‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 428 sur 441 · CHAPITRE IL La petite guerre · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL La petite guerre

Adolphe avait offert, par amour, un bras ^ mademoiselle Manette, sur lequel elle s'appuyait avec complaisance. Il avait offert l'autre, par convenance , à madame d'Egligny : elle tenait déjà celui de M. Duval.

Adolphe ne parlait pas ; il faisait mieux , il serrait la main chérie contre son cœur , et cette main ne cherchait pas à s'échapper. « Ali ! j'ai lieu de l'espé- 'c rer , s'écria-t-il , mon hommage ne vous a pas dé- « plu. » Et crac, la petite main se dégage ; mademoi-

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selle Manette rejoint sa mère en deux secondes , marche en avant , et saute en chantonnant un air. . . de qui? Ma foi, je n'en sais rien.

Adolphe suivait tristement; Adolphe avait de l'humeur. Avait -il tort ? oui. Il est des aveux qu'on se plaît à faire, et qu'on n'aime pas à laisser surprendre , n'est-il pas vrai , mesdames ?

Notre jeune homme fut très- étonné de voir ses hôtesses dépasser sa porte. François assura que ces dames seraient plus commodément dans la maison voisine ; qu'à la vérité on l'avait arrangée à la hâte ; mais qu'il comptait sur Findulgence de madame d'Egligny.

Adolphe était stupéfait de l'élégante simplicité et du goût qui régnaient dans ces petits appartemens. « Je vous remercie bien sincèrement, mon « ami ; mais je ne conçois pas comment vous avez « pu faire. »

Il y avait quinze jours au moins qu'on travaillait à décorer cette maison, et Adolphe croyait la sienne seule habitable. Savez-vous que François se forme sensiblement ?

Le pupille avait une démangeaison de parler, et le tuteur une envie de dormir ! il était sur les dents. En deux tours de main il fut au lit. Adolphe avait laissé sa porte ouverte, et faisait, en se promenant en long et en large , ce qu'il pouvait pour renouer l'entretien, François lui répondait d'abord par monosyllabes , et bientôt ne lui répondit plus du tout. On parle seul entre ses draps.

comme debout ; Adolphe finit par se coucher. Il s'endormit enfin, en pensant à mademoiselle Manette ; il s'éveilla en pensant encore à elle , et quel plus joli passe-temps ?

La jeune personne avait été bercée par songes légers d'amour. Ce sexe-là se communique moins, et le cœur gagne d'une part ce qu'il s'interdit de l'autre.

Le premier objet qui s'offrit à elle, fut sa femme de chambre qui bâillait sur son ottomane , en lui préparant le déshabillé le plus galant. « Depuis « quand es- tu ici , Louison ? — Depuis hier à midi, a mademoiselle. — Mais nous t'avions laissée à « Paris ? — J'avais reçu des ordres de madame. » Ah ! dit en elle-même la jeune personne, les mamans ne pensent pas à tout : on a oubhé de recommander le secret. Donner des ordres le matin sur une invitation qui ne doit être faite que le soir, et avec un naturel, une adresse ! allons, il n'y a qu'à se laisser aller , et cela n'est pas difficile : le jeune homme est charmant.

Madame d'Egligny entra , et donna à la toilette de sa fille la plus sévère attention. « J'ai cru, ma « bonne amie, que tu serais bien aise d'avoir « quelque chose à mettre ce matin. — Ah ! je vous « remercie, maman. — J'ai prié M. François de a faire partir un cabriolet cette nuit... » Et un signe très-prononcé disait à Louison : Vous parlerez d'après cette donnée. Un autre signe de Louison répondit : il est trop tard ; j'ai tout dit.

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Madame d'Egligny comprit qu'elle saisissait le sens de la leçon , et elle continua : « J'ai eu quel- « que peine à faire lever cette pauvre Louison. « Mais c'est une bonne fille , qui t'est si attachée ! » Louison partit d'un éclat de rire... — « Qu'avez-. « vous donc , mademoiselle ? ^ — Oh ! madame , « un rhume épouvantable. — Allez tousser plus « loin , mademoiselle ; vous faites un bruit af- « freux.

« Hé bien , ma chère enfant , tu t'es ennuyée « hier. — Oh ! à mourir , maman. — Il y avait ce- « pendant quelques jeunes gens aimables. — Je « ne m'en suis pas aperçue. — M. Luceval ^ par « exemple, m'a paru bien. — Figure sans expres- « sion. — Une taille bien prise... — Mais gauche. « — Une fortune immense. — C'est le mérite de « tout ceux qui n'en ont pas. » Ici la chère maman se mord les lèvres.

« A propos, j'ai entendu murmurer que son « tuteur pense à l'établir. — Je crois qu'il aurait « tort, maman. — Tù le trouves un peu jeune, a peut-être ? — ^ Et pas de caractère du tout. — « Mais tu le juges bien sévèrement. — Oh ! je le « juge sans prévention. — Cependant, M. France çois m'a dit... — Il vous a dit, maman ? — Que « M. Luceval... — Que M. Luceval ?... — Avait

eu avec toi uii entretien assez vif. — C'est aussi « d'après cela que j'ai conçu de lui une opinion « assez mince. »

Maintenant madame d'Egligny ne sait plus ce

qu'elle fait. Elle attache une épingle, elle en ote deux ; le lacet casse; la percale est froissée, etc., etc.

« Ma chère maman n'est pas à ce qu'elle fait. « — Je l'avoue, ma fille, je suis péniblement af- « fectée... — Ah ! mon dieu, maman, qui peut « altérer votre sérénité ordinaire ? — Vous me le « demandez , mademoiselle , vous ! — Je serais « dans ceci pour quelque chose ! vous m'effrayez, « maman. — Cruel enfant ! et on en désire! — « Ma bonne maman, passons dans ce cabinet; « nous y causerons plus librement. — - Nous som- « mes fort bien ici , mademoiselle. — Mais tout y « est en désordre; pas une chaise dont on puisse « disposer. — N'approchez point de cette porte , « Manette.

« — Ah ! maman , l'agréable surprise ! mon <t piano... ma musique ! rien n'est oublié. Votre « trictrac !... Une malle encore ! oh ! comme cette « pauvre Louison a dù être mal à l'aise dans « son cabriolet ! — Elle ne s'en est pas plaint , « mademoiselle. — Ah ! j'y suis. Le trictrac sous « les pieds, la malle derrière... et le piano ? où « le mettrons-nous, maman ? sur la capotte. A la « vérité, il y avait de quoi tout briser; mais avec « des précautions...

« Je fais une réflexion : ces effets sont arrivés « cette nuit... Hé, par où les a-t-on entrés ici; je « ne vois de passage que par ma chambre. — On « les a entrés , on les a entrés... — Par la fenêtre , « de peur de me réveiller , n'est - ce pas , ma-

« man ? » Et mademoiselle Manette se met à rire de tout son cœur.

Sa mère la regarde et ne sait comment prendre cet écart. S'en fâcher, ne lui paraissait pas très- Juste ; en rire avec sa fille , n'était pas le moyen de la disposer à la persuasion ; revenir sur ses pas, avouer que depuis un mois le mariage était arrêté , c'était convenir qu'on avait rusé , qu'on avait joué la comédie. L'embarras de madame d'Egligny croissait à chaque instant.

L'amour-propre de la petite espiègle était piqué. Elle avait été bien aise de prouver qu'il n'était pas facile de la jouer. Mais elle aimait sa mère , et elle sentait l'inconvenance de prolonger son anxiété. Elle l'embrassa avec cordialité. Mère qu'on caresse , n'est-elle pas désarmée ?

« Tenez, ma bonne maman , nous avons beauce coup d'esprit toutes les deux; mais il ne brille « jamais qu'aux dépens du cœur, et puis « Corsaires à corsaires « Ne font pas , dit-on , leurs affaires. »

« Corsaires à corsaires , reprend , en souriant , ma- « dame d'Egligny !

(c Oui, maman, oui. Vous me placez à table à « côté de M. Luceval ; vous me recommandez de i( lui adresser quelques mots grecs , et jusque-là , « je ne vois que le désir assez naturel de faire va- « loir mon éducation. — Oh ! je n'avais pas d'au- « tre motif, je t'assure. — En vérité , ma petite « maman ? pourquoi donc nous suivre dans les

a bosquets , M. Duval , M. François, et vous ? pour- « quoi cet air déconcerté , quand je vous ai surpris ? « Vous ne nous écoutiez pas, n'est-il pas vrai? cr vous n'aviez nul intérêt à nous entendre ?

c< Et pendant que nous dansions, les petits « mots à l'oreille allaient leur train ; on nous re- « gardait, on souriait; et à la proposition de tenir « un enfant, vous acceptez pour deux jours, lors- « qu'on ne vous en demande qu'un; et à cette a proposition arrangée d'avance , en succédera (c probablement une autre , car on ne fait pas ve- « nir pour quarante-huit heures un piano , une « malle et un trictrac ; et tout cela était ici hier à « midi; oui, ma petite maman : c'est la première (c chose que Louison m'ait dite ce matin.

(( Mais on suppose qu'une jeune personne de « seize ans ne voit rien, n'entend rien; qu'elle est « sans pénétration , et on vient , avec un grand « sérieux, sonder les replis les plus cachés de son a cœur ! On dit , d'un air indifférent , que M. Lu- « ceval est bien , sa taille élégante , sa fortune con- « sidérable , et on se dépite parce que la pauvre « petite oppose un moment la ruse à la ruse. « N'est-ce pas cela, maman ?

« — La ruse à la ruse ? ah ! tu te mentais donc c( à toi-même avec ta figure sans expression , ta « tournure gauche,.. — Hé î sans doute , maman. « J'ai , de ce cher petit homme-là , précisément « la même opinion que vous. — Ah ! mon en-

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« faut, que je suis heureuse ? — Et moi donc, « maman , et moi ! »

« Ah ça, Manette , il faut nous entendre. — Je ne « demande pas mieux, maman. ^M. Luceval est « jeune. — C'est un joH défaut. — rEt il a besoin d'être n conduit. — Je m'en charge, maman. — Mais « n'as-tu pas un peu besoin toi-même... — Oh ! « moi , je suis si raisonnable ! — Pas trop , ma <( petite, pas trop. Au reste, voici nos projets. — « Contez-moi cela , maman.

(f — Luceval s'est déclaré , m'a-t-on dit. — Et de « la manière la plus positive. — Et tu as répondu?.. « — Par des lieux communs , des mots insignifians. « — Bon , il faut que ton cœur soit le prix d'une « renonciation formelle à ses folies grecques. — « Oui , elles lui donnent du ridicule. — Et elles « coûtent cher. — Oh ! à cet égard-là, maman, il « est parfaitement d'accord avec moi. Passons. — « Tu lui inspireras le goût de la bonne société : elle (c forme l'esprit et le goût. — Je lui inspirerai « tout ce qu'il me plaira. — Tu es modeste. — Il « m'aime, ce mot explique ma pensée.

« — Il est essentiel qu'il ne soupçonne pas notre « intelligence. — Rapportez -vous-en à moi. — Il « faut qu'il n'obtienne ta main qu'à force d'in- « stances. — Pour qu'il y attache plus de prix? — « Non , mademoiselle , pour que François , cédant « d'une part, puisse faire ses conditions de l'aur « tre. — Ah ! et quelles conditions , maman ?

« D'abord , M. liuceval s'interdira, par le contrat, « la faculté de rien aliéner de ses biens avant vingt- « cinq ans accomplis. — Et le revenu , maman ? — « Vous en disposerez sous nos yeux... — Ah ! nous « habiterons ensemble ? — Pendant les deux pre- « mières années. — Toute la vie , toute la vie , <c maman. — Une maison pour toi et ton mari. — « Mon mari ! que ce mot est agréable à l'oreille ! « qu'il est doux au cœur ! — Je prendrai la se- « conde. — Charmant, charmant. Du val et Fran- « cois occuperont la troisième. — Et les quatre « autres ? — On en tirera un parti avantageux.

« Il est inutile de te rappeler que François a « élevé M. Luceval, qu'il lui a sacrifié ses plus « belles années... — Et qu'enfin il fait mon ma-

« riage. J'ai perdu mon père, maman — Tu

« en trouves un second. — Oui , oui , je serai sa « fille, et tous les amis d'Adolphe me seront chers.

a Ces dames sont servies , dit un valet. »

Adolphe , rongé d'impatience , avait fait couvrir la table , comme on s'imagine quelquefois que la soupe servie à la vertu de hâter les convives qui se font attendre. La porte s'ouvre, il s'élance.,.. Madame d'Egligny lui présente sa main : ce n'était pas celle qu'il cherchait.

Mademoiselle Manette est déjà assise... Où? entre Duval et François.

Adolphe se désole ; c'est toujours par là qu'il commence. Il cherche des yeux, qui évitent les siens sans affectation , et il f»e dépite. Il veut ra-

mener l'attention sur lui , au moins pour un instant... « Prenez garde, monsieur, j'ai les pieds « extrêmement sensibles. » C'est madame d'Egligny qui parle , et Adolphe ne répond que par une inclination profonde.

Pour entendre du moins celle qui ne voulait pas le regarder, il fallait qu'il montât la conversation sur un ton qui convînt à tout le monde. Il était bien aise d'ailleurs de donner à madame d'Egligny une certaine opinion de son jugement et de son esprit. Malheureusement, il n'était fort que sur la connaissance de l'antiquité, et on était à peu près convenu de ne plus traiter ces matières-là. Il réfléchit quelques minutes, et s'écria enfin : Ah ! le beau temps !

Manette rit... comme une petite folle; sa mère laissa tomber sa serviette ; François crut sentir un gros chien sous la table ; Duval se baissa pour le chasser, et trois personnes qui rient, ne donnent pas lieu aux remarques quand elles ont la téte sous la nappe. Adolphe était rouge jusqu'au blanc des yeux.

François eut piti.é de lui. Oui, reprit-il, la « journée sera superbe, et l'observation de mon- « sieur n'est pas inutile, car, si ces dames aiment « la promenade , nous pourrons nous rendre à a pied chez Nicolas. C'est , je crois , ce que nous (( pouvons faire de mieux, reprit Adolphe : on est a si mal dans une voiture quand il fait chaud ! » Et puis on donne nécessairement le bras à sa corn-

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mère , et si on a quelque chose de particulier à se dire... Quel est l'amoureux qui ne fasse pas ces réflexions-là ? « Je le veux bien, continua madame « d'Egiigny ; nous irons à pied , » et la conversation tomba pour la seconde fois.

« C'est une bien belle chose que le baptême , « dit Adolphe , qui voulait à toute force la rele- « ver. On a une commère... une commère... — « Dont on est le compère , n'est-ce pas cela , mon- « sieur ? » Ici c'est une fourchette qui tombe ; une crampe au pied, sur lequel on ne peut se dispenser de porter la main ; un accès de toux , qui oblige à se couvrir la bouche d'un mouchoir.

« Les crampes et les rhumes m'ont écarté de « mon sujet. — Tâchez de vous remettre, mon- « sieur. — Je ne sais , mademoiselle , si je pourrai... « Je voulais observer... je voulais... Ah ! m Y voici. « Il est assez singulier que rétablissement, si joli, « des marraines, et qui mène quelquefois si loin... « — Ah ! cela ne mène qu'où on veut , dit madame cf d'Egiigny. Poursuivez , monsieur. — Que cet « établissement soit dû à une secte de chrétiens « qui n'existe plus. Aux Marcionites, je crois, rec( prit Duval. Il n'est pas moins extraordinaire, « continua-t-il , envoyant Adolphe déconcerté de « la réplique de madame d'Egiigny, il n'est pas « moins extraordinaire que nous ayons emprunté « des Egyptiens , la plus nécessaire des institutions (c chrétiennes. Et tant d'autres choses , dont nous « nous croyons les inventeurs , dit Adolphe.

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« Ah ! par exemple, mon jeune ami, reprit Duce val, vous ne prétendrez pas que les anciens aient te trouvé l'imprimerie , la poudre à canon , l'élec- « tricité , la machine pneumatique , les bésicles , ce les télescopes et l'horlogerie. Ils n'ont découvert^ « ni les propriétés de l'aimant , ni l'Amérique.

ce Ils n'ont pas connu davantage le vrai système ce de l'univers; ils ne savaient presque rien en ce anatomie; ils n'avaient pas d'idée de la pesan*- « teur de rair, de l'attraction, de la gravitation, ce de la décomposition de la lumière , et c'est quel^ ce que chose que tout cela.

ce Si nous voulons descendre des hautes science ces aux objets d'agrément, ou d'utilité , je crois ce que l'avantage pourrait être encore pour les mo- <e dernes. Les postes aux lettres , imaginées par ce Charlemagne , et rétablies par Louis XI ; les « tapis de Turquie et de Perse , surpassés par ce ceux de la Savonnerie; les tapisseries des Goce belins , nos porcelaines , étaient ignorées des an- <e ciens. Ils n'avaient , ni ottomanes, ni nos chaises ce longues , ni nos glaces à réflexion ; ils ne conte naissaient point l'art de multiplier les tableaux ce par la gravure ; ils ne connaissaient l'usage , ni <e des bas, ni du linge; ils étaient privés du choee colat, du thé, du café, du sucre, des sorbets <i et des glaces à fruits; enfin, leurs voitures déce couvertes ne peuvent être comparées à iios ca- <e rosses élégamment suspendus sur des ressorts, Ai et fermés par des glaces.

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« Mon jeune ami, heureux, dit Voltaire, celui « qui, dégagé de tous préjugés, est sensible au « mérite des anciens et des modernes, apprécie « leurs beautés , connaît leurs fautes , et les par- « donne !

« Oh ! à merveille ! à merveille, s'écria François; « voilà donc la grande question décidée ! Ma foi , « monsieur, si j'avais su toutes ces belles chosesce là, c'est moi qui aurais eu l'honneur de votre (c conversion.

« Messieurs, messieurs, dit madame d'Egligny, « pensez donc que je ne suis pas savante , et ayez (c la bonté de descendre jusqu'à moi. Je n'aurais « pas cru devoir faire cette observation à M. Lu- « ceval. )) Elle l'attaque, il répond. Elle met à ce qu'elle dit de l'amabilité et de la grâce ; Adolphe , à son aise, quand il ne faut point parler amour, devant témoins, retrouve de l'esprit, et le fait valoir. Mademoiselle Manette se mêle à la conversation ; elle veut aussi qu'Adolphe brille ; elle l'agace , elle le pousse ; il ne sait plus où il en est. Elle se dépite à son tour; elle se lève, elle sort; elle monte en chantant , sans la moindre envie de chanter. Adolphe n'écoute plus madame d'Egligny; il veut sortir; il cherche un prétexte ; il n'en trouve pas de satisfaisant, et, selon l'usage d*es gens embarrassés, le plus gauche est celui qu'il préfère. Il porte son mouchoir à son nez , et se retire précipitamment.

Plus on s'est contraint devant ceux qu'on ne XIL 12

veut pas désobliger, plus on cède au besoin de se satisfaire , quand on se croit seul , absolument seul. Madame d'Egligny, Duval et François éclatèrent de la manière la plus bruyante. « Voilà une a hémorragie bien heureuse, s écria la maman. Si « je lui portais un verre d'eau , dit Duval. Oh ! ce « ce serait trop cruel, répliqua François. Sans doute, « sans doute, continua madame d'Egligny. Gau- « chéries d'amour sont toujours si pardonnables î » Les plus fins se livrent quelquefois. On ne se doutait pas qu'Adolphe, frappé de ces éclats de rire, écoutait à la porte. «Gaucheries d'amour, « répétait-il , sont toujours si pardonnables ! Oui , « je viens d'en faire, et beaucoup. Mais madame « d'Egligny dit franchement ce qu'elle en pense « devant mon tuteur... Hé bien, ils sont d'intel- « ligence , la chose est claire. Je cours annoncer à « mademoiselle Manette que madame sa mère a consent, et nous verrons si elle résistera en- « core. »

Il monte l'escalier en quatre sauts. A l'antichambre , au salon , personne. Les bienséances ne sont guère calculées que par les gens froids : il

entre dans la chambre à coucher personne

encore. Il ouvre le cabinet... Une femme de chambre , qu'il n'a pas vue jusqu'alors, à genoux devant une grande malle ouverte , et le dos tourné à la porte... Une armoire déjà à demi garnie, un piano... Il a tout saisi en un clin d'œil, et la porte est refermée.

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Louison se lève, ouvre, appelle... Adolphe est déjà dans les jardins.

Il entend ouvrir la fenêtre... il se jette derrière des seringats.

c( Est-ce vous , mademoiselle , qui venez de mon- « ter ? — ^Oui, j'ai été prendre mon voile.» C'est Adolphe qui répond. Mademoiselle Manette se promenait lentement à quinze pas de la cachette d'Adolphe. Nous savons qui elle attendait.

(c Ah ! ah ! se dit-il en lui-même , on se fait beauce coup prier pour m'accorder deux jours , et on « s'arrange pour passer l'été ici ! Mademoiselle « Manette a très-certainement vu les effets entas- « sés dans ce cabinet ; elle sait donc tout , et elle c( dissimule ! On me joue, et elle est du complot.

« Oh ! comme je vais me venger ! Me venger, cf et de qui ? d'une fille que j'adore , qui peut-être « ne fait qu'obéir, et qui, piquée à son tour... « Non, non, je ne me vengerai pas... Si fait, si « fait, une heure seulement. Prouvons à ces dames (( et à monsieur François, que l'homme le plus a franc , et même le plus simple , peut avoir aussi (( ses petites finesses. »

Il se relève à demi , il a l'air très-occupé à arranger un bouquet , et il chante : c'est un moyen sûr de se faire remarquer. Mademoiselle Manette tourne un peu la tête , l'aperçoit , sourit et s'éloigne. C'est pour elle qu'Adolphe a cueilli des fleurs; il va courir , voler , s'empresser de les lui offrir : pas du tout.

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he brave Adolphe prend une route opposée , joue avec son bouquet, et continue sa chansonnette , dont l'air était passablement gai. Un massif le dérobe à mademoiselle Manette; il s'aréte; il entr'ouvre doucement, bien doucement les tendres branches, et il voit... la jeune espiègle regardant de son côté , le cherchant , et fronçant son joli sourcil.

Il suit son àllée. Un aui^re rnassif se présente ; il recommence sa petite manœuvre ; il fait les mêmes observations, et il croit remarquer certain mouvement du pied , qui pourrait bien annoncer du dépit.

Je suis aimé, je suis aimé, se dit-il; je n'en saurai douter. Ne poussons pas la vengeance plus loin ; ne soyons pas cruel à nous - même , et hâtons-nous de jouir de la plus pure félicité. Il s'élance... il s'arrête.

Oui, mais... elle ne manquera pas de motifs pour expliquer son petit air boudeur, et ses trépignemens. Elle me persifflera , je ne saurai que répondre , et bien que gaucheries d'amour soient toujours très'pardonnables , je ne veux plus être gauche du tout. Allons, allons, un peu de courage, et voyons la venir.

Mademoiselle Manette ne concevait rien à la conduite d'un jeune homme qui , la veille, s'était si vivement déclaré , qui lui convenait sous tant de rapports, et qui lui plaisait tant. t( Aurait-il cessé « d'aimer ? cela n'est pas présumable. Je suis bien,

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« très-bien, et personne ici qui puisse faire la c( plus légère impression. François aurait-il parlé, « et ce joli monsieur-là ferait-il déjà le mari?.. Oh ! <c comme je le punirais ! Mais , non , François n'a « rien dit : comment imposer des conditions , en « terminant avec cette facilité ? Il y a pourtant « quelque chose d'extraordinaire , quelque chose « que je ne pénètre point, et cela me désole.

« Tournons de ce côté. Son allée et la mienne « aboutissent au temple. J'ai une brochure dans « mon sac... Hé ! mon dieu, non , elle n'y est pas , « étourdie !... ah ! bon^ mon ouvrage... je m'as- « soierai, il passera devant moi... à moins pour- « tant qu'il ne lui plaise de me tourner le dos , et « alors affectation marquée , amour mécontent, et « voilà tout. ))

Assise sur les degrés de marbre , dont elle efface la blancheur , elle semble être la divinité du temple , qui , fatiguée de sa gloire , descend jusqu aux simples mortels, et invoque les jouissances de la douce égalité. Ce n'est pas Vénus ; elle n'en a pas la beauté ; mais elle lui a dérobé sa ceinture. Les Grâces jouent dans les plis légers de sa robe; Zéphyr caresse les boucles de ses cheveux , et l'amour anime la figure la plus jolie et la plus piquante.

Adolphe s'arrête devant elle. Il oublie ses résolutions, il s'oublie lui-même; il est prêt à tomber à ses genoux. Mademoisele Manette n'a jamais été si séduisante ; elle le sent , elle s'en applau-=

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dit; mais elle perd tous ses avantages en parlant la première. Cependant l'amour inquiet sait -il se taire ? Elle prend un petit ton sec.

cr Ah ! c'est vous , monsieur ; je croyais être « seule. — J'ai cru m'apercevoir que vous le dé- (c siriez, mademoiselle. — Monsieur est plein de « pénétration. — Et je n'avais d'autre dessein que « de vous saluer en passant. — Ah ! monsieur ec passe. — Oui, mademoiselle , je me livre à des (c idées... — A des idées ? — Qui m'occupent pro- « fondément. — Et peut-on savoir ce qui occupe c( monsieur ? — Si mademoiselle l'ordonne... — « Elle vous en prie»

« — Vous savez, mademoiselle, que je ne puis « penser qu'à vous. — Monsieur voudra bien (c croire que je ne cherchais pas à m'attirer cette « réponse. — Mais je vous avoue , avec la même <( franchise, qu'il est difficile d'écarter de votre « image des souvenirs.... — Des souvenirs ?... — « — Propres à rappeler cette force de caractère , « qui rend l'homme maître de lui.

« — Prenez garde , monsieur ; ceci ressemble à « des reproches. — Vous ne pouvez avoir de torts « à mon égard , mademoiselle ; mais moi... — Mais « vous , monsieur ? — J'ai pensé qu'avant de se a livrer au charme du sentiment le plus doux, « un homme raisonnable devait être à peu près (C sûr de réussir. — Comment donc , monsieur , « joindre les avantages de la jeunesse au jugement

d'un âge mûr !... — C'est plus que je ne puis

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« encore, mademoiselle ; cependant j'espère quel- « que jour justifier une opinion aussi flatteuse... « — Oh ! je n'en doute nullement, monsieur. — « Car j'ai déjà eu le courage de penser... — De t< penser ? — Qu'ayant le malheur de déplaire... « — Je ne me rappelle pas , monsieur , de vous « avoir dit cela. — Non pas précisément, made- « moiselle ; mais vous m'avez déclaré très-positi- « vement que vous ne m'aimez point. — Ce n'est « pas la même chose, monsieur, — Je crois que « vous vous trompez, mademoiselle : un homme « délicat n'épouse ni la femme à qui il déplaît ,^ « ni celle qui ne l'aime pas. — Enfin , monsieur ? « — Enfin, mademoiselle, j'ai résolu de combat- « tre une inclination , déjà très-forte sans doute , a mais à laquelle il est encore temps d'opposer la « raison. Vous voyez que je ne suis pas loin d'ac- « quérir quelque chose de cette maturité que « vous vous plaisiez tout à l'heure à reconnaître « en moi.

« — Mais c'est encore du grec que tout cela , « monsieur. Voilà la franchise la plus lacédémo- (( nienne... — Je supplie mademoiselle de se rap- « peler qu'elle a eu la bonté de me corriger d'un « travers, et que nous sommes convenus de ne « plus parler des anciens. — Ah î monsieur me fait tt la leçon , maintenant. Ce n'était du tout la peine «( de m'aborder pour me dire de pareilles choses. « — Il me semble que c'est mademoiselle qui m'a « fait l'honneur de m'adresser la parole. — Oh l

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« bien certainement non , monsieur. Il y a même « long-temps que vous devez vous apercevoir « combien cet entretien me fatigue. — Alors , « mademoiselle , permettez-moi de me retirer. — « Vous le permettre ! mais ne semble- t-il pas que « je retienne monsieur , que je provoque les pro- « pos désobligeans qu'il ne cesse de me tenir ?... « Je ne l'aime pas!... non , je ne vous aime pas, je a ne VOUS aimerai jamais... Vous vous éloignez , je (f crois. — Je vous obéis, mademoiselle. — Fort a bien , monsieur , fort bien ; mais souvenez- « vous... » Adolphe fait une profonde révérence, et s'enfonce sous un bosquet touffu. Ses forces étaient épuisées.

ce Voilà, dit -il, un terrible combat. J'en suis « sorti vainqueur ; mais qu'il m'en a coûté ! Chère « Manette , comme tu t'es trahie , comme tu étais « aimable dans ton trouble , dans ta petite colère ! « Oh ! combien je te dédommagerai de la courte « épreuve à laquelle je t'ai mise... Par quelles ca- « resses, par quels tendres soins !... Oui, mais... « elle ne reviendra pas la première, elle ne le « doit pas , elle ne le peut pas. Il faudra donc que « je lui dise : Charmante espiègle, vous vous êtes (c moquée de moi; je vous l'ai bien rendu. Abju- « rons toute finesse , et livrons-nous sans réserve « à l'amour.

« C'est cela , c'est bien cela, je ne trouve pas « un mot à ajouter. Mais elle est femme, elle a « de l'esprit , beaucoup d'esprit ; elle le sait sans

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« doute. Elle se sentira humiliée; elle opposera (c son amour-propre à son cœur, et voilà notre « union retardée... de vingt -quatre heures au « moins , et je suis vraiment si pressé de me marier ! « j'en ai un besoin si prononcé ! Cruelle situation ! « j'avais bien besoin de vouloir prouver que je « ne suis pas un sot ! ne m'eût-elle pas connu « plus tard , et ne pouvais-je pas lui laisser le petit « plaisir de croire que mon développement était « son ouvrage ?.. Il n'y a pas à balancer. Je retourne « au temple , je m'accuse , j'obtiens mon pardon , « et je l'épouse demain, ce soir, tout de suite. »

En effet, il revient sur ses pas ; mademoiselle Manette n'y était plus. Quelle femme permet qu'on la voie dans l'état où Adolphe l'avait mise ? Quelle femme consent qu'on la pénètre ? Le boudoir le plus reculé , le demi-jour le plus complet, et une migraine : voilà ce qui vous sauve , mesdames.

La pauvre petite s'était retirée, la poitrine gonflée, les yeux pleins de larmes. Elle avait pris cent détours pour échapper à tous les yeux , et Adolphe seul la cherchait. Parens , amis parlaient arrangemens, amour, ivresse, avec la satisfaction intime d'honnêtes gens, qui croient assurer le bonheur des autres.

Elle monte à son appartement, sans rencontrer personne; elle ferme les persiennes de son salon; elle tourne la clé ; elle se jette sur une chaise longue, et donne un libre cours à ses larmes.

« Quel homme ! et je l'aimais, je l'aurais aimé

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c( toute ma vie. Combien j'ai été sa dupe ! avec « quelle facilité j'ai cru à un amour qui n'a duré « qu'un moment, et avec quel sang-froid il a dé- « chiré le voile de l'illusion !... C'est ma faute aussi. « Légère, inconsidérée, je l'ai traité hier comme « s'il eût été trop heureux de m'offrir son hom- « mage , tandis que mon cœur , mon faible cœur « volait au-devant du sien... Adolphe, Adolphe, « tu m'as jugée ; mais avec quelle cruauté tu m'as « punie !»

Elle entend quelque bruit dans le cabinet; elle se croit surprise ; elle se lève précipitamment. Elle essuie ses yeux , elle court... « Encore ici ma- « demoiselle Louison ! — Madame m'a ordonné «de ranger. — Et vous ne finissez rien. — Hé, « mon dieu , mademoiselle , comment voulez- (( vous que j'avance ? vous ne faites qu'entrer et « sortir. — Voilà la première fois que j'ouvre ce « cabinet. — Je crois que mademoiselle se trompe. « Lorsqu'elle m'a répondu qu'elle venait de pren- « dre son voile,.. — Il était dans ma chambre à « coucher. — Vous n'êtes pas entrée ici , vous en a êtes bien sûre ? — Hé, non, vous dis-je, non, et a cent fois non. — Et ce porte - feuille que j'ai « trouvé derrière moi en me relevant... ^ ^ — Je « n'aime pas qu'on me tourmente , Louison. « Voyons, que prouve ce porte-feuille ? Je ne re- « connais pas... Ah ! dieu, quel trait de lumière ! « donne, donne, et continue de ranger. »

Elle se remet sur sa chaise longue , tourne ,

LUCEVA.L.

retourne le porte-feuille. Pas de secret, pas même de fermeture. L'ouvrira-t-elle ?... Oh ! non, non, il y aurait plus que de l'indiscrétion. Se refuser cependant à éclaircir un soupçon... Oh î la curiosité ! la curiosité et l'amour, quelle femme résiste à deux passions aussi fortes !

Adolphe, si heureux une heure auparavant et maintenant si tourmenté, Adolphe revenait tristement les bras pendans, la téte sur la poitrine. Il s'entend appeler.... c'est François. Le cher homme a un air en dessous , qui annonce qu'il a encore arrangé quelque conte. Son pupille le pénètre , et il y a fort peu de mérite à deviner quelques détails , quand on a saisi l'ensemble d'un plan.

Adolphe se pique ; il se fâche sérieusement que tout le monde , sans exception , se flatte de l'abuser. Une jolie femme, passe : ces petits êtres -là ont le privilège de jouer impunément tout un sexe ; mais un homme, un homme quel qu'il soit !.. ah ! M. François, je vous ferai voir que je peux être la dupe de mon cœur ; mais celle de votre esprit? oh ! ce serait trop fort. «Monsieur, voilà « l'heure de la cérémonie. — De laquelle, mon « vieux ami ? — Hé ! parbleu, du baptême. — Hé « bien, partons , je suis prêt. » Et ils prennent ensemble le chemin de la maison.

Vous jugez bien que le baptême n'était que le prétexte. François se grattait l'oreille... Il ne savait par où commencer. <( Mais , monsieur, où est donc « mademoiselle d'Egligny ? — Je l'ignore. — Je

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« VOUS croyais avec elle. — Je l'ai entrevue un « moment. — Et les amours , heim ? vous ne m'en cf parlez point. — Oh ! les amours... j'ai eu de grands « sujets de réflexion , mon cher François. — Des « réflexions auprès d'une jolie femme ! — Qui « n'a guère que ce mérite -là, je vous assure. — <c Que voulez-vous dire , mon cher Adolphe ? vous « m'en parliez hier avec un feu !... — Je la conte nais un peu davantage, et je la crois étourdie, « altière , exigeante... — Je ne lui aurais soup- (f çonné aucun de ces défauts. — Je le crois bien : « vous ne lui avez pas adressé quatre mots. Et « puis , mon bon ami , je saisis avec plaisir l'occa- « sion de vous marquer ma déférence à vos con- « seils. — Ah ! mais... que voulez- vous dire ? — « Hier encore , vous m'avez parlé avec tant de rai- « son du danger de s'enflammer trop facilement... « — Oui... oui... je me rappelle.,. Mais il me sem- « ble que mes observations ne portaient point sur « mademoiselle d'Egligny. — Pardonnez-moi, parrt donnez-moi. — Au reste , il se pourrait que je (c me fusse trompé. — Pas du tout , vous avez « frappé juste ; j'en suis trop malheureusement (c convaincu. Savez-vous quel est l'époux qui con- « vient à mademoiselle Manette ? un homme d'un « âge mur , qui prenne d'abord sur elle un ascen- « dant décidé. Mais moi, avec mes vingt ans , ma « facilité, ma douceur, je serais victime de sa lé- « gèreté, de ses caprices, de son humeur... — « Vous ne le serez pas, vous ne le serez pas. Je « sacrifierais mon enfant !...

(( Diable ! diable ! mais c'est que je comptais « vous marier , moi. — En vérité ? — Vous bien (( marier. J'avais arrangé tout cela avec M. Duval. « — Ah ! que de bonté ! — Mais après tout , il n'y « a rien de fait encore. — Fort heureusement, a mon ami. — - Un jeune homme beau , bien fait, « riche comme vous... — Ah ! vous me flattez. — c( Choisira parmi ce qu'il y a de mieux, et en « étudiant les caractères... — C'est là le point es- « sentiel.

« — Ah çà , mais me voilà dans un embarras « affreux. — Ah ! contez - moi cela. — Madame a d'Egligny raffole de vous. — Vous plaisantez. — « Non, ma foi. Votre conversation de ce matin i( Fa enchantée. — Oh ! par exemple , voilà qui « est malheureux. — Et ce n'est rien que cela. — <c Ah ! mon Dieu, qu'y a-t-il donc encore? — c( Vous avez inspiré à mademoiselle Manette les « sentimens les plus vifs. — Cela n'est pas croya- « ble. — Parbleu, elle en a fait l'aveu à sa mère. a Si j'avais prévu ce triste dénoûment-là, moi, je (( n'aurais pas... je n'aurais pas fait... — Hé bien , (c voyons , qu'avez - vous fait , mon ami ? — Hé ! « pendant que vous promeniez l'Olympe et le c( Parnasse, leur mobilier roulait sur le chemin ce de Paris. Une de vos maisons en est encombrée. K — Hé bien , tout cela repartira. — Tout cela t< repartira ! c'est fort aisé à dire. Pensez- vous à ce l'éclat... et puis, l'embarras, le désagrément d'une a rupture...

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