CHAPITRE VIII
Quel coup !
J'ai reçu toutes tes lettres. Tu approuves la sage prévoyance de mes parens. Et moi aussi, je l'approuve, et je ne souffre pas moins.
J'ai passé deux mois sans t'écrire. Que t'auraisje dit? Vœux inutiles, privations trop fortement senties, voilà de quoi se composent la vie de Jules et la mienne.
Notre commerce a pris une extension telk que nous n'aurions osé l'espérer. Les demandes viennent de toutes parts, et les fonds qui rentrent sont employés en acquisitions de métiers et de matières premières. Tout à l'heure, maman disait, d'un ton timide, que des circonstances favorables peuvent rapprocher un terme qu'auraient éloigné des événemens malheureux , sans que personne ait eu à se plaindre. Mon père n'a pas répondu. Mais sa figure s'est resserrée, et un coup d'œil expressif a empêché ma bonne mère d'ajouter un mot. J'ai soupiré , et comme elle j'ai gardé le silence. M. de îvîéran se promenait par la chambre d'un air préoccupé. Je suivais tous ses mouvemens ; je cherchais à surprendre sa XIX. 8
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pensée. Il s'est arrêté devant ma mère, et d'un ton de bienveillance, bien propre à lui faire oublier ce que ce coup d'œil avait de dur, il lui a dit: «Ma bonne amie, on ne marie pas des (( enfans. »
Des enfans, Glaire! J'ai bientôt dix -sept ans. Bientôt Jules en aura vingt-un.
Que de choses j'avais à répondre! Je cherchais des tours, des expressions qui rendissent ma pensée, sans blesser M. de Méran, lorsque M. Rigaud est entré. Sa figure était décomposée, sa voix tremblante , sa démarche mal assurée. Il a tiré M. de Méran à l'écart. « Qu'y a-t-il , bon Dieu ? « s'est écrié ma mère. — Rien , ma bonne maman, ce rien, ai-je répondu. Peut-être une indisposition, «peut-être... — Non, non, Adèle, ce n'est pas « cela. M. Rigaud paraît profondément affecté. »
Jeannette vient appeler maman de la part de mon père. Oh ! oui , oui , il y a quelque chose d'extraordinaire, d'alarmant.
Je sonne; je fais venir Firmin. «Allez, courez « chez M. Rigaud. Demandez M. de Courcelles. «Voyez-le, dites-lui... Dites-lui... que vous venez « savoir comment il se porte. Allez , ne perdez « pas un moment. »
Je vais, je viens, je sors, je rentre, je m'assieds, je me lève; je ne suis plus à moi. Serait-il arrivé quelque malheur à Jules? Prétendrait -on me le cacher?.., Firmin ne revient pas. Quelle lenteur ! Le voilà , le voilà.
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Un billet de Jules! il n'est pas cacheté. Le . lirai-je? Je ne le dois pas. Mais point de cachet... Qui saura.... Hé! ne le saurai-je pas, moi? en discutant avec moi-même, j'ai ouvert le papier. Je cherche le mot amour. Il n'y est pas; je peux lire... Dieu, grand Dieu! une lettre foudroyante du ministre, adressée à M. Rigaud. De quoi s'agitil donc? Les expressions de cette lettre doivent être communes à mon père et à son associé, à mon père , qui me consolait à la fin de la scène de douleur que je t'ai écrite, et qui a besoin de consolations à son tour. Je cours , je vole lui offrir celles qu'il est en mon pouvoir de lui donner. J'entre dans son cabinet ; je me jette dans ses bras.
M. Rigaud est debout ; son visage est couvert de ses mains. Ma mère , assise dans un coin , paraît accablée. Pauvre enfant , pauvre enfant , dit et répète mon père, en me serrant douloureusement dans ses bras. «Pour Dieu, m'écriai-je, tirez- « moi de l'anxiété insupportable où je suis. Que « dit cette lettre ? Où est-elie ? » Je la vois sur un bureau; je veux m'en saisir; M. de Méran me retient ; ma mère prend la lettre et l'enferme sous la clé.
Ah! sans doute, un grand malheur accable ma famille. Quel peut-il être? Je sollicite, je prie, je presse, je conjure. «Vous le saurez trop tôt, ma « fille , me dit M. de Méran. — Ali ! mon père , « craindre un malheur , quel qu'il puisse êlre ,
« c'est plus qu'en être fra^ppé. Ne voyez -vous pas « le mal affreux que me fait le ménagement dont t( vous usez envers moi? Parlez, je vous en sup- « plie. Sommes-nous menacés dans notre fortune, ce notre liberté , notre honneur ? Je supporterai « tout avec vous et pour vous ; je vous domierai « l'exemple du courage. Celui de Jules soutiendra «le mien, et notre amour, nos soins, nos égards « vous dédommageront de ce que vous aurez « perdu. — Jules, ma fdle, Jules! — Je connais « son cœur, mon père , et je vous réponds de lui. « Mais donnez-moi cette lettre; au nom de Dieu (f donnez-moi-la. — Donnez-la-lui, madame. Que « gagnerons -nous à différer? Je crois qu'elle a « raison : le mal qu'on redoute est plus cruel que « celui qu'on éprouve. »
Je la tiens cette lettre; je la dévore des^jeux... Juste ciel ! mon père , M. Rigaud , accusés d'avoir trompé le gouvernement, d'avoir fait sciemment des livraisons défectueuses; des injonctions ruineuses pour le moment ; des menaces pour l'avenir; un style dur et méprisant; tout ce qui peut irriter, accabler mon père, se trouve rassemblé dans cette lettre cruelle. « il faut rép'ondre , lui « dis-je. 11 faut dire qu'un homme de votre sang «peut se tromper lui-même, et ne trompe sciem- « ment personne. Il faut offrir votre fortune en « dédommagement du tort qu'a souffert le gou- « vernement; il faut appeler des menaces à la jus- « tice du ministre lui-même; il faut lui faire sentir
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« que l'expression du mépris est déplacée iriéine « à l'égard du coupable convaincu. — Tu es mou «sang, tu es ma digne fille. Ce que tu me couf( seilles est fait. — Voyons maintenant, mon père, a quels sont Tes défauts des draps qui ont élé «livrés, et sur lesquels on n'entre dans aucun « détail. Allons chez M. Rigaud; faisons travailler « un métier à découvert. Le secret sera perdu « sans doute; mais l'honneur peut être conservé. » M. Rigaud, mon père, maman, m'entourent, me caressent, me louent. De quoi me louent-ils? Je ne suis qu'une fille sensible , qui veut offrir k Jules une main pure.
Je sors, et on me suit. Je marche d'un pas ferme. Je souris à ma pauvre mère; je l'engage à espérer. Je lui dis que le mal ne peut être aussi grand que le croit le ministre ; que sa lettre a été écrite dans un mouvement d'indignation , que le 'temps dissipera des préjugés défavorables , et qu'ils feront place à l'équité. Je le croyais , Claire ; mais je le croyais seule. La consternation était peinte sur tous les visages ; tous les cœurs étaient brisés. Et moi, dépourvue d'expérience, qui ai à peine quelque usage du monde , je prenais pour des réalités les rêves de mon imagination. Ah! j'ai cru long-temps cette terre peuplée d'hommes tels que Jules et mon père.
Nous approchons des ateliers. Jules vient audevant de nous. Il est pâle, défait, méconnaissa= ble. (c Tout est perdu, dit -il, et le miiiisîre a
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« raison. Personne ici n'est coupable ; mais qui « peut pénétrer dans l'intérieur des consciences ? « — Expliquez -vous, mon ami, lui criai -je. Les « faits d'abord; nous reviendrons ensuite aux prin- « cipes. » *
Ce que j'ai examiné , Claire , il vient de l'exécuter. Il a fait sortir les ouvriers. D'un bras vigoureux il a soulevé les couvercles d'un métier.
II a reconnu que les fils qui se rompent ne peuvent plus se rattacher, et que le duvet du drap couvre ces défectuosités. 11 a été dans ses magasins; il a ouvert un ballot; il a tiré le drap avec force, et il s'est déchiré sous sa main. Il juge que le mordant nécessaire pour faire prendre la teinture en aussi peu de temps doit être corrosif.
a Jules , mon ami , passez à votre bureau ; écri- « vez un mémoire en faveur de notre bon père. « Dites qu'il est étranger aux arts mécaniques ; « que M. Rigaud lui-même a pu être abusé par les « rapports avantageux que des sociétés savantes <c ont faits sur sa découverte. Dites qu'il est facile « à un inventeur de se flatter d'un plein succès , « et qu'un homme qui a vécu cinquante ans sans (c reproche, ne doit pas être jugé légèrement. Ecri' « vez , mon ami. Que ce mémoire soit imprimé ; « qu'il soit distribué à Paris avec profusion. Saute vons l'honneur, et s'il faut perdre la fortime , « c'est vous qui me dédommagerez ; c'est votre «cœur qui me tiendra lieu de tout. Si le mien « suffit à votre félicité , qu'aurons-nous à regret-
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uter? — Adélaïde et une chaumière, et je serai « le plus riche des mortels. Mais mon protecteur, « mon ami, mon père, dépouillé de tous les preste tiges de la jeunesse, qui nous soutiennent mainte tenant, habitué à l'opulence, obligé de descendre « de son rang, privé peut-être de la juste consi- « dération dont il a joui jusqu'à présent, aura-t-il « le courage de supporter son sort ? — Jeune v( homme, pourquoi serais-je moins fort que vous? « Pourquoi me jugez-vous ainsi? Dans quelle cir- « constance m'avez-vous vu faiblir ? Faites ce que te vous prescrit ma fille. »
On s'aperçoit enfin que madame Rigaud n'est pas avec nous. M. de Méran veut la voir. Elle s'accuse du renversement de notre fortune, dit son mari; elle craint de se présenter, a Qu'elle «vienne, s'écrie mon père. Vous êtes d'honnêtes tf gens ; je ne vous reproche rien. Mon amour tt pour ces enfans et la fatalité ont tout fait.
Bonne madame Rigaud ! Elle paraît , timide , éplorée. Je vais à elle, je l'embrasse; je la conduis à ma mère, qui l'accueille, qui la caresse, qui la rassure. Pauvre mère , qui elle-même a tant besoin de consolations! a Madame, dit mon père tt à madame Rigaud, l'infortune est moins sensible tt quand elle est partagée. Mais le premier devoir tt du malheureux est la résignation. Épargnez toutt tes deux à vos époux le spectacle d'une afflicvt tion à laquelle ils ne peuvent apporter de rett mèd^. » Epargnez , toutes deux , à vos époux !
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a-t-il dit.^.. Voilà la première fois qu'il parle collectivement de son associé et de lui , de madame Rigaud et de la comtesse de Méran. Ah î le malheur a du moins cela de bon, qu'il rapproche les hommes, et leur donne des appuis qui les aident à supporter leur sort.
Jules écrit au milieu des craintes, distrait par une conversation plus ou moins animée, à laquelle il est forcé lui-même de prendre part. Je suis derrière lui; je lis à mesure qu'il écrit. Il me semble que ce n'est pas cela; que ce n'est pas un mémoire qu'il rédige. Je ne trouve pas de suite , de liaison dans ses idées. Ce qu'il fait sera du moins très -utile pour diriger une plume plus exercée et une téte calme.
Firmin nous apporte nos lettres. M. Rigaud en ouvre une qui le fait frémir. Qu'y a-t-il encore à redouter , et où s'arrêtera l'infortune ? Cette ettre est de notre homme d'affaires à Paris. Nos marchands refusent de payer. Cent mille éCus de billets , mis dans la circulation , retombent sur nous. Les effets ont été protestés; les marchandises déposées; des procédures commencées. Notre ruine est entière. Celle de M. Rigaud paraît inévitable.
Des événemens désastreux et inattendus nous frappent avec une force qui suspend l'usage de nos facultés intellectuelles. Nous éprouvons bientôt le besoin de retrouver des idées, de les classer, pour opposer à l'orage une résistance pyopor-
lioiinée au danger. M. de Méran s'est montré le premier, calme et grand. Il a entraîné tous les autres.
Après une sérieuse, mais courte discussion, il a été arrêté que mon père et M. Rigaud partiront demain pour Paris; que M. Rigaud suivra les affaires contentieuses ; que mon père verra le ministre et fera imprimer des mémoires.
En examinant plus en détail ce qu'il conviendra de faire, on a senti que M. Rigaud ne pourrait suffire à tout, et on a décidé que Jules partira avec ces messieurs. Son absence peut elre longue; hé bien, Claire, je ne me suis pas permis la moindre réflexion. J'ai pensé que la présence de Jules serait agréable à M. de Méran, le distrairait de ses chagrins, et quand il a daigné me demander mon consentement, je l'ai donné avec une facilité, une grâce, dont il a paru me savoir bien bon gré. 9e me dois cette justice, Claire: d'aujourd'hui je n'ai donné une pensée à l'amour. J'ai été tout entière à mes respectables et infortunés parens.
Mais le soir, quand je suis rentrée dans ma chambre, quand le silence et le calme de la nuit m'ont rendue à moi-même, et m'ont permis de me porter dans l'avenir, j'ai frémi, j'ai répandu des larmes: Quand reviendra-t-il, me suis-je demandé, et dans quel état sera' son cœur? Je suis jolie, dit- on; mais on dit aussi qu'il est à Paris mille objets séduisans, qui font de l'art de plaire
leur unique occupation, qui attirent', attachent, enchaînent. Non, reprenais-je aussitôt, seule je peux fixer Jules, parce qu'aucune femme ne peut l'aimer comme moi..^ Mais l'occasion, la facilité... Mais ses sermens, mais l'honneur... Et puis, ce ne sont pas des plaisirs qu'il lui faut; c'est un cœur, et le mien le suivra partout.
Il écrira tous les jours, et il adressera ses lettres à maman. Tous les jours je lui écrirai aussi sous le couvert de mon père. M. et madame de Méran liront avant nous : telle est leur volonté. Mais qu'importe ? il n'y aura de changé que les adresses , et les adresses ne sont rien. L'amour est tout, et c'est lui qui conduira notre main.
Le jour me surprend dans ces alternatives d'espérances et de craintes. Je me lève précipitamment; je descends, je cours, je cherche, et je ne trouve personne. J'interroge Firmin... Ils sont partis , Claire ; partis au milieu de la n#it ! Il a pu s'éloigner sans me voir encore, sans m'adresser un dernier adieu , sans recevoir le mien ! Quel coup ! Je ne peux le supporter. Oh ! la perte de notre fortune n'était rien. Mais être blessée dans ses plus chères affections ; se voir en quelque sorte abandonnée , dédaignée , voilà ce qu'une femme ne supporte pas, ce que moi, je le répète, je ne peux supporter. Je me répands en plaintes iîmtiles; je pleure.de dépit et d'amour. J'accuse Jules, je le condamne, je ne veux plus l'aimer, non, je ne l'aimerai plus.
J'entre dans ce bosquet , témoin des plus doux épancheniens. Je marche vers ce marronnier, d'où nos mains unies se sont cent fois élevées vers le ciel ; d'où notre bouche lui a cent fois adressé les vœux les plus tendres, et le serment d'une éternelle constance. C'est là que je veux lui reprocher de m'avoir délaissée; c'est là que j'appellerai sur lui la punition due au parjure... Ah! je ne trouve au fond de mon cœur que son image adorée.
Que vois -je? ma mère debout auprès de cet arbre. Elle l'embrasse d'une main; elle élève l'autre. Elle semble prier pour sa malheureuse fille. Je vais à elle, a II est parti , il est parti , m'é- «crié-je, et il ne m'a pas vue! Le barbare! que «lui ai-je fait? Ne savait -il pas qu'il déchirerait «mon cœur; que je ne çeux vivre sans le sien? « — Ne l'accuse pas, Adèle, et écoute moi. Nous « avons voulu vous épargner à tous deux une « scène déchirante... — Ah! vous m'avez accablée. « — M. de Méran est sorti aussitôt que tu es « entrée dans ta chambre. Il est retourné chez « M. Rigaud ; il a envoyé chercher des chevaux , « et il a notifié à Jules qu'il fallait partir sans te « voir. Le malheureux je mie homme s'est échappé; « il est accouru : j'étais là pour l'arrêter. Il m'a « suppliée; il est tombé à mes genoux, et j'ai été «inflexible... Que vas -tu dire? Ne blâme pas ta « mère. Rappelle-toi l'état fâcheux où tu es tom- « bée quand il est allé à Argentan , quand il t'a
«quittée pour deux jours seulement. Qu'eût -ce « été aujourd'hui, où vous vous séparez pour des «semaines, pour des mois peut-être? Il t'écrira «tous les jours, tu lui répondras, et s'écrire, i< n'est-ce pas se parler , s'entendre ?»
Ah! Glaire, de quel poids doiiloureux je me suis sentie soulagée ! Avec quelle ardeur délirante j'ai imploré le pardon de l'homme que j'avais si mal jugé! // s'est échappé, mon amie; il est tombé aux genoux de ma mère; que pouvait -il faire de plus? Elle a été inflexible! Elle n'a donc jamais aimé ?
Je rentre; je me mets à mon secrétaire, j'écris , et je m'abandonne à toute ma tendresse : il n'est pas là pour me répondre, et, seule avec mon amour, je n'ai plus de baisers à redouter. Quelle lettre il va recevoir! Où donc ai-je appris à écrire? Ah ! ne peut-on pas tout quand on aime comme moi! J'écris, j'écris; une feuille succède à une autre; je ne peux m'arréter. Maman et madame Rigaud viennent m'arracher à cette délicieuse occupation. Il faut déjeuner, disent- elles. Déjeunons; je continuerai après.
Il va à Paris. Tu le verras, heureuse Claire, Ah! dis-lui que son Adèle l'adore; que jamais elle ne pourra aimer que lui ; qu'il aura les derniers vœux de son cœur, et son dernier soupir. ,
Une lettre de lui ! on n'a pas eu le temps de mettre les voitures en état avant leur départ. Ils ont été obligés de s'arrêter à dix lieues d'ici , et il
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me consacre deux heures dont il peut disposer. Le paquet est énorme, et l'amour étincelle à chaque mot. Je te remercie, mon ange, et de m'aimer ainsi, et de si bien peindre* ce que tu sens. Oui, ton cœur et le mien étaient faits l'un pour l'autre; ils vibrent à l'unisson; ils s'entendraient d'un' bout du monde à l'autre ; ils n'ont qu'une vie, qui est commune à tous deux.
Je ne déchirerai pas cette lettre ; je peux la garder, maman le permet. Ah! ne nous devait-on pas quelque dédommagement du sacrifice forcé que nous venons de faire? J^ettre charmante, je te porterai sur mon sein; je t'en tirerai cent fois le jour, pour te relire et te couvrir de baisers : ceux-là ne sont pas dangereux.
Je fais un retour sur moi-même. Je regarde, et je m'aperçois que je suis seule. Cette lettre et mon marronnier, voilà tout ce qui me reste de lui. Ah, Claire!