‹ Œuvres complètesChapitre 306 sur 414 · ACTE III, SCENE VIlI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VIlI

D£RIGOURT, attendri.

Laissez-moi, laissez-moi , vous dis-je. Quand vous surprendriez mon cœur , ma raison demeurerait inaltérable , et je serais inflexible»

BLINYILLE»

Inflexible ! et pourquoi ? L'homme raisonnable calcule les circonstances plus ou moins graves ; il ne cède pas au mouvement de son orgueil blessé ; il ne connaît que la justice , et se la rend à lui-même et aux autres.

BERICOURTi

Je suis juste , et je le prouve.

BLINYILLE.

Non, vous ne letes point et vous ne pouvez l'être. Vous avez dans cette affaire un intérêt trop majeur pour prononcer avec impartialité. (^Les relevant. ) Relevez-vous, famille intéressante; c'est moi qui suis votre défenseur. — Le vice me révolte comme vous. Si je croyais qu'il pût atteindre encore votre épouse ^ je l'abandonnerais à son sort. Elle fut coupable sans doute; mais quand? à mi âge où l'on n'est pas en garde contre des pièges qu'on ne soupçonne point, où l'on a succombé avant d'avoir pensé à se défendre. Mari trop sévère, vous la condamnez sur un moment d'oubli; c'est sur sa vie entière que j'établis mon jugement. Pendant vingt ans, elle a fait votre bonheur; pendant vingt ans^ sa douceur, sa tendresse, ses qualités morales et domestiques ont fait envier votre sort à tous les époux, et vingt ans de bonheur n'efifacentils pas une faute dont vous ne devez l'aveu qu'à un

elfort dont la vertu seule est capable? Oui, si le vice tie lui faisait horreur, si elle en avait l'habitude, elle ^t laissé marier seâ enfatis, et, par un second crime, elle enveloppait le premier dans des ombres éternelles. Cette idée a révolté son àme hotinête et pure; elle n'a pas balancé entre elle et son devoir. Est-ce à ce trait qu'on peut reconnaître une femme coupable? J'ose n'y voir, moi, qu'une femme autrefois égarée; mais au*joUird'hui repentante et vertueuse. Si ces raisons ne te persuadent pas, ce n'est plus ton esprit que je prétends convaincre, c'est ton cœur que je veux attaquer avec toute la force du sentiment. Epoux trop Sensible, crois-tu pouvoir te séparer d'une épouse adorée? En atiras-tii la force, si tu en as en effet l'intention? Qui la retnplacera dans èette ame qu'elle remplit tout entière , et pour qui l'habitude d'aimfer est devenue utt besoin ? Crois- tu que l'amitié lui suffise? détronipetoi. Dépositaire de tes plaisirs, tu ne mê chercheras plus poul* me confier des peines que je voulais t'épargner;tu les dévoileras en silence; ta solitude te sera insiipportable , et tù appelleras en vain une épouse bannie et déshonorée , que sa disgrâce te rendra plus chère encore. Alors sa faute disparaîtra devant une longue suite d'années; tu ne pensieras qu'aux qualités aimables qui pouvaient embellir la fin de ta carrière, et tu là termineras au sein des ennuis et des re-

gféts î)éri'Court, mon chèt* Déricourt , né t'arme

pas d'une isètérité dôtlt léis effets rétômberaiettt sUr toi. Haine aux pervers; indulgence aU faible. Il est si doux de partlonnfer, surtout à ce qu'on aime ! voilà

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