ACTE II, SCÈNE VIL
M A.THIEU.
Quel est-il, papa Barthélemi?
BARTHÉLEMI
On assure que les gens de couleur obtiennent làbas l'abolition de l'esclavage.
MATHIEU
En vérité !
BARTHÉLEMI
Et ce projet une fois répandu , cette marchandiselà sera sans valeur.
MATHIEU
Croyez- VOUS cela , papa Barthélemi ?
BARTHÉLEMI
Comment , si je le crois ! vous ne sentez pas la certitude, l'infaillibilité d'une baisse prodigieuse? Cent pour cent de perte , M. Mathieu.
MATHIEU
Tenez , papa Barthélemi , ne perdons pas le temps à finasser. De la franchise , de la bonne foi.
BARTHÉLEMI
Je crois que c'est le plus court , M. Mathieu : nous ne nous duperons pas.
MATHIEU
Non , nous nous connaissons.
B ARTHÉLEML
Il y a long-temps que j'ai cet honneur-là , M. Mathieu. D'ailleurs , la bonne foi est l'ame du commerce.
MATHIEU
Voilà pourquoi vous en avez tant , papa Barthélemi.
BARTHÉLEMI
Vous me flattez, M. Mathieu.
MATHIEU
Non; vous êtes l'homme le plus loyal de la colonie,
BARTHÉLEMI
Après vous , M. Mathieu.
MATHIEU
Vous n'êtes pas venu ici sans quelque dessein , convenez-en.
BARTHÉLEMI
Je ne dis pas non, M. Mathieu. Mais, je sais ce que je dois payer un nègre, parce que je connais les chances que j'ai à courir, et on ne m'étourdit ni avec des nouvelles à la main, ni avec des complimens, M. Mathieu.
MATHIEU, à part.
11 joue serré.
BARTHÉLEMI, à part.
Tu y viendras. Nous verrons ton Télémaque et ta Zamé^.
MATHIEU
Au fait. Voulez-vous acheter?
BARTHÉLEMI
Oui , et non.
MATHIEU
J'entends. Si vous trouvez un bon marché...