‹ Œuvres complètesChapitre 313 sur 414 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

avoir les mêmes idées et le même langage , et , si on les en croit , tous auront les droits les plus réels à une heureuse exception. Aussi, n'est-ce pas sur cette classe d'hommes que je juge votre détestable espèce. Parlons des maris , mon cher Durval. En connaisdêz-vous beaucoup qui rendent leurs femmes heureuses; qui conservent long-temps ces qualités séduisantes qui vous gagnent les cœurs; qui ne passent promptement à la froideur, à la négligence ^ii l'oubli, et qui sou* vent se permettent pis encore?

DURVAL.

Je connais , ne vous en déplaise , des ménages où régnent la plus douce harmonie, les vertus paisibles , une félicité inaltérable , et j'en connais beaucoup.

EMILIE

Oh, beaucoup! vous mentez.

DURVAL.

Dès que vous niez les faits

lÉMILIE.

Finissons.... Citez-m'en quatre*

DURVAL.

J'en citerais cent.

lÎMILIEé

Hé bien, citez-les.

DURVAL.

Vermond, Dubreuil, Courval (^cherchant) ^ Cour-* val.... Courval

EMILIE

En voila trois...^ : après?

DURVAL.

Oh , VOUS êtes d'une vivacité ! Je n'ai pas le recensement de Paris dans ma poche.

En voilà trois, et je conviens des qualités rares de ces trois hommes. Mais, mon cher ami, si je voulais citer à mon tour, j'en nommerais mille qui sont précisément le contraire de Va^inond , de Dubreuil et de Courval, et, en vérité, je ne jouerai point à un jeu qui présente autant de chances dé&vorables.

DURVAL.

Ecoutez donc. On n'est ordinairement porté à. trèsmal penser des autres que par un très-grand fond de bonne opinion de soi-même. Ainsi, vous devez trouver en vous tout ce qui peut vous rassurer et fixer ces monstres que vous redoutez tant.

lÊMILIE.

Nous plaisantions tout à l'heure; nous parlons raison maintenant. Souvenez-vous-en, et n'attendez rien de ces flagorneries d'usage , qui ne me surprendront pas, malgré l'amour -propre que vous voulez bien m'accorder.

DURVAL.

Pourquoi ce ton sérieux? n'attachez donc pas à ces prétendues flagorneries une importance que je n'y mettais point.

EMILIE

C'est-à-dire que pour la seconde fois vous mentez, et avec le dessein bien positif de mentir.

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