‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 278 sur 441 · ACTE II, SCÈNE III. 4o · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III. 4o

HONORINE

Cela ne m'étonne pas du tout : c'est assez l'babitude de tous les hommes qui me connaissent.

CLAUDINE

Ah! vous y êtes accoutumée.

HONORINE

Très-accoutumée, j'en conviens.

CLAUDINE

Ainsi, cela vous flatte peu?

HONORINE

Au contraire. 11 est toujours flatteur de plaire , même à celui qu'on ne veut pas aimer.

CL A UDINE

Mais c'est de la coquetterie , cela.

Il en faut pour mener les hommes.

CLAUDINE

3'entends. L'amour n'est pour vous qu'un simple amusement.

HONORINE

Les dupes seules en font une affaire sérieuse.

CLAUDINE

Je connais bien des dupes.

HONORINE

Et moi aussi. Voilà pourquoi j'ai grand soin de ne pas l'être.

CLAUDINE, cherchant à la pénétrer.

Madame Dernetti pense-t-elle comme vous ?

4o4 CLAUDINE.

HONORINE

Je l'ai prise pour modèle.

CLAUDINE

Ainsi, elle ne tient à mon maître que par une sensation agréable, mais légère?

HONORINE

Je ne sais pas précisément à quel degré est son amour; mais, fidèle à son système, elle badine le sentiment , elle rit d'un soupir , elle résiste pour enflammer davantage ; elle évite pour attirer ; elle s'arrête enfin, car il faut bien finir parla. Quand les Grâces fuient devant l'Amour, c'est toujours pour se laisser prendre.

CLAUDINE

Vous ne me donnez pas une haute idée de votre ^naîtresse.

HONORINE

Soyez tranquille ; madame vaut bien monsieur.

CLAUDINE

Je conclus de tout ceci que nos maîtres ne se conviennent pas du tout.

HONORINE

Ce ne sont pas nos affaires.

CLAUDINE

Non, ils ne se conviennent pas. Il faut rompre cette liaison; absolument, il le faut.

HONORINE

Comme il décide ! comme il tranche , ce petit Claude!

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