CHAPITRE XXIII
Succomherai-je ?
Ma résolution est prise, elle est invariable. Je passe chez la princesse ; je ne lui cache rien. Elle m'oppose des réflexions, que j'ai déjà faites, sur les inconvéniens, les chagrins qu'éprouve ordinairement une femme qui épouse un homme plus jeune qu'elle. Ces réflexions m'étaient utiles autrefois; je les appliquais à l'amour, comme au mariage : toujours prête à céder, j'avais besoin d'appui; je m'en faisais de tout ce que me suggérait mon imagination. Aujourd'hui je suis libre, et je combats victorieusement les observations de la princesse. Combien de maris de quarante ans ont des femmes de vingt, et ne leur sont pas fidèles ? M. de Francheville n'est-il pas plus âgé que moi, et m'a- 1 -il été possible de le fixer? Tous, j'en conviens, ne portent pas, aussi loin, la faiblesse et le scandale; mais le chagrin est-il moins cuisant, pour être secret? Les circonstances d'éclat, la publicité, qui semblent l'aggraver, ne finissent - elles pas , au contraire, par nous donner cette énergie , qui nous porte à nous soustraire à l'oppression ? Une femme ne trouvet-elle pas alors une sorte de consolation, dans l'mtérét qu'elle inspire? Mais pourquoi peser les torts plus ou moins graves des maris? Il est d'heu-
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relises exceptions, et où résident la candeur, la bonne foi , l'amour constant , si ce n'est dans le cœur de Sainte-Luce ? Si l'opinion que j'ai de lui est une erreur nouvelle, elle fera mon bonheur jusqu'à ce que le prestige soit dissipé. Alors je conviendrai qu'il faut se résigner à souffrir pendant les deux tiers de sa vie. Les illusions délicieuses, que je caresse en ce moment, se dissiperont sans retour, et je bornerai mes jouissances à celles que donne l'amour maternel.
Mais non, non. Jamais tu n'appelleras un souvenir pénible, sur le jour où je me serai donnée à toi. Toujours plus tendre, toujours plus empressé, tu ajouteras à ma félicité, par la persuasion où je serai de la tienne. Une ivresse constante t'empêchera de compter mes années. Ninon, d'ailleurs, vieillit-elle jamais? J'ai vu son portrait; je suis plus jolie qu'elle, et la paix de l'âme et le bonheur n'éternisent -ils pas la jeunesse ?
La princesse sent bien qu'il est inutile de continuer des observations, que je réfute à mesure qu'elles naissent. Elle m'engage seulement à éviter Sainte-Luce , jusqu'à l'époque où la loi nous permettra de nous unir. «Un an, madame, un an! «votre altesse pense- 1- elle à ce qu'elle exige? « Notre vie est-elle donc si longue, qu'une aniîée « soit comptée pour rien? Le devoir et la gloire ne «peuvent-ils pas demain m'eniever mon amant? « Ne peut-il pas tomber, sans vie, sur les lauriers
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« nouveaux qu'il brûlera de m'offrir? Et il mour- « rait sans avoir connu le bonheur ! et je regrette terais , le reste de ma vie , de n'avoir pas cou- ((.ronné sa constance et ses vertus! Non, que les «préjugés se taisent, qu'ils disparaissent devant « moi. S'ils s'élèvent contre ma réputation, Sainte- (c Luce me dédommagera de l'avoir perdue. Je ne « vois plus que lui au monde; je suis toute à lui; «je ferai tout pour lui.
« — Ainsi donc vous allez vivre publiquement « avec ce jeune homme? — Publiquement, ma- « dame ! je ne crois pas avoir dit cela. — Vous le « i-ecevrez au moins chez vous. — Je l'y retiendrai « les journées entières. — Et vos gens ne soup- « çonneront rien , et vos amis se tairont ! — Que « diront-ils ? que je suis heureuse? Je le publierai « moi-même, si je suis réduite à choisir, des bien- « séances, ou de mon amour. Fière de mon amant, « je le proclamerai le plus aimable et le plus aimé « des hommes. — Et Honorine sera témoin de ce « délire ; elie entendra ces aveux ; elle apprendra « à considérer la vertu comme un vain mot. Que «lui direz -vous, quand elle se livrera à des éga- « remens, dont vous lui aurez donné l'exemple?
« — Arrêtez, arrêtez, madame, par grâce, mé- « nagez-moi. Honorine!... Honorine!... Non, je « ne te donnerai pas l'exemple du désordre. La « prudence réglera mes démarches; je m'envelop- « perai des ombres du mystère... — Et vous vous «flattez d échapper à la pénétration de cette en-
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« fant? Il ne faut qu'un moment , qu'un mot pour «l'éclairer, et ce moment, ce mot viendront tôt «ou tard. — Oh! mon Dieu, mon Dieu, que (c dois-je faire? — Votre devoir.
« — Eh! que n'ai-je pas fait. pour lui? — Nous « n'avons rien fait, tant qu'il nous reste à faire et encore. — Je n'ai pas trente ans , |t il faut re- « noncer au bonheur. — Il faut le rendre plus «vif, par un délai nécessaire; plus durable, en « conservant Festime de votre amant. Il faut que « les mœurs publiques sanctionnent et consoli- « dent votre félicité.
« — Je sens la force de ces raisons. — Ayez «celle de vous y rendre. — L'effort est cruel, « presque impossible, je ne vous le dissimule pas. « — Ma chère amie, les passions passent; l'estime «des autres peut durer autant que votre vie. « Cette estime est la barrière que vous opposerez « aux goûts naissans de votre fille , s'ils ne s'ac- « cordent pas avec les convenances, et elle n'osera « pas la fi'anchir.
« — Honorine! Honorine, je ferai mon devoir. « Tu sauras un jour ce que tu m'as coûté. Puisses- « tu m'en aimer davantage ! »
Je veux éviter, avec lui, jusqu'à l'ombre d'un tort. Je lui écris; je lui rends, mot pour mot, l'entretien que je viens d'avoir avec la princesse. Je le laisse l'arbitre de mon sort. Il sera généreux, je l'espère, je le crois... Cependant, si l'impétuosité de son amour; si la douleur de voir retarder
un moment si long-temps, si ardemment désiré, si positivement promis, ne lui permettaient pas d'écouter le langage de la raison, de cette froide raison, qui commande impérieusement à tous, et à qui les gens indifférens peuvent seuls obéir... il sera, nous serons heureux, dussent les regrets empoisoniifr le reste de ma vie.
Je reçois sa réponse... Je l'ouvre en tremblant... Elle est dictée par l'amour au désespoir; mais sou mis à la prudence et aux principes. Quel homme! c'est lui qui me soutient, qui me console! je suis tiestinée à lui tout tlevoir; tout, jusqu'à ma sagesse.
La princesse est contente de lui et de moi. Elle permet que j'aille m'établir dans l'appartement cpi'il m'a fait arranger. Demain, je prendrai congé d'elle, et de son respectable époux. Je conserverai un souvenir précieux de leurs bontés, et souvent je viendrai leur offrir lliommage de ma re~ connaissance, et de ma vive affection.
Qu'il est joli, ce logement! rien de riche; mais tout est élégant et recherché. Ce boudoir... comme il est décoré ! quel charme dans ce demi-jour î c'est un petit temple, à consacrer au culte de l'amour. €her ami, je t'y désire, je t'y appelle, et tu n'y viendras pas ! je l'ai voulu , et tu y as consenti !
Honorine est enchantée de sa chambre, et de son ameublement. Je remarque que cette chambre touche à la mienne : avant que je lui écrivisse, il était donc décidé à se va'mcre, à me faire le sa-
crifice de ses vœux les plus doux? Que deviendrais-je, si je n'avais qu'un homme ordinaire? Déjà j'ai oublié ce que m'a dit la princesse; je n'ai plus d'empire sur moi; je reviens à ce boudoir. J'y suis seule; j'en sors, j'y rentre, je soupiré; des larmes brûlantes s'échappent malgré moi; je me laisse aller sur ce lit de repos. Mon imagination ardente me retrace ces plaisirs, cette ivresse, ce délire du cœur et des sens, que Sainte- Luce doublerait en les partageant avec moi... et je suis encore seule ! ce soir, je serai seule encore! je le serai encore demain, et nous serions heureux si nous voulions l'être ! oh ! Honorine ! Honorine ! .
Je cherche le sommeil; il est loin de moi. Je m'agite, je me tourmente, je brûle. Sainte-Luce est là; il est présent; je veux le presser dans mes bras; je ne sâisis qu'un ombre qui échappe à mes transports... Ah ! si du moins l'amour était fugitif comme elle! celui-là ne me quitte pas; je veux le fuir ; je le retrouve partout , et partout il fait mon iifklheur. Oh! je souffrirais moins, abandonnée, méprisée, haïe du reste de l'univers... Eh! souffrirais-je , s'il était avec moi! j'oublierais tout ce qui n'est pas lui. Je n'aurais pas une pensée, une sensation, qui ne fussent volupté et bonheur.
J'ouvre un secrétaire... que vois -je! son portrait ! cruel homme, quel présent funeste tu m'as fait! tu ne veux donc pas que je jouisse désormais d'un instant de repos !
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Ce portrait est frappant de ressemblance. Voilà ce teint animé, cette fraîcheur, cette noblesse, cette grâce inexprimable, qui forment l'ensemble le plus séduisant... Ces jeux sont muets; ce n'est pas ainsi qu'ils me regardent; mais qui peuventils regarder comme moi ? ♦
Au bas du portrait est écrit : A là mère d'Honorine. Craint-il d'oublier ce que je suis ? Craintil que je l'oublie ? Veut -il sans cesse placer ma fille entre lui et moi?
Vertus obscures, on ne vous estime pas assez, par cela même que vous êtes sans éclat. On vous ignore, ou on n'accorde rien à ceux qui passent leur vie à comprimer, à froisser, à étouffer leur cœur; à rendre au devoir l'hommage le plus douloureux et le plus soutenu. On loue, on appelle vertueux celui qui donne; qui embrasse la défense de l'opprimé; celui qui remplit s*es fonctions avec zèle et désintéressement. Eh! ces vertus -là coûtent -elles à leur auteur? les exercer et jouir, n'est-ce pas la même chose? oui, dans c6 cas, la vertu porte avec elle sa récompense. Mai? cette vertu terrible, devant laquelle je suis courbée, comme par une main de fer; qui ne permet rien, ne promet rien, ne laisse pas même l'espérance, cette vertu me désespère, me mine, me tue... peutêtre parce que mon sacrifice n'est pas absolu. Il n'est pas en mon pouvoir de le Consommer tout-àfait. Je cesserai de vivre, avant de cesser d'aimer.
Ce que j'ai prévu arrive. Il m'écrit qu'il vient
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de recevoir l'ordre de partir dans les vingt-quatre heures. Il va commander un vaisseau , deux frégates, et chercher nos ennemis aux extrémités du monde. Il souffrira, dit -il, il souffrira sans se plaindre. Mais quelle que soit sa résignation, il n'a pas le courage de s'éloigner, sans me dire un dernier adieu. Il ne demande qu'une heure, nn instant, et telle est la pureté de son ame, qu'il ne redoute pas les témoins. Des témoins ! non , il n'y en aura pas. Une amie intime pourrait seule être présente à ces adieux déchirans, et madame Ducayla est à Marseille. Nous ne nous donnerons pas en spectacle à des étrangers. Notre trouble, nos regrets, nos larmes n'auront de témoins que l'amour.
Qu'il vienne , qu'il vienne à l'instant même.
Oh ! si Honorine ne me retenait , si je ne me devais tout entière à son avenir, je ne balancerais pas, je suivrais mon amant. Cachée sous les habits de son sexe, je braverais, avec lui, et les feux de la zone torride, et les dangers des combats. Je le couvrirais de mon corps. Ah! quel bonheur, s'il doit mourir, de mourir la première !
Le voilà, je l'entends... mon cœur semble vouloir briser les barrières, qui le retiennent; il s'élance au-devant du sien. Le voilà, le voilà. Ce n'est plus une illusion; c'est bien lui que je vois, que je presse sur mon sein. « Sainte-Luce, je ne « me- connais plus; je suis à ta discrétion. Je n'ai « plus de force, pas même pour désirer me dé-
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«fendre. Sois plus qu'un homme, ou c'est fait « de moi... »
Oui, c'en est fait... c'en est fait encore. Un feu dévorant circule dans mes veines; rien ne peut le calmer. J'ai eu , dit - il , les prémices de son cœur; je n'en doutais pas. Personne n'en avait obtenu d'autres, je le vois. Personne n'obtiendra rien de lui; j'en suis sûre. Il reviendra fidèle, s'il échappe aux hasards de la guerre. « De la guerre, c( dis - tu ! il m'est désormais impossible de vivre « sans toi. Non, tu ne t'éloigneras pas. Qu'est la «gloire, comparée aux délices que tu viens d'é- « puiser ? Quel devoir as-tu à remplir, plus sacré « et plus doux, que celui d'éterniser mon ivresse ? « Quelle récompense v^ut le droit de la partager ! «Insensé! tu trouves tout dans mes bras, et tu « vas exposer, pour des chimères , une tête qui «m'est si précieuse! demeure, mon ami, de- « meure, je te le demande à genoux. — Relève- «toi, je t'en supplie, et réfléchis à ce que tu «exiges. — Je ne réfléchis pas, je ne veux plus « rien prévoir. Tu viens de te charger du bonheur « de ma vie ; remplis les obligations nouvelles « que tu as contractées. — Tu l'ordonnes, j'obéis. «N'oublie jamais que je vais te sacrifier plus que « ma vie.
« — ... Que dis-tu ?... J'ai été exigeante , égoïste , « lyrannique. L'excès de ton amour est trop «prouvé par ta condescendance. Oui, pou*- un a homme tel que toi , c'est plus que me sacrifier
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« ta vie. Je regrette un sacrifice que j'ai exigé ; « que je désire ardemment encore ; mais qui est « indigne de nous deux. Tu conserveras Thon- « neur; tu ajouteras à ta gloire : je veux que les « qualités de mon amant justifient ma faiblesse, (c Mais, mon ami, donnons à l'amour les derniers <( .momens qui nous restent. Demain , tu ne rece- (( vras plus, tu ne me rendras plus ces caresses, « dont nous sommes si avides , dont nous ne pou- « vous nous rassassier. »
J'entends du bruit. . . C'est Honorine. Elle a quitté le travail; elle vient se délasser près de moi. « Vite ! vite ! mon ami ! tu n'as pour dispa- « raître que la durée d'un éclair. »
J'ouvre ma porte; je cours au-devant de ma fille; je l'entraîne au salon. Je la fais asseoir, je lui parle, elle me regarde avec étonnement; sans doute mes idées sont sans liaison, sans suite. Mes yeux se portent sur ma glace... Quel désordre, bon Dieu!... Je veux lui attribuer une cause, et la stupéfaction de l'enfant augmente avec mon embarras. Elle veut me caresser, et ses baisers ajoutent à mon trouble; je la repousse doucement. Suis-je donc indigne des étreintes de l'innocence ! Ai-je commis un crime? Ma conscience fait-elle justice de moi ?
Pourquoi ai-je fait disparaître Sainte - Luce ? N'était-il pas naturel qu'il me rendît une dernière visite? Ma femme de chambre ne peut -elle pas savoir qu'il était avec moi, quoiqu'il soit entré
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sans se faire annoncer? Cette sortie furtive n'expliqiie-t-elle pas ce que j'ai cru cacher? Je ne sais où j'en suis.
Je m'efforce de me remettre. Je propose à Honorine une promenade aux Tuileries : j'ai besoin de prendre l'air. Je donne à mes doiïiestiques le reste de la soirée. Je n'ai pas entendu ouvrir la porte d'entrée; s'il n'est pas sorti, personne n'empêchera sa retraite.
Sa retraite! quoi, déjà je l'aurais perdu! perdu pour des années, peut-être pour toujours. Cette pensée cruelle me poursuit, au milieu de cent femmes, qui décorent une allée. La sérénité est sur leur front; le calme paraît être, dans leur cœur. Qu'elles sont heureuses !
Honorine est tout entière à la variété des objets. Elle ne pense pas à m'interroger; elle ne m'adresse pas un mot. Ah ! tant mieux. Je suis seule ici avec mon cœur. Pauvre cœur! comme il a souffert! comme il a joui! comme il souffrira encore!
Déjà l'obscurité voile tout ce qui m'environne. Je prends machinalement la main de ma fille ; je suis les rues qui conduisent chez moi, absorbée, accablée, et quelquefois radieuse de souvenirs.
Ma femme de chambre rentre en même temps que moi. Elle me demande mes ordres. « Faites « souper ma fille; aidez-lui à se coucher, et allez <c vous reposer. »
Je cours à ma chambre. Je ne peux revoir, trop tôt, ce lieu où je me suis livrée à ses transports,
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OÙ j'ai épuisé les délices de l'amour. Que cette chambre me sera chère! je ue la quitterai plus.
Est-il sorti? Suis-je condamnée à ne pas le revoir? Encore une heure, mon Dieu, encore une heure , et disposez de moi après.
Il n'est pas sorti; il ne peut l'être: je trouve un fauteuil en travers de la porte. La chute de ce meuble, qu'a prévenue ma prudence ou ma timidité, l'aurait averti de se cacher plus soigneusement encore. Mais où est -il?... dans un arrière-cabinet. Il dort, sur une chaise longue, du sommeil de l'amour heureux. Ses songes sont rians; ils l'embellissent encore. Dors, cher amant, je respecte ton repos ; je me contente de cueillir un baiser sur ton front.
Je ne sais pas m'arréter. Un baiser est suivi d'un autre; ses beaux yeux se rouvrent; il les tourne sur moi; il me reconnaît; il s'élance... «Ce « sont les grâces elles-mêmes, s'écrie-t-il ! tu réu- « nis, à toi seule, les beautés qui suffisaient à elles « trois. » Il a tout enlevé, tout déchiré. Il a voulu que je parusse, sans autres ornemens que mes charmes. Il les contemple avec avidité; il me saisit, il m'entraîne; ses transports renaissent; ils rallument tous mes feux; ils sont inépuisables. Oh! quelle nuit! quelle nuit! oui, je le sens, on peut mourir après cela, et mourir sans regrets.
Le sommeil vient enfin appesantir mes paupières; je lui dispute nos derniers momens; je succombe à l'excès de la fatigue. Mes yeux se fer-
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ment, et je vois encore mon amant, ivre de désirs et de bonheur. ,