‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 61 sur 82 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

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Madame Ducayla chante fort bien, et nous applaudissions an malin vaudeville, toutes les fois que nous roulions sur la terre. Moi, je faisais des contes; Francheville me répondait par d'autres; Honorine écoutait et riait, et, à chaque instant, nous revenions au refrain philosophique : Un préfet qui se retire, etc.

Nous nous arrêtâmes, à la sixième poste, pour déjeuner : la gaieté , Tinsouciance de l'avenir donnent de l'appétit. La nouvelle de notre arrivée se répandit, dans sept à huit rues de cette bourgade, et à peine dix minutes étaient-elles écoulées , que nous entendîmes battre la caisse. Bientôt le maire parut, suivi de son adjoint et de son greffier. A côté du maire, marchait monsieur le curé, et la garde nationale, composée de douze hommes, fermait le cortège. Le maire, chantre de la paroisse, nous débita un compliment latin, que le curé avait arrangé pour toutes les circonstances, et dans lequel il n'y avait que les qualifications à changer. Francheville y répondit, comme s'il eut compris l'orateur : il est des phrases banales qui répondent à tout, parce qu elles ne signifient rien.

La garde nationale tira ses douze coups de fusil , dans la cour, après quoi on commença à parler affaires. Le maire demanda l'érection d'un pont, et la restauration d'un chemin de troisième classe. Le curé demanda la réédification de l'église, et, à chaque mot, ils s'inclinaient respectueusement jusqu'à terre.

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Le curé me comparait galamment à Esther, obtenant, en faveur d'Israël, la protection et les grâces de son auguste époux. Honorine, habillée en garçon, pour éviter quelques incommodités de la route, était le petit roi Joas, espoir du peuple de Dieu. Je riais; Francheville écoutait tout cela avec un sérieux imperturbable, et quand il fut las de cette comédie, il la termina par la déclaration franche et positive de son impuissance actuelle.

Cette déclaration inattendue releva les têtes profondément inclinées. Le maire et le curé se regardèrent, se dirent quelques mots à l'oreille, et se tournèrent vers la porte, a Les hommes sont «les mêmes partout, dis - je à Francheville. Au c( village , comme à la ville , ils cherchent le soleil « levant. — Ma bonne amie, les révérences, et aut( très marques de respect appartenaient à celui «qui peut édifier le pont, et réédifier l'église. Je « ne suis plus cet homme-là ; ces bonnes gens se «retirent, cela est très-naturel. Cependant, avec « quatre mots, je peux les ramener à mes pieds. « — Comment cela? — Monsieur le curé, s'il n'est « pas en mon pouvoir de faire rebâtir votre église, « je peux au moins y contribuer pour quelque « chose : faites - moi le plaisir de recevoir cela. «Monsieur le maire, acceptez de quoi faire les « réparations les plus urgentes à votre chemin de «troisième classe... Ah! ces braves ont brûlé leur « poudre : je veux qu'ils boivent à ma santé. »

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l/infliience de For est incalculable. Les épines dorsales se courbèrent de nouveau; les éloges nous furent prodigués, et monsieur le curé offrit de nous chanter une messe , pour le succès de notre voyage. Nous le remerciâmes, nous déjeunâmes, nous remontâmes en voiture^ et, soit qu'il ait chanté sa messe, soit qu'il l'ait gardée pour une meilleure occasion, nous arrivâmes à Paris en bonne santé.

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