‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 60 sur 64 · CHAPITRE XVl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVl

A vos moutons^ à vos moutons ^ dit Barlliolin à M, Guillaume,

Nous avons laissé à Paris le cher marquis, qui jusqu'à présent m'a fourni amplement de quoi vous faire bâiller ou rire. Revenons à lui : il en est temps.

Autant que je peux m'en souvenir, il montait dans sa chaise de poste , pour refourner à Pithiviers, au moment où je l'ai quitté. .Le voyage n'est pas long ; il n'arrive pas tous les jours des aventures sur cette route-là, et, d'un trait de plume, je fais rentrer mon officieux dans sa petite maison de province.

Son premier soin fut de faire monter Zéphire dans sa chaise ; de lui faire mettre sur ses genoux l'éblouissante corbeille ; de l'envoyer en faire hommage à la séduisante Sophie, et d'annoncer, pour le lendemain, son arrivée au château d'A~ premont.

Ce premier devoir rempli, il court chez son colonel. Après les premiers complimens, il lui annonce son mariage. L'infortuné baron était présent. Il se fait répéter les détails; il doute s'il veille : il n'a pas reçu encore le billet de madame Descourtils ; il se croit abandonné. On ne lui a rien dit de positif ; cependant on a reçu ses soins

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d'une manière encourageante , et doit-on accueillir, quand il n'inspire que l'indifférence, l'homme dont l'amour se peint dans le moindre de ses mouvemens? doit -on l'engager à venir dans un château , où se prépare le bonheur d'un rival ? Yercelle , pendant quelques minutes , ne sentit plus que du mépris pour celle qu'il avait adorée. Mais bientôt un sentiment vrai, profond, inaltérable reprit ses premiers droits. Le baron ne s'était pas déclaré; lui devait- on quelque chose? Son ressentiment n'était pas fondé; il le sentait; il se reprochait son injustice. Mais se bornerat-il à former d'inutiles regrets? Un homme, qui ne le vaut pas, qui est incapable d'aimer réellement, obtiendra un prix qui n'appartient qu'au véritable amour ? N'y aurait-il pas de la lâcheté à y consentir, à ne pas tenter tous les moyens possibles de le lui enlever.

Telles sont les réflexions que le baron communiqua au comte, quand d'Q] iban fut sorti. « 11 ne <c l'épousera pas, s'écria d'Orville. Il m'a fait trop « de mal pour que je ne lui suscite pas obstacle a sur obstacle. Je suis aussi riche que lui; beau- « coup plus noble ; d'un rang bien plus élevé , et , (( s'il faut en venir aux grands expédiens , je ferai « ma cour à la demoiselle , à sa cousine, au père, « à toute la famille, et je l'épouserai.,. — Vous « oubliez, monsieur le comte, que je l'aime éper- <c dûment. — C'est vrai, baron, c'est vrai, et je « vous en fais mes excuses; mais j'avais la tète

l'officieux.

<x montée, et je sens quelle se monte encore, à v< la seule idée de me venger de ce chien d'homme • « là. Possédons-nous, mon ami, et voyons ce qu'il c< faut faire.

« Ces dames vous ont invité à les aller voir au « château; il faut partir de suite. — Mais, mon- « sieur le comte, je suis de service cette semaine... (c — Le service ira comme il pourra. Partez, vous cf dis-je, je vous donnerai, pour le vieux d'Apre^ « mont, une lettre polie, par laquelle je m'excu- (( serai, sur mes occupations militaires et ma bles- « sure , de n'avoir pas encore été lui rendre mes « devoirs : cette démarche le flattera , et vous sef( rez bien reçu. Il aime la table ; vous vous gri- (c serez avec lui. C'est un chasseur déterminé ; vous <c\e mettrez sur les dents, lui et ses chiens. Il a « servi avec distinction; il est instruit, et il a de « l'imagination... le matin. Vous causerez avec lui , « et il sentira bientôt votre supériorité sur d'Oli- « ban. Dans quelques jours, je pourrai sortir, et « j'irai vous appuyer. Vous n'avez que douze mille « livres de rente ; mais votre noblesse est vieille « comme la monarchie , et d'Apre mont tient beau- « coup à cela. Vos talens , en tactique , ne se borcc nent pas à faire du dessus de votre téte une ville, «un fossé et une citadelle; vous avez beaucoup a d'instruction , et vous êtes fait pour prétendre à « tout. Je ferai la demande , quand vous serez c connu; je combattrai , je détruirai les objections

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