‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 24 sur 64 · AT) 1^ LAI DE · texte numérisé non relu

AT) 1^ LAI DE

cœur et ma faible raison. L'infortuné! il invoque ma prudence! Hé, quelles armes veut-il que je lui oppose, à lui?

Je suis éloignée de ma mère; tu n'es plus à Paris ; je n'ai de ressources que dans sa délicatesse et son honneur : c'est à lui seul qu'il appartient de me sauver de moi-même. Il le fera, Claire; il est généreux; il me l'a prouvé au moment fatal, où son amie délirante invoquait les derniers bienfaits de l'amour.

Ne crois pas que, m'abandonnant sans réserve à un sentiment impétueux, j'attende tout de l'homme qui le partage. Mes efforts seconderont les siens ; j'opposerai mon devoir à mon cœur; ce que la vertu a de plus sublime me soutiendra dans ces combats, et l'estime de moi-même sera la douce récompense de ma victoire.

... Cependant lorsque je pense que, dans deux heures , je reverrai cette figure enchanteresse ; que je retrouverai ce sourire, qui portait le trouble dans mes sens; que j'entendrai encore cette voix, qui caressait si doucement mon oreille... Ah ! il ne me permettra plus ces expressions brûlantes, qui animaient et qui charmaient mon cœur. Jules, Jules , ménage l'objet de ton constant amour ; ne l'avilis point à ses yeux et aux tiens.

Que dis-je! Suis-je certaine qu'il m'aime encore? Y a-t-il dans son billet un seul mot qui dise amour? Sa condescendance à mes volontés tient-elle à autre chose qu'aux égards , dont un honnête homme ne

s'écarte jamais envers une femme qui lui a été chère?.. Ah ! que je serais heureuse, s'il avait cessé de m'aimer ! Je souffrirais seule , et il ne serait plus dangereux pour moi.,. Heureuse ! le serais-je, Claire?.. Je ne le crois pas.

Nous arrivons à la barrière. Un tremblement général me saisit; ma tète se monte, et bientôt mes idées s'obscurcissent. Je ne suis plus qu'une frêle machine, jouet de toutes les passions, tourmentée de souvenirs , et de remords anticipés,

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