CHAPITRE IV
Monsieur le marquis fait de nouvelles héi^ues.
Le comte d'Orville était un gentilhomme de vieille race qui faisait peu de cas de la nouvelle noblesse. Avait -il tort ou raison? Il me semble à moi que le premier d'Orville n'était pas plus noble que le premier d'Oliban, et que le mérite essentiel de ce d'Orville-ci était d'en compter dix-
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neuf avant lui. Le burin de l'histoire n'avait gravé
le nom d'aucun de ses aïeux. Pour lui, il était
disposé à se faire tuer , quand le service du roi
l'exigerait ; et il attendait , tantôt à son corps ,
tantôt dans ses terres , le grade de maréchal de
camp.
Il était très - occupé avec son notaire , quand notre marquis fut annoncé. Un noble d'hier et des affaires à terminer suffisaient bien pour n'être visible que dans une demi - heure. Le marquis fut choqué de la réponse qu'il reçut par l'intermédiaire d'un laquais ; mais il avait protesté à Larose qu'il n'irait pas en prison , et il ne voulait pas que le jeune soldat le fît passer, dans l'esprit de ses camarades, pour un seigneur sans crédit. Il se décida à attendre.
Comment se passera cette demi-heure? Le marquis ne s'occupait ni de la latitude , ni de la quadrature d'un cercle. Il était bien avec une femme de finance; mais cette liaison était devenue habitude, et une maîtresse de tous les jours agit peu sur l'imagination. Le marquis ne trouva pas de moyen plus agréable de filer le temps , que de parler à Larose de ses amours. Larose , enchanté de pouvoir dire à quelqu'un ce qu'il avait répété pendant toute une nuit aux murailles de sa chambre; Larose, oubliant sa prudence de la veille^ et passant à l'excès contraire , parla avec une abondance, une volubilité, qui ne permirent pas au marquis de placer un mot. Il apprit enfin
l'officieux. '^^9 que Julie était l'objet de tant d'amour, de tant d'inquiétudes , de tant de peines , et il finissait de lire le billet où la petite développait si naïvement son cœur, lorsque le notaire de M. d'Orville sortit, et qu'on introduisit M. d'Oliban.
D'Oliban avait annoncé d'Orville à Larose , comme son ami particulier. Il l'avait vu trois ou quatre fois dans le monde, et il lui avait parlé pendant un quart d'heure au plus : on a à Paris de bons amis, dont on ne connaît bien que le nom. D'Orville, satisfait de la suprématie qu'il venait d'exercer sur d'Oliban, le reçut avec cette urbanité dont les gens du bon ton savent si bien masquer leur profonde indifférence. Il voulut bien s'excuser sur la lenteur de son notaire, et, comme l'aristocratie de l'opulence étaie fort bien celle du rang , d'Orville ne laissa pas ignorer qu'il traitait du joli domaine de Barjac, qui touche à la plus belle des terres de sa famille. Il ajouta, que son notaire agissait secrètement pour que le propriétaire ne lui fît pas payer là contenance ; il s'informa enfin de l'objet qui lui procurait le plaisir de voir monsieur le marquis.
D'Oliban avait arrangé une histoire. La retraite battait ; Larose , se rendant à l'appel , s'était trouvé très - mal ; des passans l'avaient mis sur un des bancs de pierre qui sont à la porte de l'hôtel ; le marquis l'avait jugé hors d'état de rentrer aux casernes. Il lui avait donné un asile pour la nuit , et il venait prier monsieur le comte de le dispen»
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ser de quinze jours de prison voulus par l'ordonnance.
Le comte, comme tous les capitaines aux gardes , s'occupait fort peu de sa compagnie ; ces soins , tout-à-fait roturiers , étaient abandonnés à un sergent. Il était égal à d'Or ville que Larose allât ou n'allât pas en prison ; mais il était bien aise d'accorder une grâce à un marquis de fraîche date, qui, par sa position militaire, resterait toujours son obligé. Il écrivit quatre mots à son sergent de confiance ; Larose fut appelé ; son capitaine lui remit le billet , et il daigna conduire d'Oliban jusqu'à la porte de son cabinet.
L'impertinent ! disait entre ses dents le marquis , en descendant l'escalier ; je lui ferai voir que mon crédit ne se borne pas à dispenser un pauvre soldat de la prison. Il donne rendez-vous à Larose à son hôtel , et il fait toucher à celui du capitaine des mousquetaires gris.
«Je sors de chez le comte d'Orville, lui dit-iL (( Il m'a reçu avec une hauteur dont je suis révolté. « Je lui prouverai cependant que je ne sais me « venger qu'à force de générosité. Vous êtes mon a ami, monsieur le duc. — Comptez sur moi dans « toutes les occasions. — Vous voulez vous défaire a de votre domaine de Barjac, et d'Orville en a «envie. — Vraiment! — Je viens vous prier de ce le traiter doucement, à ma considération, et je « suis persuadé que vous m'accorderez ce que je « vous demande. — Ah i d'Orville veut s'agrandir!
a — et VOUS lui ferez connaître que c'est à moi i< que vous sacrifiez quelque chose de vos préù tentions. — Parlons raison , mon cher marquis. c( Je suis mal dans mes affaires , et voilà pourquoi « je vends. Convenez que je serais une grande «dupe, si je ne profitais pas de l'avis que vous « me donnez. — Quoi, monsieur le duc, après ce c( que vous venez de me promettre... — Je ne bac( lancerai pas à vendre trente mille francs de «plus; je vous rendrai deux cents louis que je « vous dois , et je garderai ma petite danseuse « trois mois encore. — Si vous aviez assez peu de « délicatesse... — Pas de grands mots, mon cher, « des choses. D'Orville veut enclaver un hameau f( de plus dans ses terres; il est naturel qu'il paie « cette jouissance. Vous avez à vous plaindre de u lui, et vous vous vengez en servant un homme « qui vous est dévoué, c'est encore tout simple. »
Le marquis répliqua vivement , et le duc prit ses grands airs. Le marquis insista avec plus de chaleur encore, et son capitaine l'envoya aux arrêts pour quinze jours.
D'Oliban allait se retirer, quand le notaire de d'Orville parut. «Je viens finir avec vous, mon- « sieur le duc, lui dit-il. On vous accorde les deux « cent vingt mille francs que vous demandez; on « vous en paiera moitié en signant le contrat , et le « reste dans six mois. Cela vous arrange-t-iî ? — « Monsieur, vous avez fait vos réflexions , j'ai aussi
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« fait les miennes. Le domaine de Barjac vaut « cent mille écus pour un voisin , et M. d'Orville a le paiera cela, ou je le garderai. »
Le marquis saute à droite , à gauche ; ses poings sont serrés; les muscles de sa figure jouent avec une force étonnante; il est furieux au point de ne pouvoir articuler un mot. Enfin il retrouve des idées, et il reproche amèrement au duc de porter à quatre -vingt mille francs une augmentation de prix que tout à l'heure il bornait à trente. Le duc lui reproche de n'être pas rendu encore aux arrêts; le notaire lui reproche son indiscrétion; le marquis se la reproche maintenant; • mais il proteste qu'il a voulu servir M. d'Orville, et se venger ainsi de ses hauteurs. Il sort enfin et se rend à son hôtel , ne sachant trop comment il passera la quinzaine.
Larose, exact au rendez-vous d'amour, comme à ceux que son sergent lui donne de par le roi, Larose est déjà chez monsieur le marquis. Il n'a pas vu Thérèse , et il s'en félicite ; mais il ne voit pas Julie, et il la demandé à Ducroc, à Zéphire, à l'antichambre et à l'écurie. Son protecteur a écouté favorablement la courte histoire de ses amours ; il n'a plus rien à craindre , et il vague dans l'hôtel, chantant Julie, ses seize ans et ses charmes.
Le marquis rentre en grondant. Si le duc n'était pas mon capitaine, pensait-il , je lui ferais tirer
l'officieux. '2i3 l'épée. En quittant les mousquetaires, je redeviens son égal ; mais aussi je perds mes titres à une compagnie de dragons.
«Ah çà, voyons, dit -il, en commençant un «monologue, tantôt assis, tantôt se promenant « dans son salon , voyons quelle conduite je dois « tenir à l'égard de M. d'Orville. Il est évident «que pour m'être voulu venger en le servant, «je lui coûte quatre-vingt mille livres. Ma ven- « geance serait bien plus éclatante, si je payais «cette somme pour lui... Oui, mais, quatre-vingt « mille francs!... Diable! quatre-vingt mille francs... «Réfléchissons un peu. J'ai cinquante mille écus « de rente, et je suis garçon. 11 me semble qu'a- « vec soixante-dix mille francs , qui me resteront « pour l'année , je peux vivre honorablement : « beaucoup d'honnêtes gens vivent à moins. Et « puis, je tirerai quelque avantage de mon sacri- « fice. Ceci se saura , car tout se sait. On en parlera, « on louera ma délicatesse... Mais cela transpirera- «t-il? Eh! pourquoi ne le dirai-je pas à l'oreille « de trois ou quatre femmes de distinction ? . . . «Allons, allons, je suis décidé; mais aussi je ne « me mêlerai plus des affaires de personne. »
Il fait venir Ducroc; il hii donne un mandat sur son banquier, et il lui ordonrt-e de porter la somme chez son capitaine, et d'en tirer un reçu d'à-compte sur le prix du domaine de Barjac.
Ducroc était à peine sorti, que Zéphire accourt, criant à tue-tête que Larose est plus fou
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que jamais ; qu'il bouleverse tout dans l'hôtel ; qu'il cherche Julie dans et dessous les lits, dans les cabinets , dans les armoires , et même dans les tiroirs des commodes ; qu'il se plaint amèrement que monsieur le marquis l'a trompé, et qu'il a fait disparaître la mère et la fille. « Je l'ai trompé ! «je l'ai trompé! Qu'il sache que je ne trompe « personne. Qu'il vienne, et que j'arrange ce ma- « riage-là. Il ne me coûtera pas quatre-vingt mille « francs. »
Larose paraît; Larose gémit; le marquis le console et le rassure. Il sonne à tout briser ; il fait venir tous ses gens ; il leur ordonne de trouver Julie et sa mère. « Eh , monsieur le marquis , «dit Zéphire, comment trouverons -nous ce que «Larose a inutilement cherché? Il n'y a pas de « rat de cave au monde qui retourne une maison « comme lui. » Le marquis se fâche , ses domestiques répliquent; il s'emporte, ils se défendent sur l'impossibilité d'obéir; les voix se montent; on parle tous ensemble , ce qui ne manque jamais d'arriver quand une discussion s'anime, et ce qui fait qu'on s^entend un peu moins qu'auparavant.
Pendant que de part et d'autre on se donne au diable pour se faire écouter, Thérèse paraît; elle se glisse au milieu du cercle : toutes les voix tombent à l'instant. On prête l'oreille à ce qu'elle va dire, et toutes les bouches sont ouvertes avant qu'elle ait parlé.
« Il y a trois heures qu'on vous cherche , lui
l'officielx. 2^5 «crie le marquis. D'où diable venez -vous, et « qu'avez-vous fait de votre fille ? — Ma fille ! ma « fille !... — Voilà un joli garçon qui l'aime et qui « en est aimé ; je veux que ce mariage se fasse. « — Je veux ! je veux !... M. Guérault, votre père, «que j'ai servi quinze ans... — ^ Je sais bien que « mon père s'appelait Guérault. Finissons : où est « Julie ? — Monsieur le marquis , monsieur le «marquis... — Vous m'impatientez à la fin! où « est Julie? — Monsieur le comte, votre père... — «Mon père n'était pas comte. — M. Guérault, « votre père... — Que le diable t'emporte. — Eh « bien , monsieur , votre père , tout court , ne « m'eût pas dit : Je veux que ce mariage se fasse. « — Bah , bah ! — 11 m'eût dit : Ma bonne Thé- « rèse , ces jfeunes gens s'aiment ; voyez si Larose « est un parti sortable; je serai bien aise que cette « affaire se termine. Nous nous serions parlé , « expliqués , entendus ; mais , je veux ! je veux ! « En achetant la terre d'Oliban , monsieur le mar- « quis a sans doute acquis aussi le droit de dis- « poser des filles de ses gens. On dit qu'autrefois « les seigneurs avaient des droits bien plus éten- «dus, mais je croyais tout cela supprimé depuis «long-temps. — Allons, ma bonne Thérèse, par- «lons, expliquons-nous, entendons-nous. Sortez, « vous autres ; Larose , restez. Commencez par « me dire , Thérèse , ce que vous avez fait de «Julie. — Monsieur, j'ai prévu ce qui arrive, et « cette nuit , j'ai conduit ma fille dans un couvent. XX. i5
« Au couvent î s'écrie Larose. — Au couvent ! ré- « pète le marquis. — Oui, monsieur, dans un « couvent où on sait que c'est aux mères à dis- « poser de leurs filles, et où la mienne est serrée tf de manière à ce que personne ne puisse l'ap- «procher, pas même un franc-moineau. — Elle « est prisonnière , elle est prisonnière , balbutie « Larose , en sanglotant , et c'est moi qui en suis «cause! — Non, c'est moi, reprend le marquis; a mais je réparerai le mal que j'ai fait. Allons, «Thérèse, laissez -vous toucher, et occupons- « nous de ce mariage. — Monsieur, je ne conseur « tirai jamais à marier Julie à un soldat aux gardes. « — Il est caporal. — Fùt-il sergent ; et je vous «prie, monsieur, de ne pas me parler de cela « davantage. »
Larose frappe du pied , il s'arrache une pincée de cheveux, et il sort en désespéré, à peu près comme Talma dans sa sortie d'Oreste. Le marquis l'appelle; il est déjà loin.
« Mais voyez donc , Thérèse , dans quel état « vous mettez ce jeune homme. Il n'y a au monde « que vous qui puissiez supporter un pareil spec- « tacle. — Larose se calmera et ma fille aussi. — « J'achète le congé du jeune homme. — Ensuite, « monsieur le marquis ? — Je l'adjoins au régis- « seur de ma terre de Sélicourt , qui est très- « vieux. Il s'instruira auprès du bon homme, et « il courra pour lui. Je donnerai aux jeunes ma- « riés mille écus par an , jusqu'à ce que la place
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« soit vacante. Gela vous arrange-t-ii ? — Ah, par- « Ions, parlons, monsieur le marquis. Le jeune «homme est vraiment très-bien, et si sa famille « est honnête... — Eh , pourquoi pas? — C'est ce « qu'il faut savoir. — Vous avez raison. Zéphire , a cours à la caserne de Larose. Dis- lui que tout « est arrangé , et qu'il revienne à l'instant. — Arec rangé , monsieur le marquis , oui , si la famille « est honnête. — Oh ! vous ne finissez pas sur « l'article des objections. Que diable ! vous ne « prétendez pas marier votre fille au fils d'un « avocat ou d'un médecin? — Eh, pourquoi pas, ce monsieur le marquis? Aujourd'hui une fille sage ce et jolie peut prétendre à tout , puisqu'on voit ce des femmes, sans réputation, faire de brillans (c mariages. — Oh ! vous allez vous perdre dans ce les probabilités : c'est le moyen de ne rien ce finir... Va où je t'envoie, Zéphire, et amène-moi ce ce jeune homme. »
Zéphire sort, et rentre quelques secondes après, avec une lettre à la main, ce Quoi, tu n'es point ce parti? — J'ai envoyé un de vos laquais. Vous ce sentez, monsieur, qu'un valet de chambre ne ce peut décemment se montrer dans une caserne, ee — Où la vanité va-t-elle se loger? — Ce n'est (c pas vanité, monsieur; mais chacun doit obser- « ver les bienséances de son état. Que deviendrait (d'ordre social, si les rangs étaient confondus? ce seriez -vous bien aise qu'un petit bourgeois ce voulut vivre avec vous d'égal à égal? — En voilà
iiS l'officieux.
a assez, en voilà assez. Quelle est cette lettre? — - (( Elle vient de Pithiviers ; elle est à l'adresse de « dame Thérèse. — De Pithiviers ? C'est peut-être (( de mon compère le greffier. Monsieur le mar- «quis, voulez-vous bien me permettre... Je suis c( impatiente de savoir ce que m'écrit mon com- « père. Il a un fils, monsieur le marquis, que je «n'ai jamais vu, et qu'on dit beau comme un « ange. L'an passé le compère est venu me voir, « et nous avons, assez légèrement, j'en conviens, « parlé de marier nos enfans , quand ils seraient a un peu plus avancés en âge. — Ta , ta , ta ! Il « ne faut qu'un mari à Julie, et il est trouvé. Lisez a votre lettre , et revenons à Larose.
« Ah, mon Dieu, mon Dieu !... Ai-je bien lu!... « Grande sainte Thérèse ! — Eh bien ! qu'y a-t-il cf donc? — Écoutez, monsieur le marquis, écoutez:
« Madame et chère commère ,
«Le compère est très-poli.
« J'ai eu bien du chagrin depuis que je vous ai écrit.
«11 y a près de huit mois. Quel chagrin a-t-il « donc eu ?
« Mon pauvre Charles , à la suite d'une querelle assez vive « que lui a faite sa mère , s'est engagé dans les Gardes fran- « çaises;
« Ce pauvre garçon ! Ce pauvre garçon ! Il y a
l'officieux. 229 « des mères bien dures , il faut en convenir. — X En vous comptant, n'est-ce pas, Thérèse.^
« il s'y est si bien conduit qu'on l'a fait caporal. Cela nous a « un peu calmés, sa mère et moi, et nous sommes décidés à « lui acheter son congé. Il est doux , honnête , et ne s'entend « pas mal à rédiger un jugement. Pour prévenir de nouvelles « fredaines, j'ai résolu de le marier et de lui passer ma « charge. Si vous êtes toujours dans les mêmes intentions à « son égard , nous serons bientôt alliés de plus près que par « le compérage.
«Yous Yoyez, vous voyez, monsieur le marquis. «Ma fille, bru d'un magistrat! Que dis-je, bru! «Epouse du magistrat lui-même! Oh, il y a de « quoi perdre la téte ! Ah ! voici encore quelque « chose.
« En attendant que nos bonnes intentions puissent s'effec- « tuer, faites-moi le plaisir de passer à la caserne de Popin- « court. Vous y trouverez , compagnie d'Orville , mon Char- « les, qui, par égard pour sa famille, se fait appeler Larose...
« Larose ! Larose ! Ah! monsieur le marquis, je n'y « tiens plus; bien décidément, j'en perdrai la téte! «Ma fille greffière ! Sentez -vous quel relief cela «va me donner? — Mais, finissez donc votre « lecture. — Yous avez raison , monsieur le mar- « quis , vous avez raison.
« Vous lui donnerez des consolations, des espérances, et un « peu d'argent, s'il en a besoin. »
« Oh, certainement, j'irai à la caserne î Je ne serai
23o l'officikux.
« pas si fière que M. Zéphire. Ce cher Larose ! « Vous me croirez si vous le voulez , monsieur le « marquis ; mais , en le refusant , en le rebutant , «je sentais, là, une voix intérieure qui me parlait « pour lui. Je lui donnerai des consolations , de « l'argent, dit son père ! Tout ce que j'ai est à son « service , et il sera bientôt consolé. Je vais faire « sortir ma fille du couvent ; et , en attendant le « mariage , il la verra ici tous les jours , sous mes « yeux, bien entendu. Ils parleront de leur amour, u et cela me rajeunira. — Et moi, que le bien-être K de Larose ne regarde plus, je me charge des « présens de noce. Zéphire, va chez ma lingère... «Un joli trousseau pour la fille d'une femme de «charge. Passe chez mon bijoutier... Une parure « complète en corail. Tu iras ensuite chez ma- « dame de Verneuil. Tu lui diras que je n'irai pas «la saluer aujourd'hui, par la raison que je suis « aux arrêts pour quinze jours... A propos, Thé- « rèse !.. . »
Thérèse était déjà loin, elle avait les jambes aussi souples que la langue.