SCÈNE X. i5i
SABORD
Serais-je ici, s'il y en avait encore un seul en vie? Tout est au fond de la mer. Le plus brave équipage de France. Gela vous sautait à l'abordage ; il fallait voir ! Vaisseau attaqué, vaisseau à nous; c'était la règle. Enfin, les regrets ne servent à rien. Dieu leur fasse paix et miséricorde.
LISE
Il ne prend pas seulement garde à moi.
BAZILE
Ne voudriez-vous pas vous rafraîchir ?
SABORD
Me rafraîchir! il m'a trouvé dans l'eau.
BAZILE
Si vous préférez vous chauffer...
SABORD
Je ne me chauffe qu'au feu du canon.
BAZILE
Vous boirez donc un coup ?
SABORD
J'en boirai deux, jeune homme.
LISE
Quel singulier caractère !
BAZILE, lui versant du vin.
Vous le trouverez bon ?
SABORD
Qu'est-ce que c'est que ça ?
i52 ^ LE PETIT MATELOT.
B A ZI LE
Hé! parbleu! c'est du vin.
SABORD
Depuis dix ans, je n'en bois plus.
B AZILE
Si vous voulez de l'eau?...
SABORD
Qu'appelez-vous de l'eau ? Du rhum , du rach.
LISE
Ah ! quel homme !
B AZILE
Malheureusement nous n'en avons pas.
SABORD
Qui diable vous en demande? J'en ai, moi; je ne marche pas sans cela. (// tire une bouteille empaillée^ boit un coup., et la présente a Bazile.) A vous, luron.
BAZILE
Je vous remercie , je n'en use pas.
SABORD , serrant la bouteille.
Tant pis pour vous.
LISE
Si monsieur veut se débarrasser de ce sac ?
SABORD
Il ne m'embarrasse pas.
Je le mettrais en lieu sûr.