LETTRE VII
Ce samedi , mai 1 "^/[tj.
Je ne sais où trouver M. de Marmontel el son Pilade ; mais je m'adresse au héros de l'amitié pour faire passer jusqu'à eux le chagrin que me cause la petite Iribulation arrivée à leurs feuilles , et rcmpresscmcnt qui; j'aurai à les servir. Les recherches qu'on a faites par ordre de la Cour chez tous les li-
' f^oycz la réponse de Vaiivenaigues sous 1 1 date de mai 1746, t. 11, p. 38f). B.
v'îHo LETTRES.
braiics , ;iu sujet du libelle de Roy ' , soiil
cause de ce mallieur. On cherchait des poi-
' Le lil)elle que Vollaire a attrilme à Ko), et pour lequel on fit des leclieiches cl)e/. les liiii aires , est le Discours prononcé h la porte de f Académie Française par M. le Directeur h M.**'*', in-4". de liuit pages.
Ce poète Roy ( Pierre-Charles ) , ne à Paris en i683, mort le 23 octobre i^GS, est auteur d'une tragédie de CalUrlioéj, d'un grand nombre d'ope'ras et de ballets , et d'une satire contre l'Acadc'mie Française intitule'e le Coche. Il n'est guère coimu aujourd'hui que par une épigranime ilans le second vers de laquelle on a laissé jusqu'à présent une faute qui sera corrigée ici ; nous soulignerons le mot. Cette épigramme est la lxxmx"^. dans le t. xii des œuvres de Voltaire iuipriiuée.-cn i8ig. Paris A. A. Rcnouard. La voici :
Connaissez-vous certain riraeur oliscur, Sec et guindé, souvent froid, toujours dur. Ayant la rage et non l'art de me'dire , Qui ne peut plaire, et peut cccor moins nuire Pour ses méfaits dans la geôle encagc , A Saint-Lazare après ce fustigé; Chassé, hattu, délesté pour ses crimes , Honni, berné, conspué pour ses rimes, Cocu, content, parlant toujours de soi?
Chacun s'écrie : .• Eh; c'est le poète Roy ! 15.
sons et on a saisi de bons remèdes. Voilà le train de ce monde. Ce misérable Roy n'est né que pour faire du mal ; mais je me flatte que cette aventure pourra servir à faire discerner ceux qui méritent la protection du gouvernement, de ceux qui méritent l'indignation du gouvernement et du public. C'est à quoi je vais travailler avec plus de chaleur qu'à mon discours à l'Académie. J'embrasse tendrement celui dont je voudrais avoir les pensées et le style , et dont j'ai les sentiments , et je prie le plus aimable des hommes de m'ainier un peu.
Voltaire.