SCÈNE XX
FORVILLE, toujours réservé.
Quoi qu'on m'ait dit de vous , madame , je vois avec un plaisir inexprimable combien vous êtes audessus des éloges. 11 ne me reste plus qu'à mériter mon bonheur.
DERVAL
Pas mal.
MADAME DERVAL, très -froidement.
Je m'efforcerai, monsieur, de le rendre durable.
( Forville lui baise la main. )
Bien, très-bien, à merveilles!
FORVILLE
Ah! tu trouves cela de ton goût?...
( Il se présente pour embrasser madame Derval. DERVAL, le tirant par l'habit.
Ceci n'est pas nécessaire.
LISE, passant entre Forville et sa maîtresse.
Un moment, monsieur. Avant que de faire le mari , il serait à propos de prouver que vous l'êtes. (^Derval glisse son portefeuille dans la poche de Forçille, ) Il y a eu une fausse madame d'Alleville, il pourrait aussi se trouver un faux monsieur Derval, et ce dernier quiproquo finirait par n'être pas plaisant. Allons , monsieur, vos preuves.
FORVILLE, tirant le portefeuille.
En faut -il d'autres que ces lettres charmantes, où le sentiment se peint à chaque mot?
MADAME DERVAL, à Lise.
Hélas , c'est lui !
6()o LES RIVAUX D'EUX-MÊMES.
LISE
J'en ai peur. Forç'ille.) Vous avez les lettres, c'est fort bien ; mais, qui nous répondra que c'est à vous qu'elles ont été adressées?
FORVl LLE.
La supposition est offensante.
Ma foi, monsieur, dans une telle circonstance une femme ne saurait avoir trop de circonspection.
FORVILLE, à Derval.
ïire-toi de là.
MADAME DERVAL, à Forville.
Il me semble en effet, monsieur, que votre ton très-raisonnable , et votre style très-léger ne s'accordent pas infiniment.
LISE, à Forville.
Allons, monsieur, c'est bien le moment d'avoir de l'imagination. Voilà du papier. Ecrivez un dernier billet doux , et nous sommes prêtes à vous reconnaître.
FORVILLE, à Derval.
Ma foi, je suis à bout.
DERVAL
Vous me forcez à vous avouer, madame, une supercherie dont mon ami conviendrait avec peine. Peu exercé dans l'art d'écrire, il a cependant senti votre supériorité ; il a craint de perdre dans votre opinion , et il m'a pris pour secrétaire.