‹ Œuvres complètes; précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages et accompagnées des notes de Voltaire, Morellet, Fortia, Suaro (volume 2)Chapitre 41 sur 50 · Le faible s'applaudit lui-même de sa · texte numérisé non relu

Le faible s'applaudit lui-même de sa

modération ; qui ucsl que paresse et vanité.

Les siècles savants ne l'eniporlent guère sur les autres, qu'en ce que leurs erreurs sont plus utiles.

Les simplicités nous délassent des grandes spéculations.

Le plus ou le moins d'esprit est peu de chose , et ce peu fait pourtant la force , la grâce et la perfection des intelligences ou tout au contraire , comme la disposition de quelques uns de nos organes fait la santé ou la maladie , la diflformité ou la beauté du corps, objets importants pour les hommes , quoique petits à leurs propres yeux.

242- Quelque vanité qu'on nous reproche, nous avons besoin quelquefois qu'on nous assure de notre mérite , et qu'on nous prouve nos avantages les plus manifestes.

Le dusir de la gloire prouve également cl la présomption et Tincertitu ic où nous sommes de notre mérite.

338 RKVLEXIONS KT MAXIMES.

■2C)5- Nous aiîibitiolluerions inoins l'cstimo îles hommes , si nous étions plus sûrs d'en être (lignes.

aSg. Le sot s'assoupit et fait diète ' en

bonne compagnie , comme un honunc que

la curiosité a tiré de son clément et qui ne

peut ni respirer ni vivre dans un air subtil.

* Il est aisé de critiquer un ouvrage ; mais il est difficile de l'apprécier.

53 1.* Osons l'avouer , la raison fait des philosophes , la gloire fait des héros ; la seule vertu fait des sages.

' Cette maxime a c'tc imprirace dans le second volume sous le 11". aSg. On y lit : -^e sot s'assoupit et fait la sieste , etc. C'est proliahlcmeut une faute. Les expressions du manuscrit sont fait diète : expressions qui offrent un sens trèsprécis; c'cst-h-dire , la nourriture du génie nu peut dire a Piisage du snt. B.

ELOGE

ELOGE

RiE.y ne caractérise un mauvais règne comme la flatterie portée à l'excès , et je n'ai jamais lu la vie de Louis xiv, sans être étonné qu'un si grand roi ait été loué comme un tyran. Ilii'y a point de louanges qu'on n'ait employées et en quelque sorte épuisées pour flatter son ame ambitieuse ; et après cet emportement qui ne fait que farder sa gloire , il semble qu'il ne soit resté que le silence aux vertus de son successeur ; mais un silence si respectueux marquera peut -cire niieux la force de son caractère supérieur à l'adulation, que les plus pompeuses paroles. Oui , j'ose dire que les louanges les plus recherchées seraient moins assorties au caractère de ses sentiments ; il fallait que sa modestie incorruptible reçut ce témoignage singulier, et ce nouvel humuiage attendait .sa vertu.

Toulcfois je lie dois pas craindre , dans robsciiritc qui me cache , «répanclicr mon cœur sur sa vie , et ma faible voix de si loin n'offensera pas son oreille. Grand roi, permettez-moi , du moins , d'adinircr celte modestie qui mérite à si juste titre les louanges qu'elle refuse, cette haute modération qui. ne s'est jamais démentie , cette inépuisable sagesse... Je n'entreprendrai pas de marquer tous les dons que le ciel a versés sur vous ; détourné d'un travail si noble par d'autres devoirs , je laisse à des mains plus savantes ce vaste sujet.

Un roi révéré de ses peuples , prolecteur sévère des lois et de l'innocence opprimée , montra , dans un siècle barbare , la mcnic sagesse sur le inême trône. Aidé d'un ministre fidèle , partageant avec lui les soins de son État et l'amour de la paix , et l'ardeur du travail, et le zèle du bien public , son règne semble avoir été le glorieux modèle du vôtre. Mais ni ce sage roi n'était né sur le trône , ni son heureux ministre , élevé de bonne heure à cet éminent caractère, n a eu la destinée du vôtre. Il était réservé à ce

nK i.ouis XV. 04Cf

siècle de voir un roi ne dans la pourpre , rassemblant dans une jeunesse si exposée à la séduction , avec toutes les qualités du trône , les vertus d'un particulier , et un particulier blanchi dans les conditions ordinaires possédant les talents d'un roi dans la plus exti'tine vieillesse. Pardonnez-moi , Louis , de mêler vos louanges à celles d'un sujet honoré par vous-même d'une si constante aficcliou et d'une si pleine confiance. Vous avez fait paraître aux yeux de l'univers ce que d'autres ont déjà dit : que la sagesse sait rapprocher sans effort toutes les conditions et tous les âges , et que le cœur d'un jeune et magnanime prince ne peut être fixé que par les avantages et les grâces de la vertu. Vous l'aviez rencontrée dans ce sage vieillard avec ses immortels attraits, et vos mains royales décoraient de tous les dons de la fortune sa vie défaillante. Maintenant ce puissant génie veille dans le sein de la mort sur les destinées de l'Etat , et ses mânes , |)leins des désordres et des troubles de l'univers , se conseillent dans le silence et l'obscurité du tombeau. N'aj)préheiKlcz rien ,

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ombre illustre , du cours inconstant des affaires ; quoi que Li fortune entreprenne , votre place est marquée chez la postérité , et vous aurez le sort de ces deux grands ministres ' accusés en mourant par la haine publique et depuis toujours admirés. La gloire du roi votre maître vous assure celte haute et immortelle destinée. Que ne pouvez-vous du cercueil , afifranchi des lois de la mort , lui rendre à lui-même témoignage. Oh ! si vous étiez à ma place , que n'aurions-nous pas lieu d'attendre? Vous avez été le témoin des prodiges de son enfance. Quel prince fut jamais dans la force de l'âge , ou plus ferme ou plus juste , ou plus impénétrable ou plus attaché aux devoirs et aux bienséances du trône ? Quel céda janiais moins à Timportunité et aux cabales , ou même à ses propres penchants ? Vous diriez qu'il n'est pas le maître de ses grâces : la raison dispose de tout ; et cette foule d'hommes inutiles , mais avides , qui assiègent éternellement les princes faibles , s'éloigne de lui. Louis XIV s'était piqué d'avoir une cour ma- ' l'ticlu'lic'ii , Maz;ain.

n F.. L ouïs XV. 345

guifique, et la gloire dii roi sera d'en avoir banni rintérct. C'est à vous , messieurs, de le dire , vous qui avez Ihonneur de l'approcher , vous que sa seule familiarité attache si tendrement à lui , et qui n'ayant encore que de la vertu , voyez sans regret toutes ses grâces consacrées aux services. Vous savez qu'il a des amis sans avoir des favoris, que l'on n'aime en lui que lui-même, et qu'il jouit sur le trône des douceurs de toutes les conditions parce qu'il en a les vertus. 0 rare merveille ! un monarque qui inspire sa moilcralion à tant d'hommes qui l'environnent, et à ce qu'il y a de plus cher ! Qu'il est aimable d'être encore sur le trône homme comme nous, et qu'il est admirable de savoir être homiue sans cesser pourtant d'être roi!

Peuples, je pourrais vous parler de la prospérité de tant d'années coulées dans le repos et l'abondance par ses soins ; mais louché d'une autre pensée dans l'état présent des affaires , et après avoir vu moi-même vos |ilus justes espérances rcnvcisécs , vos conquêtes abandonnées . la gloire do notre na-

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lion flétrie , et la mort irritée , au milieu do nos camps , menaçant nos armées d'une entière ruine; dans le deuil de tant de familles et Taccablement des impôts, suite déplorable de la guerre , je ne vous ferai pas un tableau fastueux de nos avanlag"es passés , les dettes acquittées , les services payés , l'ordre rétabli sans violence , un Etat fameux dans TEurope , l'ancien héritage de notre ennemi, réuni après tant de siècles et par un traité solennel , fruits de deux glorieuses campagnes , au trône dont il émanait ; et pour dire tout en un mot , la France dans un tel degié de réputation et de puissance , qu'à cet événement fatal , le triste signal de la guerre qui désole tant de royaumes , nous avons vu le roi porter ses armes redoutées jusqu'à l'orient de l'Europe , disposer de l'Empire et du sceptre de Bohème , sans qu'aucune nation ait osé ouvertement se déclarer, sans qu'aucune encore , aujourd'hui qu'il a rappelé ses armées , puisse se rasseoir dans ses craintes. Hélas ! c'était la ]iaix qui nous avail donné la plupart de ces avantages , la pai,\ qui faisait fleurir toutes les vertus civiles et

ijMi laissait éteindre tovis les grands talents, Il sagesse, la prospérité, l'autorité <lu roi ]iaraissant les rendre inutiles ; la paix , disjc, qui nous reproche et réncrvement des courages et la corruption des esprits , et que pour ces raisons je ne veux plus louer. Mais nous devons du moins cette justice au roi , que si le succès de la guerre n'est pas tel qu'on pouvait l'attendre , le seul intérêt de l'Etat et la seule équité l'ont porté à l'en- Ircprendre. Jamais une injuste ambition n'a l'ait le malheur de ses peuples ;, non , jamais l'ambition n'a vaincu sa grande arae. Tout l'univers le sait : tant qu'il a pu tenir la concorde parmi les princes, il l'a fait au prix même, si je l'ose dire, de sa propre gloire. Vous n'avez pas toujours recherché cet éloge , grand roi qui l'avez précédé ! Votre courage altier , ennemi du repos , vous a quelquefois emporté. Qui osera blâmer vos erreurs ? Vous n'aviez pas les grands exemples que vous avez laissés au roi instruit par vos expériences et par vos dernières paroles : les tristes suites de l'ostentîition et de la gloire n'avaient pas paru à vos yeux. Si vous

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fussiez né dans les mêmes circonstances , o magnanime héros , sans doute vous auriez régné par les mêmes piincipes et avec les mêmes vertus !

Toutefois qui peut s'assurer de ce qui se passe dans le cœur des jois et de ce qui détermine leurs volontés. Un ordre , supérieur à leur puissance , dispose à une fin impénétrable toutes leurs pensées , et conduit par leurs mains obéissantes le sort des Empires. De là ces secrètes misères causées par l'ainbition de Louis xiv , au milieu de Téclat de ses victoires ; de là le courage du roi éprouvé par quelques disgrâces après une si longue et si surprenante tranquillité ; de là nos ennemis , tout près d'être accablés , soutenus contre l'attente de tout l'univers par une si puissante protection.

0 peuples! ne nous plaignons plus d'un revers de peu de durée. Le venin contagieux et redoutable de la maladie ne travaille plus nos armées ; la mort a cessé ses ravages ; les tombeaux sont fermés ; de nouveaux défenseurs se rassemblent sous nos drapeaux. La mollesse avait énervé dans le cours d'une

longue paix le courage de la nation , les plaisirs l'avaient corrompue , la gloire l'avait enivrée, et l'adversité pouvait seule réveiller l'ancienne vertu. Regardez comme en un moment l'insolence de l'ennemi nous a fait partout des soldats ! A peine il menace en son camp , l'humble laboureur prend les armes , le peuple abandonne ses bourgs , une redoutable jeunesse marche fièrement sur le Rhin. O ileuvc ! un carnage ' subit a vengé vos bords des rapines et des attentats du Croate. Ainsi puissent tous ces brigands, qui s'étaient jiromis nos dépouilles , trouver leur tombeau sous vos ondes. Et vous, prince, l'objet de ce discours , puissiez-vous toujours triompher des complots de vos ennemis ; puissicz-vous tourner à leur honte leur rage impuissante ! Trop faible pour continuer l'éloge de vos vertus , je m'arrête à l'aire ces vœux pour la gloire , pour le bonheur et pour le repos de vos peuples.

' Aclion clc Clialampc.

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O peuples ! cessons de nous plaindre d'un revers de peu de durée. Le Dieu des armées, satisfait , a déjà détoui'né de nous le nuage de sa colère : une fièvre aiguë et mortelle ne lavage plus nos légions ; la santé renaît dans nos camps.

Notre inexorable ennemi avait établi suinos pertes un espoir rempli d'arrogance, et suivait d'un œil homicide les traces effrayantes que la mort laissait parmi nous ; son ressentiment l'aveuglait. Louis , offensé dans son trône, a frappé la terre du sceptre, et soudain du fond des hameaux , séjour humble du laboureur , un peuple intrépide a marché. Le berger s'est armé de fer , le pauvre a quitté sa moisson , et le père et le fils , et le frère et l'époux ont volé sur le bord du fleuve , le rempart de leurs cliamps féconds. 0 terre martiale ! ô cabanes ! ô peuple vraiment redoutable ! vaillante mi-

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lice ! jurons sur ce bord , fatal aux brigands qui s'étaient promis nos dépouilles, de venger

la mort de nos frères ! promettons O

mânes puissants ! entendez ce serment terrible : nous jurons de tremper nos mains dans le sang de vos ennemis. Soufflez dans nos cœurs votre audace et votre courage intrépide , combattez cachés dans nos rangs ; si quelqu'un de nous vous trahit , qu'une mort soudaine l'accable. Et vous dont la cendre repose sous les marbres de St.-Denis, Ibrlunés guerriers que la gloire suit dans les horreurs du tombeau : hélas ! vous dormez dans la nuit de vos solitaires asiles ; un rayon de votre génie confondait tous nos ennemis. Secondez du sein de la mort l'héritier sacre de vos maîtres , veillez dans la nuit sur ses camps ; faites-y veiller la sagesse avec la valeur éclairée , et portez le sommeil , la terreur , l imprudence dans les lentes de l'ennemi. Que tout tombe , que tout fléchisse au seul bruit du nom de Louis ! Qu'il puisse redonner la loi et la paix à la terre entière! Trop faible pour continuer cet éloge de sa vertu , je forme ces vœux pour sa gloire.

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