DE M. LE PRINCE DE MARSILLAC
lECRITI PAR Ll'I-MÉIIB.
Je ne présume pas assez de ma vertu pour oser répondre que j'aurais haï le cardinal Mazarin quand il m'aurait aimé. Peut-être qu'il eût fait des choses pour mes intérêts qui m'auraient déguisé tout ce qu'on lui a vu faire contre ceux de l'Etat, et une mauvaise honte me ferait possible périr dans une mauvaise cause où des obligations signalées m'auraient engagé insensiblement. Je consens donc qu'il dise que je serais son ami si mon malheur avait voulu qu'il eût été le mien, que j'aurais défendu ses crimes s'il y avait eu lieu de croire que je m'en fusse prévalu, et qu'enfin j'aurais pu commettre de grandes injustices de peur qu'il ne me semblât que j'eusse commis de grandes ingratitudes. Mais que peut-il conclure de tout cet aveu? Fallait-il que je me sacrifiasse pour lui, parce qu'il n'y avait rien à quoi il n'eût été capable de me sacrifier? Devais-je mon épée à raffermissement d'une autorité que je n'ai connue en mon particulier que par les dommages que j'en ai reçus? Et serai-je un ingrat et un traître pour n'avoir pas pris contre ma patrie et contre mon roi le parti de celui qui causait ma ruine aussi bien que la leur? Sans mentir, si l'honneur et la conscience veulent qu'on se dévoue au salut de ses oppresseurs et de
celte même raison il ne doit avoir guère moins de gardes que cette couronne a de sujets, puisqu'il en faudrait faire le dénombrement pour savoir combien sa conduite a fait de malheureux. Mais quoiqu'il n'ait jamais été soupçonné de trop de pudeur, je lui en crois assez pour n'entreprendre pas de nous débiter une si étrange doctrine, et je prévois que pour renverser ce que je dis de lui, il prétendra qu'il lui suffit de ne l'avouer pas. A la vérité, s'il ne faut que nier les maux qu'on a faits pour en être justifié, on ne le convaincra pas même des plus évidents, car c'est bien peu de lui avoir ouï dire ou de lui avoir vu faire quelque chose pour s'oser promettre de l'en faire demeurer d'accord ; et ce n'est qu'à se démentir soi-même à toute heure qu'on peut assurer que la hardiesse ne lui manque point. Mais veut-il nous persuader qu'il est innocent? Qu'il nous remette en l'état que nous étions quand la paix générale fut entre les mains de M. Servien, et que M. le duc de Longueville, qui l'y avait mise, vit arracher des siennes la gloire d'un service qui n'aurait rien dû à ceux du premier comte de Danois. Qu'il rende à cette monarchie la réputation que l'injuste opiniâtreté de nos armes lui a fait perdre chez nos alliés mêmes, depuis ce temps-là, et qu'il nous rende enfin tant de milliers d'hommes qu'une guerre, continuée de gaieté de cœur, a encore immolés avec moins de fruit que de nécessité. Car de lui proposer de rendre ce sang dont il a achevé d'épuiser les veines de l'Etat, et de croire qu'il fera repasser les monts et les mers à tous ces millions de quoi l'Italie est la receleuse, ce serait espérer ridiculement qu'il voulût commencer à se repentir de ses crimes par celui pour lequel tous les autres ont été commis.
Que si tous ces moyens de justification sont également impossibles, et si son avarice ne met pas moins les uns hors de sa puissance que les autres sont hors de celle de la nature, qu'il me pardonne d'avoir eu des yeux pour apercevoir
trouve bon que je rende à ses actions la justice qu'il a fait si injustement dénier aux miennes. Car de le garantir de la peine due à ses forfaits, parce qu'il m'a frustré de la récompense due à mes services, je ne sais quel raisonnement ni quelle morale exigeraient cela de moi, quand je le pourrais. Mais pour lui faire la guerre plus généreusement qu'il ne me Ta faite, je ne lui veux rien ôter de tous les avantages qu'il peut prendre légitimement, quoique je puisse les lui disputer avec succès; et s'il croit affaiblir mes dépositions par les sujets que j'ai de lui nuire, je lui en veux avouer plus qu'il n'en oserait avouer lui-môme.
Lorsque la reine se vit en état de penser sérieusement à la régence, il y avait dix ans qu'elle me tenait particulièrement pour son serviteur, et six ou sept qu'on me nommait tout publiquement son martyr. Ma fortune et ma liberté n'avaient pas été les seules victimes que j'avais offertes pour son intérêt et pour son repos, et l'horreur des supplices les plus effroyables ne m'avait pas empêché de lui faire aussi bon marché de ma vie, quand elle avait bien voulu confier la sienne au courage, à la fermeté, à la prudence d'un homme de vingt-deux ans.
Aussi dois-je avouer que rien n'avait manqué à sa reconnaissance durant tout ce temps-là. Je ne hasardais ni ne perdais quoi que ce soit pour elle, dont ses bontés et ses louanges ne me récompensassent même avec excès. Il semblait qu'elle ne s'intéressât qu'en ma faveur au succès des armées où j'allais servir, et elle avait accoutumé de dire qu'elle ne voyait plus de gazettes dès qu'elle n'avait plus à craindre pour moi. Je lui paraissais au-dessus de tout ce qu'il y avait de charges et de dignités, et on eût dit qu'elle ne souhaitait une extraordinaire puissance que pour m'élever à d'extraordinaires grandeurs.
Cependant, quoique je la servisse en l'occasion qui se présentait plus utilement que je n'avais fait en toutes les autres,
acquérir presque tous les jours quelque corps, quelque place ou quelque personne d'extrême importance, je commençai à m'apercevoir que je me reculais par les mêmes voies qui devaient m*avancer, et qu'elle me donnait assez peu de part en beaucoup de choses où d'autres n'en devaient possible avoir que par moi. Mais comme elle ne voulait pas encore déclarer à ses serviteurs ce qu'on avait déjà gagné contre eux auprès d'elle, ces changements et ces réserves-là ne manquaient pas de belles couleurs. Le défaut de confiance passa pour un simple défaut d'application. Il fallait l'imputer à un embarras que je voyais bien, plutôt qu'à un dessein formé que je ne veiTais de ma vie. Je devais croire qu'elle ne s'abstenait de me dire que ce qu'elle pensait m'avoir déjà dit, et qu'à force de m'avoir dans l'esprit, elle s'imaginait que j'avais présidé à tous ses conseils et distribué à chacun de ceux du parti l'emploi dont il était capable. Si un homme à demi persuadé par le propre mérite de ses actions, fut aclievé de l'être par des assurances où il ne voyait rien qu'où ne pût bien croire de la gratitude et de l'équité d'une grande reine, il n'y a pas grand sujet de s'en étonner; et je penserais encore à cette heure avoir mérité tous les traitements que j'en ai reçus, si j'en avais pu conserver la crainte, aprè's les soins qu'elle avait pris de me l'ôter. Toutefois ces commencements-là eurent bientôt des suites à devoir faire juger ce qu'on a vu depuis.
La mort du feu roi arriva, et les premiei*s sentiments de la reine moururent avec lui. On fit qu'elle affecta de désavouer tout autre intérêt que celui de l'Etat. L'anêt du parlement qui la fit régente la déchargea, dans sa pensée, de tout ce qu'elle avait cru devoir jusqu'alors : elle fut persuadée que ce n'était pas à une princesse qui disposait de tout, à payer ce qu'on avait fait pour une princesse qui ne pouvait rien. Et si les restes du crédit de son ancien ministre l'emportaient sur le nouveau , en ce qui touchait le rappel et le
et privés de leurs charges, ce fut si manifestement sans y avoir fait de réflexion qu'à peine y avait-elle acquiescé qu'elle s'en repentit.
(1 est vrai qu'avec tout cela je fus le dernier à qui elle ôta l'espérance; et quoi qu'à bien prendre les choses on pût véritablement dire que je n'étais de rien, elle disait encore à ceux qui gouvernaient qu'il n'y avait rien dont je ne pusse être. Mon zèle et ma générosité étaient les modèles qu'elle leur proposait; et,, voulant que le cardinal et moi lissions amitié, elle voulut encore que j'en fisse les lois et qu'il s'y soumît comme une épreuve infaillible de la pureté de ses intentions. Je me joignis donc à lui avec dessein de ne le quitter de ma vie, s'il ne se départait de ses véritables devoirs, ou s'il n'essayait de me faire départir des miens. Je ne craignis point d'en faire ma déclaration à ceux de qui je croyais être le plus aimé, bien que ce fussent ceuxlà mêmes auxquels il était le plus odieux. Nous eûmes sur ce sujet des contestations et fort obstinées et fort inutiles. Si je ne pus les faire entrer dans mon sentiment, ils ne me firent point aussi entrer dans le leur. Ce n'est pas que leur aversion n'eût pour fondement l'opinion qu'ils avaient de son impuissance à se porter au bien, et les événements n'ont que trop souvent répondu à leui*s conjectures; mais aimant mieu?c qu'on me reprochât de n'être pas heureux en mes jugements que de n'y être pas équitable, je ne pus me résoudre à le condamner sur des fautes qu'il n'avait point encore commises, et je pensai qu'il était juste de bien espérer d'un homme qui ofirait de se soumettre à toutes les censures et à tous les avis. Je tiens même encore à présent que ceux qui se hâtèrent alors de rompre avec lui furent sans y penser les premiers auteurs de cette puissance où ils craignaient tant de le voir, et il eût beaucoup mieux valu qu'ils se fussent faits ses modérateurs et ses conseillers que • de se faire ses ennemis; car, outre que cette qualité faisait
soupçonner de mauvaise foi tous les témoignages qu'ils rendaient de lui, elle lui donnait même les moyens de les en convaincre, parce que, n'étant plus en droit d'apprendre de lui les motifs des choses, il leur arrivait parfois d'en blâmer qui méritaient d'être louées généralement. Or, il n'eut pas plutôt cette prise sur eux qu'il n'appréhenda plus qu'ils en eussent sur lui; et la réfutation de quelques calomnies l'ayant mis en état de faire imputera malice ou à ignorance les plus légitimes accusations, il ne tint plus qu'à lui de faire indifféremment tout ce qui lui plut.
Ayant donc bien prévu le malheureux effet d'une haine se précipitée, je m'empêchai facilement de m'y engager contre ma parole, et si je la gardai inviolablement au cardinal, ce ne fut pas peut-être sans quelque sorte de fruit; car il eut quelque honte de montrer ses vices à celui qui montrait encore de ne lui en croire point, et il suspendit au moins ses mauvaises inclinations tant qu'il me fut permis de lui suggérer de bonnes pensées.
En effet, soit que ma liberté fût assez discrète pour ne lui fournir nul prétexte de persécution ni de plainte, ou que sa tyrannie ne fût pas encore assez effrontée pour me faire un crime de ma seule circonspection, soit qu'il ne me tînt pas assez détruit dans l'esprit de la reine, et que, se souvenant de Tordre qu'il avait eu d'elle d'avoir en toute manière mon approbation, il ne pût s'imaginer qu'elle l'eût obligé à cette contrainte pour un homme qu'elle eût peu considéré, il feignit de me considérer extrêmement lui-même , et de me vouloir admettre à ses plus importantes délibérations; de sorte que s'il avait de tout temps résolu ma perte, il eut au moins le déplaisir de n'oser pas sitôt le faire paraître, et de contribuer en quelque façon à ma gloire en faisant juger de la grandeur de mes services par celle des récompenses qu'il leur proposait. Mais n'y ayant plus que moi à lui faire dou- • ter de ses forces auprès de la reine, il ne tarda pas beaucoup à les reconnaître. Et comme la prison et le bannisse-
ouvertement bandés contre lui, il commença à me trouver assez criminel de ne m'être pas déclaré absolument contre eux, et ne s'offensa pas moins de voir que je faisais encore l'arbitre qu'il avait témoigné naguère de m'en savoir gré.
La reine qui m'avait fait vivre si sévèrement avec lui , elle qui m'avait dicté mot à mot ce qu'il y avait eu de plus dur et de plus austère dans nos conventions, elle-même en parlait à l'heure à mes proches comme d'une conduite que j'avais dû juger qu'elle désapprouverait. Voulais-je toutefois en venir à l'éclaircissement : elle tournait en fmesse ou en raillerie tout ce qu'on m'avait dit, et après qu'elle m'avait forcé d'en rire avec elle, elle en tirait de nouveaux sujets de se plaindre, et de prendre pour témoins et pour juges contre moi-même, les mêmes personnes par qui elle me faisait donner des avis. Il est aisé de croire qu'on n'en était pas venu là pour y demeurer, et qu'on ne travaillait pas tant à me rendre coupable pour me rendre heureux. Aussi ne s'amusa-t-on plus à borner à la charge de mestre de camp des gardes toutes les prétentions qu'on m'avait données sur celle de grand écuyer, sur celle de général des galères, et sur le gouvernement du Havre de Grâce.
On me réduisit tout d'un coup aux simples espérances des choses communes qui pourraient vaquer, encore à condition que je fusse agréable quand elles vaqueraient. Et comme l'injustice n'est que trop féconde, celle-ci en eut bientôt produit si grand nombre d'autres que je pensai n'en être pas quitte pour l'exclusion de tout ce qu'il m'avait été permis d'espérer, et qu'il s'en fallut peu qu'on ne me fît ôter jusques à la liberté par la même reine pour qui je l'avais autrefois perdue. Il ne se passait jour où je n'eusse besoin d'une apologie. J'avais repartie pour quelqu'un qui n'était pas en grâce, ou m'étais trop peu échauffé pour l'accusateur. J'avais ri de quelque conte qui n'était pas assez du cercle ni du cabinet. J'avais fait raison de quelque faute
logis suspects. Enfin, il m'arriva d'aller à Beaumont, où on. voulait que toute la cabale de M"® de Chcvreuse eût un rendezvous, et où la ruine du cardinal ne pouvait pas manquer d'être résolue.
Alors, ne doutant plus d'avoir trop de quoi faire mon procès, ils me reçurent la première fois à une défense régulière, afm de tirer de ma bouche ma condamnation. Mais le malheur Toulut pour eux que n'ayant découvert que mon innocence, ils n'eurent à condamner que leui's propres soupçons, et leur confusion les troubla, de sorte qu'ils s'engagèrent ù dire que j'allais être mieux à la cour que je n'aurais jamais été. Leurs libéralités ni leur confiance ne m'en témoignèrent pourtant rien. On pensa que c'était assez de me représenter que pour lors la reine n'avait quoi que ce soit à donner ni à dire; car de récompenser pour moi des offices de la couronne et de m'en communiquer les secrets, on me croyait trop raisonnable pour le désirer, et pour m'aller souvenir qu'il y avait huit ans qu'on avait commencé à me juger digne de l'un et de l'autre.
J'avoue que ma patience fut plusieurs fois tentée de se rebuter , et que je me fusse dès l'heure soulagé l'esprit, si l'état de ma famille m'eût permis de suivre mon inclination. Mais l'intérêt de ma maison ayant étouffé toute ma colère, je me résolus encore à voir le succès des belles promesses dont j'étais flatté ; et pour faire que les faveurs trouvassent en moi les dispositions nécessaires à les recevoir, je m'abstins, autant que l'honneur et la bienséance le pouvaient souffrir, de toutes les sociétés et de tous les commerces qui pouvaient déplaire. La précipitation ni la vanité de mes espérances n'attirèrent point les refus ; elles furent modestes et respectueuses, et je ne m'offensai pas même qu'on ne m'offrit point ce qui venait à vaquer par la mort de ceux à qui des enfants ou des frères pouvaient succéder. Mais je ne pus pas voir si tranquillement ce qui se fit des
n'avait laissé ni enfants ni frères, et il me fut insupportable que le cardinal me Ht moins de justice que mes concurrents, et qu'il m'enviât ce que M. de Roquelaure lui était venu déclarer qu'il me cédait comme à l'homme du naonde qui avait le plus mérité de la reine. Je vis bien que j'aurais difficilement les dépouilles des étrangers, puisque celles des miens m'étaient refusées, quand ceux qui les avaient prétendues en même temps que moi me les adjugeaient, et qu'on n'était pas prêt à m'aclieter des charges puisqu'on aimait mieux faire un trafic infâme de celles qui vaquaient en ma propre famille, que d'en récompenser quelques-uns des services que j'avais rendus. Mais mon ressentiment ne fut pas moins secret qu'il fut légitime; ma retenue alla plus loin que mon espérance, et je ne voulus pas que mon père me pût reprocher d'avoir ruiné une affaire à laquelle il était engagé d'honneur. Quoique tout le monde sût bien que la violence qui lui avait ôté le gouvernement de Poitou, pouvait lui faire prétendre de le retirer, aucun mouvement d'équité ni d'affection ne poussait le cardinal à lui en inspirer la moindre pensée. Mais quand M. de la Trémoille fit de si grandes offres à M. de Parabère que la cour eut peur que feu M. le Prince n'entrât pour quelque chose en c^ marché-là, alors le zèle de la justice commença à dévorer ce fidèle ami : il excita mon père au recouvrement de sa charge, il maintint que ce serait contre les bonnes mœurs de permettre à celui qui l'avait acquise odieusement d'en tirer à notre préjudice un si grand profit; et, parce que nous n'avions en cela que le môme droit que M. de Bassompierre avait eu contre M. de la Chastre, et que nous n'étions pas disposés à le faire valoir de la même sorte, si on ne nous en donnait les mêmes moyens, il offrit de faire rendre la chose pour le prix qu'on l'avait baillée et d'en faire sortir encore une bonne partie des coffres du roi. Mais à peine la déclaration de M, de la Rochefoucauld eut-elle rompu le
traité d'un autre, qu'on oublia les conditions qui Tavaient fait entendre à se déclarer. On reçut M. de Parabère à faire les siennes comme pour une terre qui eût été dans sa maison depuis cinq cents ans. On eut aussi peu d*égard à la somme qu'à la manière des paiements qu'il nous avait contraint d'accepter.
Il fut dispensé de toutes les lois que lui-même avait faites. On lui permit d'abord de demander tout en argent comptant, et, au lieu de tout ce qu'on avait promis à mon père, on lui proposa pour cent mille livres d'assignations, sur quoi on n'eût pas trouvé cent pistoles, et le refusa-t-on de la survivance qu'il demandait pour moi. Cependant il voyait aussi peu de jour à se dédire honnêtement de son entreprise qu'à en venir à bout sans y être aidé. Mais pour éprouver si le temps ferait naître quelque facilité à l'un ou à l'autre, il fallait tirer en longueur cette négociation , et cette affaire était en ces termes-là quand la crainte de la ruiner me lit dissimuler la dernière offense que j'avais reçue. Cette discrétion fit bien que les choses n'empirèrent pas, mais ellei n'en allèrent pas mieux. Le cardinal biaisa, selon sa coutume, et soit qu'il témoignât un jour de l'affection ou de l'indifférence pour ce traité, il ne manquait jamais dès le lendemain de témoigner tout le contraire. Je reconnus à cek qu'il en voulait faire notre amusement, et que, par l'interposition de ce fantôme nous ôtant la vue de ce qui se présentait de plus véritable et de plus réel, il faisait que toutes ces choses-là s'éclipsaient pour nous. Il est vrai que le gouvernement de Saintonge et d'Angoumois lui servit encore de leurre pour nous abuser, et que, nous obligeant de rien, il le fit offrir à mon père, comme s'il eût cru que M. de Brassac* était mort , quoiqu'il sût très-bien qu'il était déjà hors de danger. Mais le soin qu'il prit à cacher sa fourbe la fit éclater ; et , de peur qu'on ne s'aperçût qu'il nous eût payés d'une
' Le comte de Brassac, surintendant de la maison de la reine.