‹ Œuvres complètes; précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages et accompagnées des notes de Voltaire, Morellet, Fortia, Suaro (volume 2)Chapitre 31 sur 50 · O.S VARIAXTES · texte numérisé non relu

O.S VARIAXTES

aussi par l'erreur de quelque ambition plus secrète , il a consumé ses beaux jours dans l'étude et dans les voyages ; et sa vie , toujours laborieuse , a toujours été agitée. Son goût s'est tourné de bonne heure du côté des grandes affaires et de l'éloquence solide. H est simple dans ses paroles , mais hardi et fort. ]1 parle quelquefois avec une liberté qui ne peut lui nuire, et qui écarte cependant la défiance de l'esprit d'autrui. Il paraît d'ailleurs comme un homme qui ne cherche point à pénétrer les autres , inais qui suit la vivacité de son humeur. Lorsqu'il veut faire parler un homme froid , il le contredit quelquefois pour l'animer ; et si celui- , ci dissimule , sa dissimulation et son silence parlent à Théophile : car il sait quelles sont les choses que l'on cache ; tant il est difficile de lui échapper. Il tourne , il manie un esprit, il le feuilleté, si jose ainsi dire , comme on discute un livre qu'on a sous les yeux , et qu'on ouvre à divers endroits , et cela d'un air si naïf , si peu préparé , si rapide , que ceux qu'il a surpris par ses paroles , se flattent eux-mêmes de lii'e dans ses plas se-

crêtes pensées. Sa simplicité leur impose : son esprit profond ne peut être ainsi mesuré. La force et la droiture de son jugement lui suffisent pour pénétrer les autres hommes ; msis il échappe à leur curiosité sans artifice , par la seule étendue de son génie. Théophile est la preuve que Ihabileté n'est pas- uniquement un art , comme les hommes faux se le figurent. Une forte imagination , un grand sens , une arne éloquente, subjuguent sans effort et sans finesse les esprits les plus défiants; et cette supériorité des grands génies les cache bien plus sûrement que 1g mensonge , ou que la dissimulation , toujours inutiles aux fourbes contre la prudence.

Turnus , ou le Chef de parti.

Turnus est le médiateur de ceux qui par le caractère de leurs sentiments , ou par la disposition de leur fortune , ont besoin d'un milieu qui les rapproche , et qui concilie leurs esprits. Deux hommes qui ne se comprennent point, trouvent tous les deux près

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de lui la juslice qu'ils se refusent et l'estime qui leur est due. Sans sortir de son caractère , il atteint naturellement et sans effort à resj3rit et aux sentiments des autres hommes. Ses insinuations pleines de iorce, Im assujétissent le cœur de ceux que Taulorité de ses emplois a déjà attachés à sa fortune. S il est à l'armée, en voyage , s'il s'arrête un seul jour dans une ville, il s'y fait dans ce peu de temps des créatures. Quelques uns abandonnent leur province dans la seule espérance de le letrouver et d'en être protégés dans la capitale. Ils ne sont point trompés dans leur attente ; Turnus les reçoit parmi ses amis , et il leur lient lieu de patrie. Il ne ressemble point à ceux qui, capables par vanité et par industrie de se faire des créatures , les perdent par légèreté ou par paresse , qui promettent toujours plus qu'ils ne tiennent, et ne retirent de leurs artifices qu'une réputation plus pernicieuse que la vérité. Turnus ' ne cultive les

' Il y a dans le manuscrit deux variantes de ce caractère. La seconde ne diflcrc de celle-ci que dans les phrases qui suivent, et qui termiminent ainsi le caractère : Turnus >>p niltn'e

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hommes que pour satisfaire son génie bienfaisant et accessible , pour jouir de cet ascendant que la nature donne à la bonté sur les cœurs. Il est amoureux de l'empire que Ton peut acquérir parla vertu , ou par les séductions de l'éloquence. Son esprit flexible sait prendre des formes trompeuses ; mais son ame est droite et sincère.

Lentulus , ou le Factieux.

Lentulus se tient renfermé dans le fond d'un vaste édifice qu'il a fait bâtir, et où son ame austère s'occupe en secret de projets ambitieux et téméraires. Là le peuple dit qu'il travaille le jour et la nuit pour tendre

les hommes que pour satisfaire son génie bien- Jaisanl et accessible , pour les dominer par l'esprit, pour les surpasser en vertu, pour jouir de cet ascendant que la nature donne à la brinté sur les cœurs. Il est amoureux de L'empire que Fon peut acquérir par la raison et par les séductions de L'éloquence ; ses paroles sont plus aimables que ses bienfaits mêmes , et sa liante naissance moins considérée que ses qua~ l'ités personnelles.

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des pièges à ses ennemis , pour éblouir les étrangers par des écrits, et amuser les grands par des protnesses. Sa maison quelquefois est pleine de gens inconnus , qui attendent pour lui parler, qui vont et qui viennent. Quelques uns n'y entrent que la nuit et travestis , et on les voit soitir devant l'aurore. Lentulus fait des associations avec des grands qui le haïssent , pour se soutenir contre d'autres grands dont il est craint. Inaccessible aux hommes inutiles, il a des agens parmi le peuple qui ménagent pour lui sa bienveillance : et quand il se montre en public , SCS émissaires , zélés pour sa gloire , excitent les enfants à l'applaudir. Lcnlulus porte jusque dans les armées et dans le tumulte des camps, cette application infatigable qui le cache aux hommes oisifs; et pendant qu'il est obsédé de ses créatures , qu'il donne des ordres , ou qu'il médite des intrigues, le peuple volage des centurions se lasse à sa porte , et laisse échapper des murmures contre un général invisible. On croit qu'il emploie sa retraite à traverser seciètement les entreprises du consul qui

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commande en chef. On dit qu'il fait en sorte que les subsistances n\anquent au quartier général , pendant que tout abonde dans son propre camp. Le consul appuie luimême ces bruits ' injurieux , et toute l'armée

' Lé manuscrit renferme c'galcment deux variantes. Dans la seconde, qui ne diflère qn'en cet eniirolt , le caractère finit ainsi : Il /t'y a point fie bruit que Peni^ie /l'adopte ai'idciitent contre les hommes qui sont nés supérieurs aux autres. S'il arrive alors que les troupes -de la republiqnç reçoivent quelque tchec de l'ennemi , aussitôt les courriers de Lentulns font rclenlir la capitale de ses plaintes contre le consul; le peuple s'assemble dans les places par pelotons, et les créatures de Lentulus ont grand soin de Vue des lettres par lesquelles il paraît qu'il a sauve l'armce d'une entière défaite; toutes les gazettes répètent les nièuies bruits, et le consul est obligé de se défendre par des manifestes. Ceux qui sawenl la vcrilc , et qui ■iieiont point entraînés par des motifs particuliers , rendent cette justice h l.entuUis , qu''en oi^issant quel(\aefftis contre ses ennemis personnels , son ame, attachée a sa gloire, a toujours respecté CElat. Mais Vambilion, la hauteur, el plus que tout cela , les grands talents, révoltent ai-

se partage entre ses deux chefs désunis. S'H arrive alors que les troupes de la république reçoivent quelque échec de Tcnneini , aussitôt les courriers de Lctilidus font letentir la capitale de ses plaintes contre le consul ; le peuple s'assemble dans les places par pelotons, et les créatures de Lenlulus ont grand soin do lire des lettres, par lesquelles il paraît qu'il a sauvé l'année d'une entière délaite ; toutes les gazettes répètent les mêmes bruits , et le consul est obligé de se défendre par des manifestes. Le sénat ne peut prononcer entre deux si grands capitaines. 11 dissimule les mauvais offices qu'ils veulent se rendre , afin de les forcer par la douceur à servir à l'enVi la républi([ue. Leurs talents lui sont plus utiles que leur jalousie n est nuisible. C est cette ambition des giands hommes qui iait la grandeur des Etats.

sèment la mitllilnrle ; le sniipcnn et la colomnie suivent le niérilc cclaianl, et le peuple cherche des crimes h ceux qu'il estime assez courageux pour les entreprendre , et assez habites pour les cacher.

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Clazomène , ou la Vertu malheureuse.

Clazonièiae a fait lexpcrience de toutes les misères de l'huinanilé. Les maladies lont assiège dès son enfance , et l'ont sevré dans la fleur de son âge de tous les plaisirs. Né pour des chagiins plus seciels , il a eu de la hauteur et de I ambilicn dans la pauvielé ; il s'est vu niéconnu dans ses disgrâces de ceux qu'il aimait ; linjure a flétri sa vertu , et il a été offensé de ceux dont il ne pouvait prendre de vengeance. Ses talents , son travail continuel , son atlacliement pour ses amis, n'ont pu fléchir la dureté de sa forlune ; sa sagesse même n'a pu le garantir de commettre des fautes irréparables. 11 a souffert le mal qu'il ne méritait pas , et cehii que son imprudence lui a attiré. La mort l'a surpris au milieu d'une si pénible carrière , dans le plus grand désordre de sa fortune. Il a eu le regret de quitter ta vie sans laisser assez, de bien pour payer ses dettes . et n'a pu sauver sa vertu de cette tache. Le hasard se joue du travail et de la sagesse des

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