LIE
Je vous assure, en dépit de votre petit ton piquant, que jamais je n'ai eu tant de raison qu'en ce moment.
DURVAL.
Vous ne prétendez pas sans doute, en ce moment, faire l'éloge de la raison des femmes? {Emilie fait un mouvemenL) Ne vous emportez pas, et raisonnons , puisque vous êtes raisonnable.
EMILIE
Soit : raisonnons.
DURVAL.
La conséquence la plus naturelle de la raison est une conduite raisonnée. Voulez- vous bien me fairie sentir la force du raisonnement sublime et profond qui vous détermine à refuser ma main?
lÉMILIE.
C'est donc pour en venir tout bonnement à celte
question que vous vous bataillez depuis uii quartd'heure? Eh, mon cher ami, que ne vous expliquiezvous? je vous aurais d'abord mis à votre aise. Je vous aime, beaucoup trop sans doute; mais enfin je vous aime.
DURVAL.
C'est quelque chose : après.
lÎMlLIE.
Et je ne serai jamais à vous , parce que les hommes sont vains, exigeans, volages, sans délicatesse^ sans considération, sans ménagemens pour une femme honnête et sensible ; toujours cruels dans leuY* conduite, souvent sans décence dans leurs procédés; enfin.... '
DURVAL.
Oh, vous ne tarissez pas. Supposons la justesse du principe , ce qui heureusement n'est pas démontré , vous conviendrez au moins qu'il est des exceptions....
EMILIE
Et que s'il n'en existait pas, il faudrait en faire une en votre faveur ?
DURVAL.
Je .crois en vérité que vous me devez cela.
lÉMILIE.
Je crois qu'un patriote ardent, servant la chose publique par goût, honoré de la confiance de ses concitoyens, et la justifiant par son zèle et son intelligence ; je crois , dis-je , que, sous ces rapports , je dois à Durval ma plus sincère estime ; mais je crois aussi que tous les amans, tendant au même but, doivent