‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 280 sur 441 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

SCÈINE V.

BELTON, GLAUDmE.

B E L T O Hî , très-gaîment.

Ah ! te voilà , Claude !

CLAUDINE , poussant un cri de joie et de surprise.

Ah !

BELTON.

Je suis bien aise de te rencontrer; j'ai un besoin de parler, d'être entendu... d'avoir quelqu'un qui me réponde... Il ne suffît pas d'être heureux; il faut trouver à qui le dire.... De ma vie , je n'ai eu de jour aussi agréable que celui-ci... Je suis enchanté de tout ce qui m'environne. Il n'y a pas jusqu'à ce petit Benjamin...

CLAUDINE, vivement.

N'est-il pas vrai , monsieur , qu'il est charmant ?

BELTON.

Oui, charmant, c'est le mot.

CLAUDINE, tendrement.

Vous l'aimerez, monsieur, vous l'aimerez.

BELTON.

Eh! comment s'en défendre!... c'est le petit être le plus aimable... il court, il s'assied, il rit, il boude , il caresse, il égratigne, et tout cela dans l'intervalle d'une seconde. Le contrarie-t-on ? il se met dans une colère, mais dans une colère à faire rire aux éclats.

4o8 CLAUDINE.

D'un coup de pied, il vient de me casser le plus joli

déjeuner de porcelaine...

CLAUDINE

Oh! je le gronderai, monsieur, je le gronderai.

BELTON.

C'est inutile ; je l'ai puni.

CLA.UDINE, avec une sorte de crainte.

Vous l'avez puni !

BELTON.

Je l'ai mis à même d'un tas de gimblettes , et je lui ai déclaré , très-sérieusement, que , s'il en laissait une , il ne casserait plus rien chez moi.

CLAUDINE

Ah! vous avez l'ame d'un père.

BELTON.

c'est vrai , au moins. Je lui en tiendrai lieu , je te le promets.

CLA.UD1NE, très-tendrement.

Vous ferez plus ; vous le serez , monsieur , vous le serez.

BELTON.

H est certains momens où je crois l'être en effet. Ses petites mains caressent-elles mes cheveux , ses lèvres effleurent-elles mes joues , j'éprouve une douce émotion , qui m'était inconnue.

CliAUDINE, à part.

Quel espoir vient ranimer mon cœur ?

( Pendant le couplet suivant , elle s'afflige par degrés . ) BELTON.

Il me semble alors être au sein du plus heureux

ACTE II, SCÈNE V. 409 ménage. Madame Dernetti est à moi ; c'est son fils , c'est le mien que je caresse. De mes bras il passe dans les siens. Il s'échappe , nous lui sourions , nous l'appelons à la fois; et notre Benjamin, incertain, interdit, ne sait auquel se rendre. Son embarras nous amuse , ses grâces naïves nous attirent. Nous nous approchons insensiblement, et, bientôt unis tous les trois, dans ces étreintes délicieuses, dont l'amour seul sait connaître le prix , nous nous félicitons d'avoir doublé notre existence , nos sensations , notre bonheur.

CLA-UDINE, laissant tomber sa tête sur sa poitrine.

Ah î mon Dieu , mon Dieu !

BELTOIV.

N'est-il pas vrai que ce tableau est enchanteur ?

CL A^UDIIfE.

Pour vous , monsieur.

BEL TON

Et pour la mère de l'enfant chéri...

CLAUDINE

Que le père n'a pas rejetée.

BELTON.

Il faudrait être un monstre...

Il y a pourtant des hommes comme cela.

BELTON.

Impossible.

CLAUDINE

.T'en connais , moi , monsieur.

CLAUDINE

BEL TON

En vérité, Claude?

CLA.UDINE

Qui méprisent, qui oublient la victime infortunée...

BELTON.

De tels êtres sont une erreur de la nature.

CLAUDINE

Qui, toujours inaccessibles à la honte, se livrent au délire de leur imagination , tracent gaîment des scènes de bonheur...

Tu ne sais pas ? celle-ci , je vais la réahser.

CLAUDINE, avec effroi.

Vous allez, dites-vous...

BELTON.

J'épouse madame Dernetti.

CLAUDINE, s'écriant.

Vous vous mariez !

BELTON.

Cela t'étonne? le mariage seul peut fixer un homme dissipé.

CLAUDINE

S'il m'était permis de m'expliquer librement...

BELTON.

Parle, mon ami. Ton esprit est vif, cultivé, et je t'avoue que je tiens à toi par un sentiment que je ne puis définir , mais qui m'attache fortement. Expliquetoi , Claude , sans crainte , sans détour.

CLA UDINE

Vous me le permettez ?

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