SCÈNE IL AMBROISE, CLAUDINE, HONORINE
HONORINE
Allons donc , père Ambroise , allons donc. Vous passez le temps à causer avec ce jeune homme, et nous n'en avons pas à perdre. Rien n'est encore prêt pour ce soir. Du soin, de l'activité, un retour de jeunesse, père Ambroise.
AMBROISE
Ma foi, mademoiselle Honorine, je suis toujours jeune auprès de vous.
HONORINE
Je ne crois pas aux miracles , père Ambroise.
AMBROISE
Bien des femmes en ont fait, et ne vous valaient pas.
HONORINE
Ces vieux militaires sont toujours aimables. On se forme au service.
AMBROISE
On s'y déforme aussi.
HONORINE
A l'ouvrage , à l'ouvrage. Si quelque chose manque, c'est à moi qu'on s'en prendra.
Je vous demande pardon , mademoiselle Honorine ;
ACTE II, SCÈNE II. 4oi mais il a bien fallu donner à ce jeune homme ses premières instructions.
HOTfORINE.
Je me charge de ce soin-là : je serai son institutrice.
AMBROISE
Remercie donc, Claude.
CLAUDINE, avec embarras.
Mademoiselle... en vérité...
HO:PrORINE, la contrefaisant.
Mademoiselle... en vérité... Vous êtes trop poH, Claude. Entre camarades , on se traite plus familièrement.
AMBROISE, bas à Claudine.
Est-ce ainsi que tu composes ton visage? Tu ne passeras pas la journée ici.
CLAUDINE, gaîment.
Puisque vous le permettez, je serai familier, trèsfamilier, je vous en réponds.
HONORINE, minaudant.
Jusqu'à un certain point , cependant...
CLAUDINE
Ne craignez rien; je m'arrêterai à propos.
AMBROISE, bas à Claudine.
A la bonne heure. Voilà le ton qui convient.
HONORINE, à Ambroise.
Voyez s'il finira. Ce cher homme aime à parler ! il aime à parler!...
XL <i6
4o2 CLAUDINE.
AMBROISE
Il faut bien qu'il me reste quelque chose. Vous êtes née vingt ans trop tard, mademoiselle Honorine.
HOPTORIÎfE.
Pas du tout, monsieur Ambroise, je ne suis pas née trop tard ; c'est vous qui êtes né trop tôt.
AMBROISE
Cela revient au même.
HOTfORINE.
Pour vous; mais, pour moi? Partez, vous dis -je, partez.
AMBROISE, sortant.
J'aurai du moins , près de vous , un mérite que les années ne m'ôteront jamais.
HONORINE
Lequel ?
AMBROISE
Celui de n'être pas importun.
HONORINE, riant.
Je le crois.