‹ Œuvres complètes, précédées d'une étude inéditeChapitre 54 sur 72 · DE M. LE PRINCE DE MARSILLAC · texte numérisé non relu

DE M. LE PRINCE DE MARSILLAC

reffroiiterie qu'il fallait avoir pour oser entreprendre de m'en payer, car il me dit^ et comme un secret et comme un reproche, que ce que je désirais ne pouvait me manquer avec le temps, par la dignité qui était dans notre famille, et il m'en parla de si bon air que je fus sur le point de lui demander s'il venait de faire mon père duc et pair de France, ou s'il avait aidé à rendre les services qui lui avaient fait mériter de Vétre dix ans devant que la France eût ouï seulement le nom de Mazarin. Mais si je ne suivis en cela mon premier mouvement, je ne laissai pas de le lui faire connaître, en sorte qu'il fut obligé de répondre plus précisément et dé me conseiller de parler à la reine.

Or j'entends assez ce langage- là pour ne m'y laisser pas tromper, et pour ne changer pas un homme qui demeurait d'accord de m'avoir promis, à une reine qui était pour moi en possession d'oublier ses promesses. Aussi m'assura-t-il qu'il lui parlerait et qu'il me rendrait réponse dans fort peu de jours. Cependant celle qu'il me fit faire, fut qu'il n'en avait point encore parlé, parce qu'il avait jugé à propos que j'en parlasse moi-même, mais en sa présence, m'assurant qu'il m'en donnerait bien tout le moyen et celui de connaître de quelle façon il me voulait servir. Il s'acquitta fort bien de la dernière partie de sa promesse par le peu de soin qu'il prit de s'acquitter de l'autre, et tout ce qu'il me procura auprès de la reine, fut le commandement d'aller en Poitou aussitôt que la cour eut quitté Paris pour aller à Saint-Germain. Car lui ayant représenté que rien ne me pressait dans mon gouveraement et que j'avais beaucoup d'affaires à la cour, elle me répondit d'abord que je savais bien qu'il n'y avait point d'argent, et sur ce que je repartis qu'on pommait au moins me donner des assignations et me contenter sur des choses d'une autre nature, elle me répliqua d'un ton décisif que ce n'était pas le temps déparier d'affai* res. Ainsi je reconnus véritablement de quelle façon le cardinal me voulait servir, ou pour mieux dire, je tirai de sa mauvaise

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