‹ Œuvres complètes; précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages et accompagnées des notes de Voltaire, Morellet, Fortia, Suaro (volume 2)Chapitre 38 sur 50 · La nature n'ayant pas égalé les hom · texte numérisé non relu

La nature n'ayant pas égalé les hom

mes par le mérite , il semble qu'elle n'a ui pu ni dii les égaler par la fortune.

L'énorme différence que nous remarquons entre les sauvages et nous, ne consiste qu'en ce que nous sommes un peu moins ignorants.

Qu'il y a peu de pensées exactes ! et combien il en reste encore aux esprits justes à développer !

Nous sommes bien plus appliqués à noter les contradictions souvent imaginaires et les autres fautes d'un auteur , qu'à profiter de ses vues , vraies ou fausses.

Ceux qui gouvernent les hommes ont un grand avantage sur ceux qui les instruisent ; car ils ne sont obligés de rendre compte ni de tout , ni à tous ; et si on les blâme au hasard de beaucoup de conduites qu'on ignore , ou les loue peut-être de bien des fiottises.

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Plusieurs ai'cbitectes fameux ayant été employés successivement à élever un temple magnifique , et chacun d'eux ayant travaillé selon son goût et son génie , sans avoir concerté ensemble leur dessein , un jeune homme a jeté les yeux sur ce somptueux édifice, et moins touché de ses beautés irrégulières que de ses défauts , il s"est cru long-temps plus habile que tous ces grands maîtres, jusqu'à ce qu'ayant enfin été chargé lui-même de faire une chapelle dans le temple , il est tombé dans de plus grands défauts que ceux qu'il avait si bien saisis , et n'a pu atteindre au mérite des moindres beautés.

L'indifierence où nous sommes de la vérité ue vient que de ce que nous sommes décidés à suivre bos passions , quoi qu'il en puisse être ; et c'est là ce qui fait que nous n'hésitons pas dans la pratique malgré l'incertitude de notre créance.

Un auteur n'est jamais si faible que lorsqu'il traite faiblement les grands sujets.

OJ7. REFLEXIONS

Rien de grand ne comporte la médiocrité.

Les Empires élevés ou lenversés , l'énorme puissance de quelques peuples et la chute de quelques autres , ne sont que les caprices et les jeux de la nature. Ses efforts et , si on Tose dire , ses chefs-d'œuvre sont ce petit nombre de génies qui , de loin en loin, montrés à la terre pour l'éclairer , et souvent négligés pendant leur vie , augmentent d'âge en âge de l'éputation après leur mort , et tiennent plus de place dans le souvenir des hommes que les royaumes qui les ont vu naître , et qui leur disputaient uh peu d'estime.

Il y a des hommes qui veulent qu'un auteur fixe leurs opinions et lem's sentiments , et d'autres qui n'admirent un ouvrage qu'autant qu'il renverse toutes leurs idées , et ne leur laisse aucun principe d'assuré.

Il n'appartient qu aux âmes fortes et pé-

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nétranles de faire de la vérité le principal objet de leurs passions.

Nous ce renonçons pas aux biens que nous nous sentons capables d'acquérir.

La force ou la faiblesse de notre créance dépend plus de notre ame que de notre esprit.

L'expérience que nous avons des bornes de notre raison, ouvre notre esprit aux soupçons et aux fantômes de la peur.

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