‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 289 sur 441 · ACTE II, SCÈNE XL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XL

CLAUDINE

tJn étranger traverse notre village; il trouve à l'écart une pauvre fille, qui, pour son malheur, avait quelque beauté; elle ne soupçonnait pas qu'il existât des vices; et cet homme, abusant de son innocence, la laissa en proie aux regrets qui suivirent un crime dont elle ne fut pas même la complice.

MADAME DERNETTI, d'un ton pénétré et impatient.

.Achevez, achevez donc.

CLAUDINE

Elle devint mère. Son respectable père rougit pour la première fois ; il ne put accoutumer ses yeux à des objets qui, sans cesse, lui rappelaient sa honte. Il chassa sa malheureuse fille , qui traîna dans nos mon-^ tagnes son enfant, sa misère et son désespoir.

MADAME DERNETTI, en désordre.

Mais le père?.... le père de l'enfant ?..... c'est de lui qu'il faut m'entretenir.

CLAUDINE

Tout entier à d'autres amours , il oublie et son fils et sa déplorable mère» Cette nuit, il élève, entre eux et lui , une insurmontable barrière.

MADAME DERNETTI, s écriant.

Belton est le coupable!

CLAUDINE, tombant à ses genoux.

Et voilà sa victime.

aiADAME DERNETTI.

Cruelle fille ! que m'avez- vous appris ? ( Tres-froidénient, ) Mademoiselle , votre situation me touche ; cependant , je ne vois pas ce que je puis faire pour vous.

4^4 CLAUDINE

CLAUDINE, tristement.

Vous ne le voyez pas î

MADAME DERNETTI.

Parlez , mademoiselle , que me demandez-vous ?

CLAUDINE

Tout, madame, tout. Hélas! je n'ai, pour vous toucher , que l'excès du malheur. Jugez de l'horreur de mon sort, par l'état humiliant où je ne crains pas de * m'abaisser. C'est la mère de Benjamin , qui embrasse les genoux de celle qui va lui ravir son père ; qui est réduite à implorer sa générosité, sa protection... Ne condamnez pas mon enfant à une éternelle proscription. Délivrez-nous tous deux du poids de l'infamie; entendez ma voix suppliante ; que ce ne soit pas en vain que j'aie rougi devant vous. Ne me repoussez pas , madame , ne me repoussez pas. Il est là-haut un être qui compte les larmes de l'innocence , et qui bénit celui qui les recueille.

MADAME DERINETTI, la relevant.

Levez- VOUS, levez-vous donc , mademoiselle. {Apres un temps.^ Vous m'embarrassez beaucoup... je ne sais que vous répondre... je voudrais... je ne puis... {Trèsvivement. ) Mais par quelle singularité m'avoir choisie pour un aveu de cette espèce ? voilà ce qui ne s'est jamais vu, et il faut que cela m'arrive, à moi! Votre confidence ne me flatte pas du tout, mademoiselle; elle est déplacée, pénible, inconcevable.

Je souffre, madame; vous le voyez, et vous ne prononcez pas!

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