‹ Œuvres complètes; précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages et accompagnées des notes de Voltaire, Morellet, Fortia, Suaro (volume 2)Chapitre 37 sur 50 · ÏT SI A XI M ES. 30I · texte numérisé non relu

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les borne ; Topulcnce multiplie nos besoins , mais elle aide à les satisfaire. Si on est à sa place , on est heureux.

Il y a des hommes qui vivent heureux sans le savoir.

426. On obhge les jeunes gens à user de leurs biens comme s'il était sûr qu'ils dussent vieillir, quoique le contraire soit plus

apparent.

427. A mesure que l'âge multiplie les besoins de la nature, il resserre ceux de l'imagination '.

80. On tire peu de service des vieillai'ds , parce que la plupart, occupés de vivre et

' Cette pensée est la même <jnc la maxime 427, t. IT , p. Ii4- Nous la répétons parce que, sur Fautorilé de M. Suard, de M. de Forlia et des autres éditeurs , nous avons imprimé il réserve , ot tpic M. Suard a même fait une note sur remploi de ce mot. On lit dans le manuscrit il resserre, expression aussi juste que claire. B.

3o?. REFLEXIONS

d'amasser , sont désintéressés sur tout le reste.

Qu'importe à un homme ambitieux qui a manqué sa fortune sans retour , de mourir plus pauvre ?

Les passions des hommes sont autant de chemins ouverts pour aller à eux.

Le plus vaste de tous les projets est celui de former un parti.

gi. Il est quelquefois plus facile à un grand homme de former wa. parti que de venir par degrés à la tête d'un parti formé.

92. Il n'y a point de parti si aisé à détruire que celui que la prudence seule a formé. Les caprices les moins réguliers de la nature ne sont pas aussi fragiles que les chefs-d'œuvre de l'art.

ET MAXI3IES. 3o3

Si nous voulons tromper les hommes sur nos intérêts , ne les trompons pas sur les leurs.

lôg.

Il y a des hommes qu'il ne faut pas laisser refroidir.

* Les auteurs médiocres ont plus d'admirateurs que d'envieux.

* Il n"y a point d'auteur si ridicule que quelqu'un n'ait traité d'homme excellent.

On fait mal sa cour aux économes par

des présents.

Nous voulons faiblement le bien de ceux que nous n'assistons que de nos conseils. La générosité donne moins de conseils que de secours.

i45- La , philosophie est une >ieiile mode

3o4 tîÉ FLEXION s

que certaines gens affectent encore , comme d'autres portcn t des bas rouges pour morgucr le public.

La vérité n'est pas si usée que le langage ; car il appartient à moins de gens de la manier.

112. On dit peu de choses solides lorsqu'on veut toujours en dire d'extraordinaires.

1 10. Nous nous flattons sottement de persuader aux autres ce que nous ne croyons pas nous-mêmes.

i49- 452. Les uns naissent pour inventer, et les autres pour embellir ; mais le doreur attire plus les regards que rarchitecte.

Les traits hardis en tout genre ne s'offrent pas à un esprit tendu et fatigue.

Rien ne dure que la vérité.

ET MAXIMES. 3o5

* Nous n'avons pas assez de temps pour réfléchir toutes nos actions.

* La gloire serait la plus vive de nos passions sans son incertitude.

i54- La gloire remplit le monde de vertus , et , comme un soleil bienfaisant , elle couvre toute la terre de fleurs et de fruits. i55.

Il arrive souvent qu'on nous estime à proportion que nous nous estimons nousmêmes.

La fatuité égale la roture aux meilleurs noms.

Nous ne passons les peuples, qu'on nomme barbares , ni en courage , ni en humanité , ni en santé , ai eu plaisirs ; et , nétant ainsi ni plus vertueux , ni plus heureux , nous ne laissons pas de nous croire bien plus sages.

3o6 nÉFLEXIONS

5oi2. Les lois, qui sont la plus belle invention de la raison , n'ont pu rendre les peuples plus tranquilles et plus polis sans diminuer leur liberté.

5oi. Tandis qu'une grande partie de la nation languit dans la pauvreté , l'opprobre et le travail , l'autre , qui abonde en honneurs , en commodités , en plaisirs , ne se lasse pas d'admirer le pouvoir de la politique qui fait fleurir les arts et le commerce , et rend les Etats redoutables.

Faut-il s'applaudir de la politique , si son plus grand effort est de faire quelques heureux au prix du repos de tant d'hommes? Et quelle est la sagesse si vantée de ces lois , qui laissent tant de maux inévitables et procurent si peu de bien ?

3o2. Les plus grands ouvrages de l'esprit humain sont très-assurément les moins parfaits.

Si l'on découvrait le secret de proscrire à jamais la guerre , de multiplier le genre humain , et d'assurer à tous les hommes de quoi subsister, combien nos meilleures lois paraîtraient-elles ignorantes et barbares ?

* Nous sommes tellement occupés de nous et de nos semblables , que nous ne f'aisous pas la moindre attention à tout le reste , quoique sous nos yeux et autour de nous.

Les grands ne connaissent pas le peuple , et nont aucune envie de le connaître.

187. Entre rois , entre peuples , entre particuliers , le plus j'oit se donne des droits sur le plus faible ; et la même règle est suivie par les animaux , par la matière , par les éléments , etc. , de sorte que tout s'exécute dans l'univers par violence ; et cet ordre que nous blâmons avec quelque apparence de justice , est la loi la plus générale , la plus

.loB HÉFLEXIONS

nbsoluc , In plus ancienne , et la plus immuable (le la nature.

Il n'y a point de violence ni d'usurpation ([ui ne s'autorise de quelque loi.

Quand il ne se ferait aucun traite entre les princes , je doute qu'il se fît plus d'injustices.

Ce que nous honorons du nom de paix n'est proprement qu'une courte trêve , par laquelle le plus faible renonce à ses prétentions , justes ou injustes , jusqu'à ce qu'il trouve l'occasion de les faire valoir à main armée.

56o. L'équilibre que les souverains tâchent de maintenir dans l'Europe , les oblige à n'être pas plus injustes que leurs sujets , et ne fait , en quelque manière , qu'une république de tant de royaumes'.

' On trouvera cette pensée mieux développée dans un ouviap;e de M. de Voltaire , où je l'ai {iiisc. ( Nnlc de Vautcur. )

ET MAXIMES. SoQ

Quand ou ne regarderait Thistoire ancienne que comme un roman , elle mériterait encore d'être respectée comme une peinture charmante des plus belles mœurs dont les hommes puissent jamais être capables.

N'est-il pas impertinent que nous regardions comme une vanité ridicule ce même amour de la vertu et de la gloire que nous admirons dans les Grecs et les Romains , hommes comme nous , et moins éclairés?

5ii. Notre vie ressemble à un jeu où toutes les finesses sont permises pour usurper le bien d'autrui à nos périls et fortune , et où l'heureux dépouille , en tout honneur, le plus malheureux ou le moins habile.

Il est quelquefois plus diDScile de gouverner un seul homme qu'un grand peuple.

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