SCÈNE XX. 6oi
MADAME DERVAL
Quoi , monsieur j-ces lettres que j'ai lues avec tant de plaisir....
DERVAL
Sont de moi, et je le prouve.
( Il s'assied et écrit. )
LISE , à part.
Il ne manquait plus que cela pour achever de nous tourner la tête.
DERVAL, écrivant.
Cependant, mon ami a eu tort d'emprunter une main étrangère, et je le prouve encore.
( Il se lève et lit. )
Pour bien écrire à ce qu'on aime, A-t-on besoin de son esprit ?
La plume va , court d'elle-même , Quand c'est l'amour qui la conduit. »
( Il présente le papier à madame Derval. ) LISE, à^art.
Il a juré de se faire adorer.
DERVAL, à Forville.
J'espère que c'est là de la présence d'esprit.
MADAME DERVAL
11 n'est plus possible de douter.
LISE
Il faut au moins gagner du temps.
MADAME DERVAL
A quoi bon ?
6o2 LES RIVAUX D'EUX-MÊMES.
Pour se consulter, pour prendre un parti. Allons, du courage, éloignez-moi ce mari-là.
MADA^ME DERVAL.
Ce que vous me dites, messieurs, ce que je vois, la probité que je vous accorde, tout semble se réunir pour me convaincre. Cependant, vous me permettrez de ne rien précipiter.
FORVILLE
Quoi, madame?....
LISE
Appuyez, ferme.
MADAME DERVAL, à Forville.
C'est à Paris , c'est en présence de ma famille , que je recevrai, que je reconnaîtrai mon époux. Voilà, thonsieur, ma dernière résolution, et, loin de me blâmer, je me flatte que vous me saurez gré de ma prudence.
FORVIIiCE, à Derval.
Hé bien ! où tout cela va-t-il te mener ?
DERVAL
Tu ne le vois pas ?
FORVILLE
Non.
DERVAL
Tu ne vois pas sa contrainte , la froideur qu'elle te marque ?
FORVILLE
Qu'en résulte-t-il ?