SCENE V
MA*DAMK GERVAL.
Qu'as-tu fait ?
ROSE
Tai pensé.
MADAME GERV AL, souriant.
Tu penses donc?
ROSE
Maman , je suis ta fille.
MADAME GERVAL, rerabrasMnt.
Et à quoi pensais-tu?
ROSE
A monsieur Germon. Il n'est pas très-jeune ; mais il est bien aimable.
MADAME GERVAL.
Je suis enchantée que tu t'en sois aperçue.
ROSE
Je crois qu'il rendrait une femme bien heureuse.
MADAME GERVAL.
Je le pense comme toi.
ROSE
Depuis que je le connais , je suis fâchée d'être si jeune.
MADAME GERVAL, très-firoîdement.
Pourquoi, ma fille?
ROSE
C'est que mon imagination exaltée lui prête peutêtre des qualités qu'il n'a pas, et je serais fâchée qu'il perdît à l'examen de la raison.
i8 LA MERE RIVALE.
MADAME GERYAL.
La raison n'a point d'âge, et l'homme qui plaît à Rosé doit plaire à tout le monde.
ROSE
Il te plaît donc aussi?
MADAME GERYAL, avec sentiment.
Infiniment, ma fille.
ROSE
J'aurais dû le prévoir : il y a entre nous une sympathie si marquée !
MADAME GERYAL, sonnant.
Je ne désire pas cependant que cette sympathie soit sans exception.
ROSE
Comment donc , maman ?
MADAME GERYAL.
C'est qu'il doit y avoir quelque diflférence dans la manière dont nous aimerons Germon.
ROSE
Je ne t'entends pas, et cependant tu me fais de la peine.
MADAME G E R Y A L , avec embarras.
Mon enfant , tu as perdu un bon père.
ROSE
Je le regrette tous les jours.
MADAME GERYAL.
Ton oncle est exigeant, et je lui ai de grandes obligations.
ROSE
Oh ! oui : tu ne peux rien lui refuser.