ACTE II, SCÈNE III
CLAUDINE
Entendons-nous pour cela, ma chère Honorine.
HONORINE, souriant , à part.
Ma chère Honorine! cela promet.
Unissons nos efforts; détournons - les tous deux d'un penchant qui ferait le malheur de leur vie.
HONORINE
Ce serait , je crois , le parti le plus sage ; mais la sagesse a tort, quand le cœur a parlé. Dire du mal à une femme de l'amant en faveur , c'est bien le moyen de se faire écouter , vraiment î Et vous , croyez-vous réussir auprès de votre maître, en attaquant ses goûts, en lui parlant raison? Prétendez- vous, avec vos dix-huit ans, et votre jolie figure, vous ériger en Caton ? Mon cher ami , j'ai promis à votre parrain de faire votre éducation ; je vois que je vous suis nécessaire, et je tiendrai ma parole.
CLAUDINE
Vous êtes trop bonne, assurément.
HONORINE
Oh! je ne ferai rien que pour moi : j'ai certams petits projets
CLAUDINE, souriant.
Auxquels je vous conseille de renoncer.
HONORINE
Vos yeux me disent le contraire.
CLAUDINE
Mes yeux vous trompent.
4o6 CLAUDINE.
HONORI WE
Oh ! je les en défie. Je me connais en hommes.
CLAUDINE
Je le vois bien.
HONORINE
Vous manquez d'usage du monde; cela viendra.
CLAUDINE
Croyez- vous ?
HONORINE
Je vous en réponds. Vous avez de l'esprit , beaucoup d'esprit, pour un Savoyard.
CLAUDINE
Vous me flattez.
HONORINE
En trois ou quatre leçons, je ferai de vous un petit homme accompli. Je retourne près de madame; il faut quelquefois sacrifier ses plaisirs à son devoir. Nous nous reverrons dans le courant de la journée. Adieu, Claude; adieu, mon bon ami.