‹ Œuvres complètes; précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages et accompagnées des notes de Voltaire, Morellet, Fortia, Suaro (volume 2)Chapitre 3 sur 50 · liLOGE · texte numérisé non relu

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Je ne suivrai point Vauvenargues aux champs de Tltalie , dans les rangs de rarniée française , où la supériorité de son esprit et ses qualités modestes ne lui valurent que le respect et l'amitié de ses camarades. Je ne le montrerai pas non plus cherchant la gloire dans de nouveaux dangers , accourant avec le maréchal de Belle-Isle aux plaines de la ** Bohême, et partageant l'honneur de cette retraite triomphante ' , où la valeur française brilla d'un si vif éclat. Guerrier , Vauvenargues n'a pas besoin de nos éloges ; l'éloquence 5 inspirée par l'amitié , a élevé à son courage un monument ^ digne de lui et de ses généreux compagnons d'armes. Ses plus beaux titres sont ceux d'«îci ivain et de moraliste; c'est sous ce double rapport qu'il faut l'examiner. Je me hâte donc d'arriver au moment où Vauvenargues embrassa la nouvelle carrière qui devait le conduire à la célébrité.

Les fatigues de la guerre avaient entière-

' La retraite de Pragiie.

^ YoLTAiRK. Kloge des ojjicicn inovls dans la guerre de 1 7.J i .

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ment délruil sa santé , qui toujours avait été chancelante ; neuf années de service n'avaient été que faiblement récompensées ; le jeune officier résolut de quitter une cari'ière inei'ate , où il n'avait pu trouver même un dédommagement honorable de la mort douloureuse dont elle lui laissait la perspective. L'injustice révolte les cœurs généreux : il y a en eux l'instinct d'un noble orgueil , qui s'indigne des triomphes de l'intrigue , et le sentiment dune dignité morale , qui recule devant les moyens de la bassesse. Vauvenargues, inconnu , sans protection, n'avait pouf recommandation à la faveur , que ses services et son mérite : il fut oublié ; mais sa santé épuisée l'avertissait d'abandonner la carrière des armes ; il voulut embrasser celle des négociations , et sollicita auprès du ministre des affaires étrangères un emploi dans la diplomatie. Des promesses bienveillantes avaient encouragé ses timides espéi'ances ; déjà il se préparait à se rendre digne de la protection d'un ministre ' , qu'avaient intéressé à sa fortune son talent ef ses malheurs, ' .M. Arnelni.

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quand une maladie longue et cruelle vint l'atteindre au sein de sa famille . au milieu de ses nouvelles occupations, et ne lui permit plus que l'espérance d'une mort prochaine , comme le terme de ses maux.

Comment se défendre d'attendrissement, en voyant sur son lit de douleur ce jeune homme encore à la fleur de l'âge , et dont l'existence n a été qu'un tissu d'infortunes et de souffiances ? Qui pourrait refuser à son sort les pleurs de la pitié ? O vous que vos talents appellent dans la carrière des lettres , et dont j'entends les plaintes s'élever contre les obstacles dont elle est semée , contre les peines et les disgiâces dont la gloire est le prix , venez contempler ce philosophe de trente ans ; calme, impassible , la douleur ne lui arrache pas une plainte , un murmure ; une philosophie sublime soutient et affermit sa constance ; sou ame a conservé toute sa force, son esprit toute son acliviîé. L'approche de la mort est l'épreuve la plus terrible d'une conscience coupable ; alors commence pour elle lexpiation des fautes, avec les souvenirs qui l'assiègent . et les remords

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qui la déchirent. Cet instant fatal est , au contraire, le triomphe de l'homme vertueux; ses adieux à la vie sont encore des leçons de courage et de vertu : Vauvenargucs recueille sa pensée et ses souvenirs , et soutenu par 1 espérance d'être utile à la société, il confie au public le fruit de ses études et de son expérience.

L'homme semble en disgrâce ' chez la plupart des écrivains moralistes qui ont précédé Vauvenargucs. Dans tous on remarque une haine presque égale de l'humanité; et pour me servir encore de l'expression de notre jeune philosophe , c'est à qui chargera de plus de vices te genre humain \ Ils se sont écartés du but que se propose la morale. Pour réveiller dans le cœur de l'homme 1 amour de la vertu , pour le rendre au sentiment de sa dignité, il ne suffit pas de lui montrer l'instabilité de sa raison , de l'effrayer par le hideux tableau de ses excès et de ses folies. Aux leçons de l'austère vérité

' VAuvEv.«r.rF.,. 3/r7.r. arg , toin. ii. " 1<^. IbUI.

il faiil mêler les préceptes d'une morale douce et bienveillante , qui apprenne à l'homme qu'il est né pour la vertu , que la nature en a déposé le germe dans son cœur : tel est le premier devoir du moraliste ; et cependant presque tous nos philosophes , loin de se borner à peindre, à juger l'homme, ont été jusqu'à le dénaturer.

A l'aspect des maux de sa patrie , au hiilieu des saturnales sanglantes de la guerre civile , Montaigne gémit et pleure ; il voit le crime triomphant persécuter la vertu , et le fanatisme agiter ses torches funèbres ; les cris des bourreaux et des victimes retentissent à ses oreilles ; quand il cherche l'humanité , l'homme s'offre partout à ses yeux cruel et féroce ; alors il s'écrie , dans son indignation , que la nature a mis dans son cœur un instinct d'inhumanité '. Bientôt entraîné par les conséquences fatales et nécessaires de ce principe, Montaigne fait de la conscience l'ouvrage de la coutume et Tcs-

' Nature a, ce crains ie , aiMcIic à i'iiommc quelque instinct h rinltr.manitc. Essais. l'r\ iN chfip. -XI. B.

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