‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 281 sur 441 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

BELTON.

Je t'y engage.

CLAUDINE

Eh bien ! monsieur , les vertus domestiques n'ont de charmes que pour celle qui a été élevée dans la médiocrité et le travail.

BELTON.

Il est d'heureuses exceptions.

CLAUDINE, se livrant davantage.

Non , monsieur. Ce n'est pas dans un état distingué qu'on trouve une femme sensible.

BELTON, avec sévérité.

Claude !

CLAUDINE

La dissipation , suite ordinaire de la fortune ; l'orgueil que donne la considération; les jouissances continuelles de l'amour-propre ; l'indifférence, qu'amène insensiblement la satiété , tout éloigne vos grandes dames des plaisirs simples et innocens. Elles plaisent, on les épouse. Bientôt le prestige se dissipe. Il ne reste qu'une femme frivole, dont la tête est toujours exaltée, et le cœur toujours froid; à qui l'imagination tient lieu de sentiment , l'affectation de naturel. Charmante pour tout le monde, hors pour son mari , on la rencontre partout ; lui seul ne la trouve jamais. Elle sourit avec grâce au mot le plus insignifiant; lui seul n'est jamais écouté. Le mépris ulcère son cœur; il veut s'expliquer, il parle raison, on le persifle ; il s'emporte , on en rit ; il déplore son malheur; on lui refuse jusqu'à la compassion, qui

4ia CLAUDINE.

ne guérit pas les plaies de l'ame, mais qui en adoucit

l'amertume.

BELTON.

Comme ce garçon pense ! comme il parle !

CLAUDINE

Par combien de nœuds, au contraire, celle qui tient tout de son mari ne s'y attache -t-elle pas ? Elle ne peut jouir de sa fortune présente, sans se rappeler son état passé; elle ne met à son amour d'autres bornes que celles de sa reconnaissance, et sa reconnaissance n'en connaît pas ; elle voit , dans un seul homme, son amant, son époux et son bienfaiteur. Quels droits il a acquis sur elle ! quel doux empire est le sien ! S'il est sans éclat , qu'il a de charmes cet empire qui soumet les ames ! Convenezen, monsieur, vous qui êtes fait pour l'apprécier et en jouir.

BELTON.

Dites-moi , Claude ; qui vous en a tant appris ?

CLAUDINE, avec timidité.

Apprend-on à sentir?

BELTON.

On apprend à parler.

CLAUDINE

Les mots viennent d'eux-mêmes au-devant de la pensée.

BELTON.

Claude !

CLAUDINE

Monsieur?

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