‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 44 sur 64 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Événemens nouveaux.

Ma foi, pensait le marquis, cette journée ne sera pas longue ; et , si je trouve toujours à m'ocçuper ainsi, la quinzaine s'écoulera sans que je

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m'en aperçoive. 11 y aura bien quelques momens de vide ; madame de Verneuil les remplira. Une femme fait ce qu'elle veut à Paris , et ce que madame de Verneuil a de mieux à faire, c'est de venir jouer à Vécarté avec moi.

11 est clair, pour mon lecteur désœuvré, que madame de Verneuil est la femme de finance dont j'ai déjà eu l'honneur de lui parler.

Monsieur le marquis finissait son soliloque , ou son monologue , comme on voudra l'appeler , lorsqu'il vit entrer, chez son suisse, un coureur, couvert de galons et de franges d'argent. Un instant après, un laquais lui remit le billet, dont la teneur suit :

« Mon notaire, sortant de chez moi, vous a ren- « contré comme vous y entriez. Il vous a retrouvé « chez le capitaine des Mousquetaires gris, et c'est « à votre ineptie, ou à votre indiscrétion, que je «dois une augmentation de quatre -vingt mille « francs sur la terre de Barjac. J'espère vous ap- « prendre, mon petit monsieur, à ne vous mêler « désormais que de vos affaires. »

« Quelle insolence , s'écrie le marquis î traiter «ainsi un mousquetaire! » Et vite, il saute, non sur son épée , mais sur sa plume , et il écrit :

« Quelques torts que j'aie pu avoir, c'est vous « maintenant qui êtes Fagresseur , et c'est moi qui «vous demande raison. Je suis aux arrêts, et je « vous attends dans mon salon. »

Le coureur attendait probablement une réponse,

liSa l'officieux.

car il bâillait en se promenant dans la cour. Il reçut le poulet^ et partit d'un train à se faire enfler la rate comme un ballon.

Raisonnons un moment sur le duel dont on a tant parlé, et sur lequel on a tant écrit. Jean-Jacques lui-même , avec tout son génie , s'est exprimé en homme qui n'est pas très-versé dans l'histoire. Une petite digression me reposera la téte un moment; et si le lecteur n'aime pas ce genre-là, il est bien le maître de tourner le feuillet.

Les comtes de Champagne, de Flandre, d'Artois; les ducs de Bretagne, de Normandie, d'Aquitaine , de Bourgogne , etc. , étaient réellement de hauts et puissans seigneurs. Souverains dans leurs domaines, ils étaient vraiment pairs de France, ou égaux du roi, à qui, dans certaines circonstances, ils pouvaient faire la guerre, sans être accusés de rébellion. Leurs privilèges n'étaient pas, comme le prétend l'ignorance, un empiétement sur les droits du peuple; ils étaient anciens comme la monarchie; ils avaient été établis avec elle, et le peuple n'était composé que des vaincus à qui on avait laissé la vie et leurs propriétés , sous l'obligation de certaines redevances, qui, je l'avoue, s'étendaient un peu loin.

Par exemple , il était assez désagréable pour un jeune homme qui épousait une jolie fille , de ne pouvoir coucher avec elle que la seconde nuit de ses noces. Mais ce qui se faisait alors avant, se fait maintenant après ; et l'ancien axiome : E$t

l'officieux. 233 pater ille quem nuptiœjiemonstrant ^ est toujours en vigueur.

Ces hauts et puissans seigneurs , dépouillés peu à peu de leurs privilèges, ne jouissaient plus que de celui de faire égorger leurs vassaux pour un faucon, et même pour un cygne, lorsqu'un roi, soufflé par un ministre adroit, leur représenta que ces guerres particulières privaient Tétat de ses plus braves défenseurs, ce qui voulait dire que le roi entendait qu'à l'avenir on ne se ferait plus tuer que pour lui. Les hauts et puissans seigneurs , trop affaiblis pour résister , cédèrent encore sur ce point; mais ils se réservèrent positivement le droit de venger leur querelle en champ clos , lorsqu'ils seraient attaqués en leur honneur ou dans leurs intérêts.

Cette transaction devint la loi de l'état, tellement que plusieurs de nos rois ont assisté à quelques-uns de ces combats particuliers. Les moines^ notamment ceux de l'abbaye de Saint-Germaindes-Prés , avaient fait arranger des lices , où , pour son argent, bien entendu, on trouvait tout ce qui est nécessaire pour tuer ou se faire tuer commodément.

Telle est l'origine du duel, qu'on a tant calomnié; et si vous ne voulez pas m'en croire, lisez M. de Boulainvilliers, M. de Montlosier , qui vous apprendront en détail ce que je viens de vous conter en gros.

J'avoue , par exemple , qu'on a donné une grande

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extension à ce droit de venger son honneur en champ clos. Au temps où je remonte, en 1780, tout le monde portait l'épée, et on se coupait la gorge à tous les coins de rue, ce qui ne laissait pas que d'être abusif. Mais M. le comte d'Orville, dont la noblesse datait des croisades, pouvait fort bien user du droit concédé à ses an-, cétres , dont le sang était arrivé pur jusqu'en ses veines. Or, comme un noble du temps des croisades ne trouve pas toujours à se mesurer avec un homme comme lui, le comte d'Orville n'avait pas balancé à provoquer monsieur le marquis d'avant-hier.

Après s'être servi de la plume, notre marquis pensa à son épée. Il en regarda la lame, par dessus , par dessous ; il s'assura de la pointe avec le bout du doigt; il jugea qu'elle glisserait parfaitement entre deux côtes , et il ne s'occupa plus que de la botte qu'il porterait au descendant des comtes de Nazareth et des marquis de Béthléem. Il se décida pour la quarte-basse, à laquelle on ne s'attend jamais quand on est menacé d'une quarte sur les armes.

Il ferraillait seul dans son salon , et il regardait l'ottomane sur laquelle il déposerait le vaincu , lorsque Thérèse entra. « Ma bonne, vous arrivez « à propos. — Larose n'est pas à la caserne. « Allez me chercher du vieux linge. — Mais, sans a doute, il rentrera pour l'appel. — Vous le mettrez « sous le coussin de cette bergère. — Larose ?

l'officieux. 235 ic — £h , non , le vieux linge. — Du vieux linge ! Je « vous parle de notre Larose. On me l'enverra de- « main matin. — C'est bon. Faites ce que je vous « dis. — Du vieux linge ! Qui donc est blessé ici? »

Le marquis jugea qu'il pouvait éveiller le soupçon , et il se tut. Thérèse, plantée devant lui, droite comme un échalas, attendait qu'il répondît ; et le marquis ne savait plus que dire , lorsqu'on lui annonça madame de Yerneuil. Elle rit comme une folle de la retraite forcée de son ami; elle l'embrassa ensuite de tout son cœur; elle lui conta l'histoire du jour; lui dit qu'elle lui demandait à dîner; et , comme deux personnes qui sont dans l'habitude de causer d'assez près n'ont pas besoin d'une pièce de douze pieds en carré, le marquis , qui voulait que son salon fût libre , présenta la main à madame, et la conduisit à l'espèce de boudoir où ils tenaient leurs conférences ordinaires.

Je ne sais pas trop à quel degré de chaleur était montée la conversation, lorsqu'on annonça M. le comte d'Orville. Ce qu'il y a de certain, c'est que, pour éviter des distractions, on avait ôté la clé de la serrure, que l'annonce fut faite par le trou , et que madame de Verneuil marqua assez d'humeur. D'Oliban lui dit qu'il ne pouvait se dispenser de recevoir un homme du rang de monsieur le comte ; mais qu'il allait s'en défaire, sous un prétexte quelconque.

Il passe au salon, et sans dire un mot; il quitte

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son habit , et met l'épée à la main. « Je vous dois « des excuses, lui dit le comte, et je viens vous « les faire. Vos procédés sont ceux d'un gentil- « homme du temps de Pharamond, et je déclare « que je vous tiens pour aussi noble que qui que V ce soit en France. Si cette, réparation ne vous « suffit pas , je suis prêt à tirer l'épée. — Monsieur «le comte, lui dit le marquis, je vous prie de « croire que j'avais envoyé la somme au capitaine «des Mousquetaires gris, avant que j'eusse reçu «votre billet. — Je le sais, monsieur. Mon cou- «reur était à peine sorti, que le duc m'a fait « dire ce que vous veniez de faire, et je me suis « hâté de me rendre chez vous. — Voilà mon « honneur à couvert ; mais l'insulte que vous m'a- « vez faite n'est pas lavée par de vaines paroles. « — Monsieur, je suis à vos ordres. » Et le comte met flamberge au vent.

Quelque brave qu'on soit, on ne tire pas l'épée comme on boit un verre de vin. Au moment où on avait annoncé M. d'Orville , madame de Verneuil avait cru voir quelque altération dans les traits de son ami : les femmes possèdent à un degré éminent l'esprit de la minute ; je l'ai dit souvent, et je ne me lasse pas de le répéter. Sans que son imagination fut frappée d'une idée positive , la dame avait vaguement pressenti quelque chose de fâcheux; elle crut devoir suivre son ami; elle s'arrêta à la porte du salon; elle prêta l'oreille, et fut frappée du cliquetis des armes.

l'officieux. 237 Elle ouvrit avec violence, et, sans rien calculer, elle se précipita entre les combattans. Il était trop tard : le marquis avait manqué sa quarte-basse , et il avait reçu une riposte à travers le bras.

Madame de Verneuil voit couler le sang, et elle jette les hauts cris. Zépliire paraît, et il place son maître sur l'ottomane, qui devait recevoir d'Orville mourant; Thérèse accourt, et dit en sanglotant : « C'était donc pour cela qu'il fallait « du vieux linge ! » Elle prend d'Oliban dans ses bras; elle cherche à étancher son sang; elle baise sa blessure, et, en deux secondes, elle ressemble à une Hottentote tatouée. D'Orville, qui seul avait conservé du sang- froid, sort et revient avec un chirurgien , que , par prévoyance , il avait mis de planton à la porte de l'hôtel. Le chirurgien visite la plaie , et il prononce avec le ton solennel ordinaire à ces messieurs , que le marquis sera guéri avant que ses quinze jours d'arrêts soient expirés. Le marquis présente la main gauche à d'Orville; on s'embrasse; on a tout oublié, et on convient qu'on dînera tous ensemble.

On se met à table; c'est madame de Verneuil qui en fait les honneurs. D'Oliban a le bras droit en écharpe ; c'est elle qui le sert , qui lui coupe ses morceaux, et qui lui aide à les porter à sa bouche. Cela donnait au marquis un air tout-àfait intéressant.

Madame de Verneuil était femme : elle ne pouvait se borner à donner des secours à son ami

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blessé; il était tout simple qu'elle voulût savoir ce qui avait amené la catastrophe. Son amant s'exécuta de bonne grâce ; il raconta les faits sans la moindre altération. « Eh , mon ami , pensez « donc au ridicule affreux que vous vous donnez «dans le monde. N'avez -vous pas assez de vos « affaires et de moi pour vous occuper s^rieuse- «ment?» On trouvera étrange en province que madame de Verneuil s'expliquât aussi clairement en présence de Dorville. Mais , alors , il était reçu à Paris qu'une femme peut avoir un amant, sans que sa réputation en soit blessée. Si elle en avait deux, oh! alors elle était notée; on en parlait, et on lui faisait toujours le même accueil. Au fait, qu'était -on en droit de lui dire? Ce n'était plus une femme comme il faut, d'accord; c'était une femme comme il en faut , et il est toujours beau d'être utile.

Les temps sont bien changés; nos jolies Parisiennes sont chastes, comme les habitantes d'une ville de province, et il en résulte un grand bien: les jeunes gens, forcés de se marier, ne peuvent plus calculer, et ils épousent sans dot, ce qui est un grand avantage pour les fillettes qui ne possèdent que leur petite personne.

Le marquis convint de la justesse des observations de son amie; il protesta se les être souvent faites à lui-même, et il disait vrai; il s'engagea formellement à laisser chacun user sa vie comme il l'entendrait. Mais,

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•« chassez le naturel , il revient au galop.

« Ah çà , monsieur le comte , vous achetez le «joli domaine de Barjac. Vous abattrez sans doute « ce quinconce qui vous prive de la belle vue « des clochers de Chartres. — Mon cher marquis, « il faut vingt ans à la nature pour faire un arbre, «^et, bien certainement, je n'abattrai rien. — Vous ff abattrez, vous abattrez. — Bien décidément je t( n'abattrai pas. — Vous passerez pour un Goth. « — Tout comme il vous plaira. C'est pour moi rc que j'achète; et, comme je laisse chacun user « sa vie comme il V entend , j'espère qu'on aura « pour moi la même indulgence. Voilà un homme «bien corrigé, dit madame de Verneuil, en écla- « tant de rire, et en effleurant de sa jolie main la «joue de son ami. — Je me corrige, mon ange, «je me corrige. Tout ceci n'est que plaisanterie... « Ah, par exemple, voilà qui est sérieux : votre « régisseur est un fripon. — Tout le monde le « dit. — Et vous le renverrez. — Il a volé deux « mille livres de rente , et c'est une fortune pour « cet homme-là. Si je le congédie, son successeur « voudra avoir aussi deux mille livres de rente , « et il est clair que je gagne quarante mille francs « à garder celui qui est en place. — Vous êtes un « homme bien extraordinaire. — Et vous , mar- « quis, et vous?

«Zéphire, dit madame de Verneuil, donnez- « nous du Champagne, et allez dire à monsieur

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«le duc que je le prie de venir passer la soirée « avec nous. — Mon capitaine! je ne reverrai ja- (f mais cet homme -là. — Il a eu des torts avec «vous, mais il est votre chef, et c'est à vous à « revenir le premier. — Mais , madame... — Il n'y « a que ce moyen-là de faire oublier à nos supé- « rieurs les sottises qu'ils nous ont faites. Il est « constant, dit le comte, que le duc s'est montré «peu délicat. — Nous le mettrons à son aise, en «ne paraissant pas nous en souvenir, et il nous «en saura bon gré. — Mais, ma chère amie, il « me semble que vous avez aussi la manie de vous « mêler des affaires des autres. — Mon cher d'O- «liban, cela se gagne peut -être; mais je crois « qu'en cette circonstance je vous donne un sage «conseil. Suivez-le, je vous en prie; et surtout, « pas un mot qui rappelle le passé, quand le duc « sera ici. — Zéphire, obéissez à madame. »

Zéphire part. On plaisante, on rit, on chante. La gaieté s'épuise enfin , et , pour la ranimer, on médit un peu du prochain. Alors, la conversation devient inépuisable. Une grande ville offre tant de ressources en ce genre! C'est un fermier -général et une chanteuse; un duc et une grisette; une comtesse et un évéque; une agnès et un vieux maréchal; et la banqueroute d'un receveurgénéral des finances, et les vers rocailleux de Lemière, et le bon Sédaine, et le fécond Grétry, et Gluck et Piccini, et Mesmer, et les calembours du marquis de Bièvre , et le mandement

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de monseigneur... Que sais- je, moi? Avec tout cela , trois interlocuteurs , dont une femme , peuvent parler pendant six heures consécutives.

On avait encore mille choses à dire , quand le duc parut, avec un air assez embarrassé; et, au fond, il y avait de quoi l'être. Madame de Verneuil fut au-devant de lui, et présenta ses deux joues. Le marquis le salua d'un air riant, et la conversation reprenait une certaine chaleur, lorsque le duc, qui cherchait le moment de soulager son cœur, et qui voyait bien qu'il ne le trouverait pas, interrompit le comte, qui commençait le récit d'une anecdote tant soit peu scandaleuse.

« Votre valet de chambre m'a tout conté, mon « cher marquis. On ne doit pas rester aux arrêts, « quand on a soutenu d'une manière aussi bril- « lante l'honneur de son corps : vous êtes libre. » Le marquis remercie, comme s'il eût reçu une faveur insigne ; le duc s'applaudit d'avoir quatrevingt mille francs de plus en caisse , et il dépose sur la cheminée deux rouleaux... Vous n'avez pas oublié qu'il devait de l'argent au marquis. Il est assez commode de payer ses dettes avec l'argent de ses créanciers. Le comte se félicite d'avoir la terre de Barjac pour le prix convenu; et devaitil avoir quelque arrière -pensée? D'Oliban avait fait la faute ; était-ce à d'Or ville à la payer? Peutêtre un vieil honnête homme aurait-il eu quelque scrupule; mais un jeune seigneur n'y regardait XX. i6

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pas de si près. Madame de Verneuil était enchantée de pouvoir se montrer avec son amant à l'opéra et aux Champs-Elysées ; le marquis avait fait de bonne foi le sacrifice de ses quatre-vingt mille francs ; et il ne s'en occupait plus. Tout le monde était content. Le passé ressemblait à un nuage qu'a dissipé un rayon brûlant du soleil, dont l'œil peut à peine distinguer les dernières traces. Il faut attendre le souper : d'Oliban fait venir des glaces et des cartes.

«Faites la révérence, petite fille, plus bas que « cela... bien. Remerciez monsieur le marquis. » C'est Julie, que sa mère a retirée du couvent, et qui vient présenter ses devoirs à son maître. « Oui, « oui, dit d'Oliban; on la marie à Larose, un fort « joli soldat de votre compagnie , monsieur le «comte, et je me suis chargé du trousseau. — «Moi, reprit madame de Yerneuil, je ferai la «première layette. Et moi, poursuivit d'Orville, « je fais présent à Larose de son congé. Il sera « expédié demain. »

La gaieté passe du salon à l'antichambre. Toute la maison est en l'air. Ducroc racle un mauvais violon ; il fait danser l'allemande à Julie et à Zéphire , et le Tin de monsieur le marquis circule à la ronde. « Demain, demain, disait Thérèse, le beau «Larose sera libre, et il sera avec nous. Comme «il est taillé ce garçon-là? Comme il doit faire « des passes ! Tu en feras avec lui , Julie. — Oh ! «oui, maman.» Et elle rougissait de plaisir, de pudeur.

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« Demain, demain, disait madame de Verneuil, « au salon , je donnerai un bal. On dansera dans « mon appartement , pour ne pas déranger M. de « Verneuil. S'il veut paraître un moment , je lui « en saurai gré. Yous y viendrez, marquis, avec (c votre bras en écharpe ; cela vous sied à ravir, ce — Eh, madame, que ferai-je au bal? — Yous y « viendrez, je le veux, et elle lui dit à l'oreille : « Je suis bien aise qu'on sache que mon amant est « brave, et je vous ferai l'honneur de vos quatre- « vingt mille francs. J'en dirai deux mots, en pas- «sant, à la présidente, à la baronne, et, après « demain, ce sera l'histoire de tout Paris. »

Il faut se quitter enfin , quand on ne doit pas passer la nuit sous le même toit. Le comte commençait à avaler des bâillemens; le rouge de madame de Verneuil tombait; le chirurgien attendait depuis deux heures pour panser le bras de monsieur. On demande les voitures ; on y monte , on part.

Le bon Verneuil avait déjà fait la moitié de sa nuit. Il se levait à six heures du matin, et travaillait jusqu'à celle du dîner. Il gagnait des sommes énormes; mais madame avait loge aux trois spectacles; elle donnait des fêtes; elle ne comptait jamais après son bijoutier ni ses marchandes; l'argent du peuple retournait à sa source. Oh, c'était une femme bien estimable que madame de Verneuil !

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