous plaire; n'éprouver aucune sensation dont vous en
ACTE I, SCÈNE X. 385 soyez l'objet ; vivre pour vous seule enfin, voilà mon plan , mon espoir , ma destinée.
MADAME DE RNETTI.
Que répondre à cela ? Je pensais précisément ce que vous venez de dire.
BEL TON, après lui avoir baisé la main.
Prenons maintenant nos petits arrangemens.
MADAME DER]NETTI.
Des arrangemens !
BELTON.
Sans doute; il faut penser à ses affaires. *
MADAME DERNETTI.
Voyons vos arrangemens.
BELTON.
D'abord, je vous épouse.
MADAME DE RJYETTI.
Rien que cela?
BELTON.
Pas davantage.
Le reste ne sera pas difficile à arranger.
BELTON.
Je vous conduis dans mes terres. Un site agreste et romantique nous sépare de tout l'univers. Ici, des chênes , vieux comme le monde , offrent leur ombrage au mystère ; là , des rochers escarpés semblent défier nos efforts ; nous les gravissons ensemble. Une main déhcate s'appuie sur la mienne , et fait passer