‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 5 sur 441 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

BEAU VAL FILS

Et leurs remords.

TÉLÉMAQUE

Celui qui connaît le remords n'est pas loin de redevenir vertueux. Les blancs en sont incapables.

BEAUVAL FILS

Plaignons-les, ne les haïssons pas.

Je plains le faible, je hais le crime, je le poursuis dans mes bourreaux.

BEAUVAL FILS

Tirons le rideau sur les malheurs , sans cesse renaissans, dont nous accablons votre déplorable espèce. Sois modéré dans ta conduite , borné dans tes désirs , heureux de tes jouissances actuelles, plus heureux encore par l'espoir d'un autre avenir. Livre-toi aux impressions de l'amitié : elle effacera le souvenir de tes peines passées ; elle adoucira les désagrémens de ta condition présente. Si tu es raisonnable , que peuxtu vouloir de plus ?

TÉLÉMAQUE

La liberté.

BEAUVALFILS.

Je ne puis te la rendre encore.

TÉL ÉM AQUE.

Puis-je ne pas la désirer ?

BEAUVAL FILS

Tu peux au moins l'attendre avec patience : ton esclavage est supportable.

TÉLÉMAQUE

Tu n'as adouci que le mien. Mon cœur brûle sur ces rochers, où les feux du midi dévorent ce que j'aime.

BEAU VAL FILS

Tu aimes, mon ami? et tu me Tas caché!

J'ai craint de t'affliger, en te confiant ce nouveau genre de peines.

BEAUVAL FILS

Si je ne peux les calmer, je les partagerai. Parle, malheureux.

TÉLÉMAQUE

Vois , sur la cime de ce rocher, cette infortunée couverte d'un lambeau de toile, qui ne peut la garantir ni de la chaleur du jour, ni de la fraîcheur des nuits. Regarde-la s'appuyer sur une bêche, que ses bras ne peuvent plus soulever. Vois ce féroce commandeur qui la menace, et qui exige d'elle des efforts impossibles. Ses regards se tournent vers nous ; ses soupirs

m'appellent, et semblent t'implorer Terre qu'on

n'a rendue fertile qu'à force de forfaits , terre odieuse, qui tous les ans reçois dans tes entrailles des milliers d'Africains , et qui leur fais acheter la mort par les tourmens et le désespoir, qui tuent trop lentement et trop tard, ne vengera-t-on jamais les victimes, dont les cadavres épars servent à te féconder? Les blancs, ces ennemis de la nature, n'apprendront -ils pas à frémir, en voyant cette terre humectée du sang

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