‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 303 sur 441 · ACTE III, SCÈNE Y. 44i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE Y. 44i

BELTON.

Savez-vous que vous m'inquiéteriez , si j'étais moins sûr de vous ?

MADAME DERNETTI.

Savez-vous que je tremblerais , si je comptais moins sur votre indulgence?

BELTON.

Ah ! bon Dieu î ceci devient sérieux.

MADAME DERNETTI.

Beaucoup plus que vous ne pensez. Je croyais vous aimer...

Moi , je vous en réponds.

MADAME DERNETTI.

Je me flattais de posséder votre cœur.

BELTON.

Il est tout à vous.

MADAME DERNETTI.

Pas du tout. Nous n'avons fait qu'un rêve agréable. L'instant du réveil est venu, et le charme s'évanouit,

BELTON.

Voilà la lubie la mieux conditionnée...

MADAME DERNETTI.

Tout comme il vous plaira.

BELTON.

Enfin , femme capricieuse et charmante , oii voulez-vous en venir ?

MADAME DERNETTI.

A une conséquence toute simple. Le mariage est une affaire beaucoup trop sérieuse pour nous , et

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nous resterons où nous en sommes , si vous voulez

bien le permettre.

BEL TON, piqué.

Par exemple, madame...

MADAME DERKETTI.

Non, nous ne nous convenons pas du tout. D'ailleurs, mon cher ami, je sais de vos nouvelles.

BELTON.

Quoi ! des liaisons sans conséquence , de pures bagatelles vous paraissent...

MADAME DERNETTI.

Des bagatelles ! l'expression est heureuse. Ah , un voyageur voit les choses en grand , et ne s'arrête pas aux détails.

BELTON.

Un voyageur ?

MADAME DERNETTI, le fixant.

Rien n'est plus dangereux que la manie des voyages. Elle isole , elle flétrit le cœur. L'habitude de ne voir que des objets nouveaux , fait qu'insensiblement on se détache de tout.

BELTON.

Vous pourriez bien avoir raison.

MADA.ME DERNETTI.

On passe, on s'inquiète peu de ce qu'on laisse après soi : s'occupe-t-on , à cinquante lieues, de ceux qu'on a condamnés aux larmes , au désespoir ? On s'étourdit sur le mal qu'on a fait; on l'oublie. Ceux qui souffrent ne l'oublient pas.

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