ACTE I, SCENE IV. 5r
ROBERT
Sans argent , et Dieu sait où nous en trouverons.
DXJBREUIL.
Pas un fruit sauvage pour ranimer nos forces épuisées.
MICHEL
Poursuivons jusqu'au bout : le génie des Français préside à notre entreprise. Nous avons voulu fuir , et nous avons fui; nous avons craint d'être découverts, et nous n'avons été vus de personne. La faim commence à se faire sentir? Ne perdons pas courage. Nous rencontrerons cette nuit quelque cabane où la pauvreté sera hospitalière.
DUBREUIL
Quand on saura que nous sommes prisonniers de guerre
MICHEL
Quand les préjugés n'étouffent pas la nature , le malheureux trouve bientôt des frères.
Ce que tu dis-là , mon lieutenant , est très-philosophique et très-beau; mais, il y a long- temps que la nature est muette en Espagne, et que les préjugés y ont usurpé son empire.
MICHEL
Mon ami , il ne nous faut qu'un homme sensible qui ait du pain, et nous le trouverons. D'ailleurs, la liberté serait bien peu de chose si on ne pouvait se décider à la payer par quelques sacrifices.
5i4 I-ES EMPIRIQUES.
ROBERT
Mais H faut vivre pour en jouir.
' DUBREUIt.
Silence ( le lieutenant a raison.
ROBERT
Ëh! je sais bien qu'il a raison; mais j'aime à voir dans l'avenir : il m'a toujours consolé du présent. Nous passerons ici le reste du jour; nous souperons chez un homme sensible qui aura du pain et peut* être un morceau de lard. Après, que deviendronsnous ?
MICHEL
Nous nous remettrons en route.
ROBERT
Et où irons -nous ?
Joindre l'armée française.
ROBERT
Eh oui , c'est convenu ; mais par où passeronsnous ?
MICHEL, impatienté.
Eh ! parbleu , par où nous pourrons.
ROBERT
J'ai fait autrefois au collège un cours de géographie....
MICHEL
Oui , tu es très-savant ( souriant) ; mais tu ne sais pas encore te passer de dîner.
ROBERT
I^aisse-moi donc finir. J'ai fait un cours de géo-