‹ Œuvres complètes, précédées d'une étude inéditeChapitre 53 sur 72 · DE M. LE PRINCE OE MARSILLAC · texte numérisé non relu

DE M. LE PRINCE OE MARSILLAC

gratification frauduleuse, il nous entretint de l'espérance de cette charge jusqu*à ce que celui qui la possédait se sentît prêt à la quitter avec la vie. Ce fut lorsque la sincérité de ce grand ministre parut en son jour, en ce qu'il permit, contre sa parole, à ce pauvre mourant de vendre une chose où, par manière de dire, il n'avait plus rien; et qu'encore que sa mort précédât l'accomplissement de la vente, tout ce qu'elle changea en la condition de l'acquéreur fut qu'il ne lui coûta qu'un remercîment de ce qui lui devait coûter deux cent mille hvres. Enfin M. de Montausier eut en effet ce que M. de la Rochefoucauld avait eu en songe quatre mois durant, et il fallut encore revenir au traité de Poitou. Mais, par une nouveauté assez surprenante, on fut étonné que le cardinal fit continuer sous mon nom ce qui s'était commencé sous celui de mon pèi*e ; et comme s'il se fût de soi-même repenti du tort qu'il m'avait fait, et qu'il eût toutefois honte de s'en confesser, il se mit à me blâmer officieusement de ne m'aider pas assez auprès de la reine ni auprès de lui; et m' offrant toutes les entrées qui pouvaient marquer la dernière familiarité, il sembla qu'il voulait encore me faire aspirer à tous les effets de la dernière bienveillance. Mais cette nouvelle bonttî n'eut que de Técorce et de l'apparence non plus que les autres , et ne servit qu'à me faire acheter trois cent .mille livres un gouvernement que mon père avait été contraint de bailler pour deux cent cinquante mille, quand il n'y. avait point de quartier retranché. Car jusqu'à la charge de maréchal de camp que les ennemis de la reine m'avaient fait offrir, il y a six ans, qu'elle-même avait accordée depuis la régence à deux de mes amis que j'avais recommandés, et qu'elle ne m'avait jamais refusée pour moi-môme qu'à force de la trouver au-dessous de moi, elle me la refusait alors pour des considérations bien différentes , et on m'en fit autant de difficultés qu'on aurait pu faûre si j'avais demandé à être maire du palais. Le cardinal s'obligea pourtant de m'envoyer le brevet dès que je serais à l'armée , pour peu que M. le Prince ,

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qui devait en être généralissime , témoignât de le vouloir ou de l'approuver. Et ce fut à cela que je commençai à connaître d'où m'était venu ce rayon de faveur si hors de propos; car bien que cet officieux ne s'enquît de Fétat où j'étais avec ce prince, que pour la crainte qu'on peut s'imaginer qu'il avait que je n'y fusse pas assez bien, j'aperçus au travers de cette méchante finesse qu'on lui avait fait mon crMli plus grand qu'il n'était de ce coté-là, et que c'était sans doute la cause de toutes ces tendresses que j'avais trouvées si à contretemps. Ce me fut une espèce de satisfaction de voir que ces messieurs, ayant quelquefois de mauvais amis, pouvaient pi*endre quelquefois de mauvaises mesures aussi bien que nous, et je dédaignai également de le fortifier dans cette créance et de l'en désabuser. Mais son eneur ne lui faisant rien hasarder contre son intérêt, il se tint terme dans l'expédient qu'il avait trouvé, afin de ne rien faire pour moi qu'avec certitude que je pusse faire pour lui. Il crut que si j'étais fort bien avec M. le Prince, je ne manquerais pas de l'y servir pour mériter l'emploi que je demandais. Ucrut que le même M. le Prince lui saurait quelque gré de me l'avoir accordé pour l'amour de lui, et il crut peut-être encore qu'il ferait valoir cela auprès de la reine, en lui faisant voir que j'étais capable de plus d'un attachement. Mais d'autant que je témoignai de ne vouloir rien avoir que par elle, et que j'en écrivis de Courtrai et de Mardik, comme j'en avais parlé à Amiens, tout le mal qu'il me put faire fut de retarder l'expédition que j'avais désirée jusqu'à ce que mes blessures m'empêchassent de m'en prévaloir.

Voilà quelque partie des obligations dont je suis redevable à ce généreux et à ce bienfaisant; voilà quelque partie des chaînes qui devaient m'attacher à ses passions et à sa fortune. Mais je n'ai encore rien dit d'une grâce par laquelle il pensait avoir achevé de me gagner le cœur, et il ne serait pas raisonnable de la dissimuler. Si toutes les choses que j'ai rapportées jusqu'ici ont fait voir en ce premier ministre une opposition invincible à mon accroissement, elles n'y ont rien

avec une vertu toute surnaturelle à Tadministration des Etats. Je n'avais point dû espérer d'un homme ordinaire qu'il souffrît que je m'élevasse jusqu'à l'empêcher de s'élever luimême excessivement, et, n'ayant jamais rien mérité de lui qu'une sorte d'estime qui n'était pas propre à m'en faire aimer, la reine lui devait vouloir plus de mal qu'à moi de celui qu'il me procurait, puisqu'en l'obligeant de montrer un oubli apparent de tous mes services, il lui débauchait insensiblement ses vrais serviteurs. Ce n'est pas que je ne puisse dire encore qu'il étendait trop ce que la jalousie peut faire excuser en un ambitieux, car il eût pu laisser faire des choses à mon avantage qui n'eussent jamais été en obstacle au sien, et ce n'était qu'à force d'avoir le cœur bas qu'il n'y avait rien de si petit qui ne lui fit ombre. Ce n'est pas que je ne pusse même lui reprocher ma mauvaise fortune ainsi qu'un effet de sa mauvaise foi, puisque j'aurais eu de quoi me croire assez heureux s'il m'avait tenu quelque partie des choses qu'il m'avait promises. Néanmoins passons-lui pour justes toutes les injustices et toutes les infidélités que la crainte a pu lui faire commettre, tandis qu'il n'a pas été assez assuré de son pouvoir; mais d'avoir fait survivre sa haine et sa perfidie au frêle et malheureux crédit qui semblait les avoir attirées sur moi, et d'avoir affecté, depuis ma destruction, de me rendre les espérances qu'il m'avait ôtées pour avoir seulement nouvelle matière de me désobliger et de me trahir , c'est véritablement ce que j'aurais de la peine à lui pardonner et que je ne puis m'empêcher de faire connaître. Entre toutes les choses que la reine avait eu envie de faire pour moi, la première qui s'était présentée à elle avait été de rendre à ma maison les prérogatives qu'on avait données ou rendues à trois ou quatre autres depuis vingt-cinq ou trente ans, et, pai'ce que des recommandations y pouvaient aussi peu que ses ordres, elle se satisfaisait à renouveler en toutes rencontres les preuves que nous avions eues de cette

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intention. N*osant pas faire donner chez elle un siège à ma femme, elle n'en prenait point elle-même quand elle. Fallait voir; elle demeurait debout des heures entières à l'entretenir; elle lui protestait de ne pas la laisser un moment dans cette posture si elle se voyait jamais en état de l'en retirer, et elle la chassait avec des bontés qui ne se peuvent dire dès qu elle jugeait que la foule de celles qui devaient être arrivées Fallait obliger à s'asseoir. Je confesse qu*un plus prévoyant ou plus intéressé que je ne suis se fût prévalu sans doute de tant de favorables dispositions, et que, sommant la reine de sa parole dès qu'elle fut en pouvoir de l'exécuter, il ne lui aurait pas donné le loisir d'apprendre de son nouveau ministre de quoi elle devait payer les plus anciens et les plus fidèles de ses serviteurs. Mais, outre que j'aurais eu honte de lui parler pour moi en un temps oii je croyais ne devoir ni parler ni vivre que pour elle, je pensais que sa reconnaissance ne l'entretiendrait que trop de mes intérêts, et que, les siens m'étant mille fois plus considérables , je n'aurais qu'à me préserver de ces grâces excessives qui rendent encore plus odieux ceux qui les font que ceux qui les reçoivent. Véritablement je m'aperçus bientôt qu'il ne me faudrait pas de grands antidotes contre ce venin : ma faveur excita plutôt la pitié que l'envie. Dans la profusion la plus générale que ron ait jamais vue, on me refusa jusqu'à un tabouret, qui Qu'eût rien coûté , si ce n'est que rien ne coûte tant que de faire justice à un homme à qui on veut donner sujet de faillir pour avoir sujet de le maltraiter. Je dis faire justice, parce que c'était à la lin ce que je demandais, et que pour décharger la reine des plaintes des autres prétendants, aussi bien que de sa parole, je m'offris de prouver dans le conseil que ce qu'on m'accorderait ne serait conséquence pour qui que ce fût. Ce n'est pas que je ne susse bien que je n'étais poinl le seul fils de duc; ce n'est pas aussi que je voulusse dire qu'il n'y eût que moi de qui les pères eussent toujours reçu oet honneur de nos rois d'en être avoués pour parents, car

justifiant ce dernier avantage par des titres qui ne peuvent pas être soupçonnés de faux, en un temps où tant d'autres en sont convaincus , j'entendais maintenir que j'étais le seul de qui la maison eût joint ce même avantage à celui de la duché et qui ne jouît pas de tous les, privilèges que je demandais. Je demeure bien d'accord que pour me sacrifier on me couronna, et que, témoignant d'en croire encore plus que je ne m'offrais d'en vérifier, on m'assura qu'on me satisferait dès cette heure- là même, si tout le monde voulait être aussi raisonnable que moi , mais qu'ayant affairé à des gens qui ne se payent de rien que de ce qu'ils demandent, il fallait laisser venir un temps où l'on pût les obliger à entendre raison, et qu'en tout cas je serais le premier à qui on ferait ce que j'avais désiré. Mais cette assurance-là fut encore éludée. On supposa grossièrement une possession en faveur de ceux à qui on voulait donner effectivement ce qu'on s'était contenté de me promettre. Mes plaintes ne servirent qu'à me faire écouter de méchantes excuses; et le passé me faisant juger de l'avenir, je crus qu'on ne manquerait jamais de prétextes pour m'outrager, jusqu'à ce que le cardinal ne s'en laissât point à lui-même dans les promesses qu'il me fit la dernière fois que je quittai la cour pour aller en Poitou. Il s'engagea si distinctement à me faire précéder tous les prétendants au tabouret, que la seule malice dont il me restait à le soupçonner , c'était qu'il fût bien ré<olu qu'on n'en donnerait plus de son ministère, et tout ce que j'avais vu de lui n'avait pu encore me ftiire concevoir cgi'il affectât de prendre des précautions, de peur qu'on ne dqutât qu'il ne fût le plus infidèle de tous les méchants. Je nb'en allai donc dans mon gouvernement avec la croyance de: n'avoir rien à craindre que d'attendre peut-être inutilement la satisfaction qu'on me promettait, et encore ne demeurai-je guère que je n'y trouvasse de nouvelles occasions de la mériter.

Dans les calamités communes à tout cet état , les provinces es plus abondantes ou les plus soumises ont toujours été les plus opprimées; et comme si on leur avait dû imputer à crime leur obéissance et la bénédiction que Dieu leur donnait, on a incessamment puni de nouvelles souffrances la facilité qu'elles ont témoignée d'avoir à souffirir. Les pays qui sont sous ma charge étant tous remplis des funestes preuves de cette vérité, et leur désolation ne faisant que trop voir jusqu'oii avait pu aller la fidélité de leur zèle, les peuples se rebutèrent d'une patience qui ne faisait qu'attirer la persécution, et, sur l'avis qu'ils eurent que le parlement avait réprimé quantité d'excès, ils passèrent eux-mêmes à celui de se faire les juges en leur propre cause, et d'étendi-e les suppressions portées par les déclarations du roi sur toutes les choses dont ils eussent voulu être déchargés. Ils se vengèrent sur quelques bureaux et sur quelques commis des injures qu'ils prétendaient en avoir reçues, et, se voulant même imaginer que les plus anciens droits devaient être éteints en haine des nouveaux , ils se préparaient à payer aussi peu les uns que les autres. Je ne désavoue point que leur misère ne me fit regarder avec pitié leur rébellion, et que je n'eusse bien désiré que le soulagement qu'on leur accordait eût été plus proportionné à leur maladie; mais le devoir l'emporta sur la compassion, et ne doutant point que messieurs du parlement n'eussent fait tout ce que le temps permettait de faire, j'apportai la juste chaleur qui était nécessaire pour dissiper Forage qui s'était formé. Je fis quelque sorte de justice de ceux qui avaient voulu se la faire à eux-mêmes, et, avec plus de réputation que de violence, je rétablis en moins de huit jours l'autorité du prince, sans qu'il en coûtât la vie ni l'honneur à aucun de ses sujets.

L'avis que j'en donnai à la cour y fut reçu apparemment d'assez bonne grâce; on se loua de ma conduite et de mon crédit , et on fit semblant de croire que les circonstances des choses rendaient ce service assez signalé. Mais si on le croyait

rut rien / car ayant demandé de récompenser le gouvernement de Niort, qui vaquait par la mort de M. de Neuillan, on le donna à mademoiselle sa sœur, sans daigner seulement me faire réponse ; et lorsque la mort de M. de Chemerault fit vaquer les capitaineries de Civray et de Lusignan, un homme que j'avais à la cour les ayant demandées en mon nom , faute de savoir que je n'eusse pas voulu pour mourir les ôter à ses proches, quand elles m'auraient pu accommoder, on me traita en cette occasion comme on avait fait en la précédente; de sorte que, dans les choses que j'aurais refusées, aussi bien que dans celles que je désirais ,• je reçus des marques certaines de la bonne volonté qu'on avait pour moi. Encore ne crut-on pas que ce fût assez de payer mes derniers services de méconnaissance ». on y voulut ajouter quelque sorte d'affront; et dans le temps que mon affection et mon autorité paraissaient à l'envi dans toute l'étendue de ma charge, je découvris qu'on employait jusqu'à des personnes quasi inconnues pour y avoir l'œil et pour en mander à la cour ce qui leur en semblait. L'âge, l'expérience et la dignité de mon père ne le garantirent pas d'un pareil mépris , et quoique six ans de disgrâce et de bannissement n'eussent pas empêché le cardinal de Richelieu, qui en était cause, de le choisir, en 1636, pour aller commander en Poitou, Saintonge et Angoumois, et de donner ordre à MM. de Brassac et de Parabère de le venir trouver, et de recevoir les siens; quoique cet emploi lui eût assez bien succédé pour offrir au feu roi de lui mener en Picardie douze cents gentilshommes et six mille hommes de pied, et quoique ce prince et son premier ministre eussent dit séparément qu'il n'y avait que lui en France capable de cela, toutes ces choses, dis-je, n'obligèrent pas le cardinal Mazarin à le traiter mieux qu'il ne me traitait, et il eut le déplaisir de se voir dédaigné de celui qu'il croyait son parfait ami, après que le plus cruel de ses ennemis, postposant la haine à l'estime, lui avait confié un si grand

ntérêt , et lui avait donné une si notable occasion de gloire. Avec tout cela il ne me pouvait encore entrer dans l'esprit que le cardinal osât me manquer pour le tabouret, et quand on m'écrivit qu'on parlait de l'accorder à M"« la comtesse de Fleix, j'en écrivis au cardinal comme ne doutant pas qu'il ne me tint parole. Je ne laissai pas néanmoins de le taire souvenir de l'avantage que j'avais sur tous les prétendants, aussi bien que des assurances qu'il m'avait données de le faire valoir , et je ne voulus point que le défaut de sa mémoire servît de prétexte ni de couverture à celui de sa foi. Mais cette circonspection se trouva fort inutile. L'impudence ne fut pas moindre* en ce grand ministre que l'iniquité. Il m'empêcha d'avoir même après un autre ce qu'il m'avait promis que personne n'aurait qu'après moi ; et bien que toutes mes affaires fussent à Paris, il ne me fut pas même permis d'y aller qu'à la charge que je ne parlerai point de celle-là. Je n'avais pas toutefois achevé ma première journée que je ne me vis que trop bien dispensé de celte condition , car j'appris que ce dernier tabouret était suivi de six ou sept autres, et qu'ainsi je ne devais plus espérer de justice, puisque, par la qualité et par le nombre des sujets qu'on m'avait donnés de la demander, on s'était déjà ôté la puissance de me la faire. Aussi ne prétendis-je plus d'autre satisfaction que celle de me faire voir encore à un homme à qui mon abord devait reprocher tant de perfidies, et je n'espérai point qu'il me fît de réparation d'une offense qui ne pouvait plus être réparée, de sorte qu'il n'en demeurât beaucoup de ressentiment. Je me trompai moins en cela que je n'avais fait en la confusion dont je m'imaginai que mon visage couvrirait le sien à notre entrevue, car il ne me parut jamais moins embarrassé, et il me reçut comme si j'avais eu tous les remercîments du monde à lui faire, et que, par un accès de générosité ou de modestie, il ne m'en eût pas voulu donné le loisir. Ce fut un débordement de caresses et de civilités, une cajolerie n'attendait pas l'autre, et tout

doutais s'il ne m'en voulait point disposer par là à me contenter de ce qu'il lui restait à faire pour moi et à croire que, pour être en effet le dernier obligé, je ne laissai pas d'avoir été le premier dans l'intention.

Mais voyant que pas un de ses discoui*s n'aboutissait là, je connus bien qu'il ne tendait qu'à faire passer en de vaines démonstrations de tendresse un entretien qu'il évitait après cela des semaines entières sans qu'il y parût, et qu'il croyait que, cette occasion étant une fois passée, je penserais moimême n'avoir plus de grâce à me plaindre de ce qu'une longue dissimulation semblait déjà avoir approuvé. Cela me lit résoudre à le faire déclarer en quelque façon et à quelque prix que ce fût; et m'imaginant bien que sa confusion me divertirait mieux que sa colère, j'aimai mieux le réduire par mes paroles à demeurer d'accord qu'il ne lui en restait point, que de lui donner un prétexte de me tourner brusquement le dos et me faire croire qu'il n'aurait manqué à me répondre que pour n'avoir pas voulu m'offenser.

Mais que ne peut l'effronterie quand elle est venue jusqu'à Texcès? Il osa me débiter d'abord la grâce qu'on avait faite à tant de personnes pour une chose à laquelle je n'avais aucun intérêt, et qui choquait aussi peu sa promesse que ma prétention, puisque c'était pour ma maison que je demandais ce que les services de M"® de Seneccy avaient obtenu pour la seule personne de madame sa fille, et ce qu'il avait fallu accorder nécessairement à ceux qui avaient des lettres de duché. J'aurais pu répondre à cela qu'il devait s'accorder avec ses gazettes, en ce qui regardait M"'* la comtesse de Fleix, et pour ce qui regardait les autres nous avions eu tout loisir d'apprendre dans notre famille que le tabouret n'est dû de plein droit qu'après que les lettres du duché et pairie ont été vérifiées dans le parlement. Mais attendu que cette faveur avait été faite à des personnes que j'en jugeais extrêmement dignes et pour qui je l'aurais désirée comme

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pour moi-même, je me^ contentai de lui soutenir qu elle ne choquait pas si peu sa promesse ni ma prétention qu'il faisait semblant de se l'imaginer; car sans compter que dans la parole qu'il m'avait donnée il avait formellement dérogé aux explications dont il se servait, ces mêmes explications se trouveraient encore à son désavantage, et c'aurait toujours été une méchante raison pour ne m'accorder pas ce qu'ion avait bien voulu accorder aux autres, que de s'être engagé à me servir en quelque chose de plus que ce que les autres avaient obtenu.

L'évidence et la force de ce raisonnement le mirent en désordre, et ne pouvant déguiser ni confesser une vérité si claire et si contraire à son intention, il essaya de me faire prendre le change, et sans répondre à ce que j'avais dit pour l'établissement de mon droit, il voulut me persuader de ne m'en servir pas. Mais je n'eus pas besoin des lumières que rintérêt fait trouver même aux plus stupides, pour découvrir le faible de cet artifice et des moyens qu'il tenait pour y réussir. Car il ne me proposa rien de plus délicat que de mépriser ce que je n'avais pas obtenu, et ce qu'il fit d'abord pour m'y disposer fut d'exagérer avec son éloquence italienne la gloire de ma naissance, et de me soutenir qu'elle me mettait fort au-dessus de ces choses-là! Enfin on aurait dit» à l'ouïr parler, que c'était un grand avantage à ma femme de n'oser aller ou d'être obligée de se tenir debout en un lieu ou trente autres femmes se trouvaient assises^ et que tout le monde saurait qu'il n'y a point de souverains dans la chrétienté qui ne soient sortis d'une fille de ma maison dès qu'on verrait les filles de ma maison derrière ces demoiselles parmi lesquelles il y en a qui ne le sont même que médiocrement.

De cette persuasion il passa à une autre de la même force, et pour me prouver que je ne devais point m'arrêter à l'heure à ce tabouret, il s'avisa d'une raison digne du principal génie de l'Etat, et qui sérieusement était merveilleuse par

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