‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 410 sur 441 · SCÈNE XX · texte numérisé non relu

SCÈNE XX

FORVILLE, toujours réservé.

Quoi qu'on m'ait dit de vous , madame , je vois avec un plaisir inexprimable combien vous êtes audessus des éloges. 11 ne me reste plus qu'à mériter mon bonheur.

DERVAL

Pas mal.

MADAME DERVAL, très -froidement.

Je m'efforcerai, monsieur, de le rendre durable.

( Forville lui baise la main. )

Bien, très-bien, à merveilles!

FORVILLE

Ah! tu trouves cela de ton goût?...

( Il se présente pour embrasser madame Derval. DERVAL, le tirant par l'habit.

Ceci n'est pas nécessaire.

LISE, passant entre Forville et sa maîtresse.

Un moment, monsieur. Avant que de faire le mari , il serait à propos de prouver que vous l'êtes. (^Derval glisse son portefeuille dans la poche de Forçille, ) Il y a eu une fausse madame d'Alleville, il pourrait aussi se trouver un faux monsieur Derval, et ce dernier quiproquo finirait par n'être pas plaisant. Allons , monsieur, vos preuves.

FORVILLE, tirant le portefeuille.

En faut -il d'autres que ces lettres charmantes, où le sentiment se peint à chaque mot?

MADAME DERVAL, à Lise.

Hélas , c'est lui !

6()o LES RIVAUX D'EUX-MÊMES.

LISE

J'en ai peur. Forç'ille.) Vous avez les lettres, c'est fort bien ; mais, qui nous répondra que c'est à vous qu'elles ont été adressées?

FORVl LLE.

La supposition est offensante.

Ma foi, monsieur, dans une telle circonstance une femme ne saurait avoir trop de circonspection.

FORVILLE, à Derval.

ïire-toi de là.

MADAME DERVAL, à Forville.

Il me semble en effet, monsieur, que votre ton très-raisonnable , et votre style très-léger ne s'accordent pas infiniment.

LISE, à Forville.

Allons, monsieur, c'est bien le moment d'avoir de l'imagination. Voilà du papier. Ecrivez un dernier billet doux , et nous sommes prêtes à vous reconnaître.

FORVILLE, à Derval.

Ma foi, je suis à bout.

DERVAL

Vous me forcez à vous avouer, madame, une supercherie dont mon ami conviendrait avec peine. Peu exercé dans l'art d'écrire, il a cependant senti votre supériorité ; il a craint de perdre dans votre opinion , et il m'a pris pour secrétaire.

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