DE V AU YEN ARGUES
clave des préjugés ' , et renverse ainsi tous les fondements de la morale.
Mais , non moins que Montaigne , il calonmie l'homme et outrage la conscience , ce philosophe * qui ramenant toutes nos actions à l'intérêt, le considère comme le motif de toute notre conduite , admet l'égoïsme conune base de nos qualités , et par cette Uétrissantc erreur détruit toute confiance dans la vertu, et déshérite la vie de toute espérance de bonheur. Avec le triomphe de ce principe cruel et funeste tout tombe eu ruines , nos affections se concentrent en nous-mêmes , les âmes se ressentent et se glacent ; plus de générosité , plus de nobles transports ; la clémence qui pardonne n'est que le mouvement d'une vanité qui insulte, ou de la faiblesse qui n'ose punir ; la bienfaisance , un orgueil qui se paie d'avance de ce qu'il donne , un art de faire de légers sacrifices pour en obtenir de plus grands , la
' Les lois (le la conscience , que nous disons naistre de la nature , naissent de la cous^tunic. Essais, liv. i , cli. xxii. B.
' La liochcfoucauld.
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reconnaissance, une flallerie intéressée d'un cœur ingrat; l'amitié même n'est plus qu'un l'roid calcul , et notre sensibilité qu'une rididule affectation.
On chercherait en vain dans La Bruyère cette philosophie indulgente qui cherche à «onsoler l'homme en lui montrant les ressources qu'il conserve pour la vertu , et relève à ses yeux sa force bien plutôt que sa faiblesse '. Le livre des Caractères semble être la satire de l'humanité : c'est , il est vrai, une satire ingénieuse et fine, où l'on ne rencontre jamais la plaisanterie qui diffame, et le sarcasme qui veut avilir ; mais quoique la morale de La Bruyère soit généreuse et sévère , quoiqu'elle éclaire l'esprit et parle à l'imagination , rarement elle va jusqu'à émouvoir le cœur.
La philosophie de Pascal , tière et sublime, jette dans l'ame la terreur , loin d'y l'aire passer la persuasion. Appuyé sur la religion, et les regards élevés vers le ciel , chassant devant sa verge inexoi'able les passions et
' Vauvenargoes , liéflexinns critiques sur quelques Orateurs , t. i , p. 327.