ACTE III, SCENE VIII
LA CITOYEITNE D\ÉRICOnRT.
Je me la rends depuis le jour où je me suis man-» que. J'ai passé dix-huit ans dans lés regrets et dans les larmes ; aujourd'hui même encore vous en avez été témoin.
OJSRICOURT.
Regrets inutiles : il est des choses que l'homme dé» licat ne saurait oublier.
LA CITOYETTITE Bl^RIGOURT. > -
Je ne demande pas l'oubli d'une coupable erreur : on ne doit rien attendre de ceux dont on a perdu l'estime. Mais ne me déshonorez pas par un éclat scandaleux; n'étendez pas sur ma vie entière. une tâche que j'ai peut-^tre effacée; ne me chassez pas enfin de votre maison. J'y vivrai seule, retirée; je m'interdirai les plaisirs les plus simples; j'éviterai votre présence; je ne verrai que ma fille, quand vous voudrez me le permettre, et si vous daignez me la confier encore.
DIÉRIGOURT.
Non, madame; nous ne pouvons* désormais habiter ensemble. Notre séparation se fera sans bruit: un éclat me déshonorerait autant que vous; mais il faut nous séparer [la citoyenne Déricourt et Adèle se jettent a ses genoiiXy les bras étendus vers lUi)^ et je penserai dans un moment de calme aux moyens qu'il conviendra d'employer.
ADELE, en pleurs.
Pardonnez-lui, pardonnez-lui, mon père!
DERICOURT, & M femme. ' '
Vous êtes à mes genoux : votre intérêt setil vous X 28
434 UORPHEUN.
occupe. Voyez l'état cruel où vous réduisez vos eu-» fants; comptez les pleurs qu'ils vont verser ; calculez les tavages d'une. passion désespérée dans deux coeurs qu'elle a totalement subjugués; songez à l'avenir affreux qui les attend. Que ce tableau soit toujours présent à votre pensée, et qu'il soit votre éternel supplice. ( La citoyenne Déricourt se traîne sur ses g^enoux et embrasse ceux de son mqri. } Laissez-moi , Maissez^-moi. O femmes! femmes! si vous réfléchissiez combien le vice est bas , avant de vous y livrer!
( Adèle et sa mère se xelèyeiit. ) AJDÈLB.
Ne penser plus à nous, mon père. Nous nous vàiticrons, je l'espère.... je crois pouvoir vous le pro* mettre.. • Je m'accoutumerai, par degrés, à nie voir dans Julien (avec un soupir) que mon frère.
DERICOURT'^ avec on monvemeiit d*honeal'^
Ton frère!.... ton frère!... (^11 regarde Julien et voit son desespoir.) Rassuretoi, Julien; je suis sévère , mais juste. Ce n'est pas à toi qu'cm peut reprocher ta naissance ; je ne te punirai pas des fautes de ta mère.
JULIEN
Vous m'accordez encore de la pitié ! Ah ! je puis donc aussi vous supplier pour cette mère infortunée l
( 11 tombe à ses genoux^ ]
JULIEN , LA CITOTENNE DISRICOURT ET AOÈLE, tombant
anx genoux de Déricourt.
Grâce! pardon! pardon!