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ces ministres. J 'en ai les minutes, chargées en marge (les observations du ministre de la guerre et d'un chef de bureau , à Tencre et au crayon. Lecointre , je vous les remettrai ; elles sont dans mon portefeuille. C'est avec ce portefeuille-là , qui renferme toutes mes preuves, que je veux vous corrompre et vous acheter , vous et la convention , afin qu'un grand feuilliste , que vous connaissez tous , ait encore une fois raison !
L'on proposa M. de Maulde, en qualité de maréchal de camp instruit , pour faire la réception des armes a Tervére ; lui qui était chargé d'en acheter tant d'autres! Je l'acceptai avec plaisir, quoique je ne le comiusse que sur sa réputation d'habile homme.
Et quant à la question de l'intérêt commercialindustriel de mes fonds , dont on me privait , elle avait été, me dit-on, bien débattue aux comités. Enfin, puisque vous refusez, par déférence à leur avis , de vous expliquer là-dessus , l'oii vous propose, me dit un des ministres , tm intérêt de quinze pour cent ; répondez net ■• ["acceptez-vous?
— Messieurs, leur dis-je, si c'est comme dédommagement du sacrifice d'argent que je fais à la France en vous laissant mes armes au premier prix que je les ai vendues , quand j'en pourrais toucher un bien plus fort, je 7ie l'accepte pas , parce qu'il n'y a nulle proportion entre le sacrifice et le dédommagement offert , et que je ne mets point à prix tout ce que mon civisme exige. Si c'est comme intérêt co7)imercial de mes fonds que vous retenez malgré moi, sajis que je devine pourquoi ., vous m'obligerez beaucoup plus de me payer , messieurs, en recevant ma livraison , et de garder votre intérêt, qui n'est qu'une ruine pour moi. L'on ne fait rien qu'avec des capitaux ; les intérêts sont bons pour les oisifs.
Pour n'être remboursé qu'à la fin de la guerre , je n'en puis accepter non plus , si vous ne me mettez à même, en me remettant quelques fonds, de suivre des objets majeurs que j'ai entamés malgré moi. Ou plutôt permettez que mon payement tienne lieu de l'intérêt que vous m'offrez comme un dé- «iommagement : car aucun emprunt que j'aie fait pour cette malheureuse afîaire ne m'a coûté, tous frais payés , un intérêt plus médiocre que celui que vous proposez pour me garder mes fonds un temps illimité. Une semblable perte ne saurait s'apprécier ; mterrogez tout le commerce.
U. Fauchel, de l'artillerie, qui nous servait comme de rapporteur, prit la parole, et dit que si j'acceptais l'intérêt qu'on m'offrait , au lieu du capital que l'on voulait garder , on me payerait cent mille florins comptant eu déduction du prix des armes , pourvu que j'acceptasse des mandats à plusieurs é|)0(|uos.
Après quelques débats je me rendis avec regret. Les blancs de l'acte furent remplis , et nous nous retirâmes pour qu'on en fit quatre expéditions semblables : une pour le département de la guerre, l'autre pour celui des aff ailles étrangères , la troisième pour le dépôt des trois comités réunis, et la quatrième pour moi.
Le lendemain au soir, nous nous rassemblâmes à l'hôtel de la guerre, les ministres, MM. Vauchel, de la Hogue et moi, pour terminer.
Tels furent , Lecoiîifre , les détails de cette négociation. Avais-je beaucoup influé sur tout ce qu'on venait de faire, contrariant en tout mes vues , me laissant pour tout avantage l'honneur des sacrifices que j'avais consommés? ^vec cette authenticité, si les ministres étaient coupables , \\ idi\xi pourtant prononcer net que les trois comités n^ étaient guère plus innocents.
Voilà donc le traité conclu après de longues discussions. Vous allez voir, ô citoyens, de quels moyens on s'est servi pour en éluder toutes les clauses , et me plonger dans de pires embarras que ceux dont j'avais tant souffert.
Après lecture faite du traité, à l'instant qu'on ajlait signer , M. Vauchel ( im des plus puissants objecteurs que j'aie rencontrés de ma s\e) s'avisa que si mon notaire, ayant quelque besoin d'une aussi forte somme, s'avisait, lui, de l'emporter, il s'agissait de décider qui de la nation ou de moi en supporterait le dommage.
Je sentis que cette objection pouvait nous faire user vm mois en vains débats, au grand dommage de l'affaire. Je tranchai la difficulté en disant à M. Vauchel que personne ne le supporterait , parce qu'au lieu de déposer les florins que nous n'avions pas, ni même des assignats au cours du change pour florins, on prendrait, en présence des ministres, de bormes lettres de change pour la somme , au plus fort (comme dans les lois anglaises); puis passées à mon ordre et déposées ainsi chez le notaire, traites, comme on le voit, dont il ne pourrait abuser; et qu'à leur échéance on les renouvellerait, sous les mêmes formalités, jusqu'au terme du payement, à quelque époque qu'il pût se prolonger ; qu'on réglerait alors les différences en plus, en moins. Je courais , comme on le voit , au-devant de tous les obstacles.
Cela parut raisonnable à tout le monde. Enfin M. Vauchel , se voyant si pressé , se tourne vers les deux n)inistres : — Il faut bien dire à M. Beaumarchais le vrai motif de la difficulté. Le département de la guerre n'est pas assez en fonds pour se dessaisir si longtemps d'une aussi forte somme avant de la payer.
Par quel renversement d'idées, répondis-je comme un éclair, voulez-vous me soumettre, moi, à vous
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laisser mes fonds, au hasard de la malveillance et d'une longue nullité , quand le gouvernement français ne se croit pas assez riche pour l'oser ? Messieurs, ceci rompt court. Permettez que je me retire.
Je m'en allais. Vauchel m'arrêta , disant que je prenais le change sur l'intention qui l'avait fait parler; qu'on ne prétendait point l'arracher de moi par violence, puisque le dépôt de la somme était réglé avec les comités; mais qu'après avoir fait tant d'honorables sacrifices , une marque de confiance dans le gouvernement français ne devait pas m'en sembler im; qu'on ne voulait point me tromper; qu'on m'en saurait le plus grand gré ; que pour mieux m'y déterminer, au lieu de cent m?7/ey?o/7H5 que j'allais toucher tout à l'heure, si, pour faire aller mes affaires, j'en voulais toucher deux cent mille , on me les donnerait, pourvu que je consentisse que les ordonnances fussent à poste , aux dates dont ou conviendrait, ce qui diminuerait d'autant ce^ i/t^eV^/ commercial c^m paraissait me contrarier. La tête me brûlait! Je me promenais sans rien dire dans le cabinet du ministre, où l'on entrait à tout moment : je cherchais vainement le mot de cette énigme. J'étais horriblement troublé.
Était-ce un piège, une réalité ? Les deux ministres, à qui je dois la justice de dire qu'ils étaient pour néant dans ces difficultés , tout aussi étonnés que moi , m'assurèrent qu'on en rendrait le meilleur compte à Y assemblée des comités , et que j'en recevrais l'honneur dû à un si bon citoyen.
M. Vauchel, regardant la chose comme arrêtée, quoique. personne n'eût rien dit, emporta les minutes pour les faire refaire dans la journée du lendemain, après avoir ôté de l'acte le dépôt mis chez mon notaire, en ajoutant, comme reçus pak moi , deux cent mille florins au lieu de cent.
Quant à moi , je me retirai dans une confusion d'idées insupportable. Je voulais écrire aux ministres que je les suppliais de trouver bon qu'il n'y eût rien de fait , leur redemandant mes paroles. Mais ils s'étaient conduits si honorablement! L'on pouvait tourner contre moi mon invincible répugnance , en me supposant l'intention de vouloir revenir sur l'acte , pour préférer l'argent des ennemis à l'avantage de la patrie.
Enfin, très-indécis , le lendemain au soir nous fûmes chez M. Lajard. M. Vauchel y lut le nouvel acte, cependant que chacun collationnait un des quadruples. Moi, comme un déterré, j'envisageais M. T'auchel, pour voir si tout était fini. Ce rapporteur fit signer les ministres; mon tour vint : j'hésitais : on me pressa; je signai sans parler. M. Fauchel serra un de mes quadruples dans sa poche ; et comme je demandais les ordonnances de mes fonds, M. Fauchel, s'attablant pour les faire, se ressouvint subitement qu'il avait dans ses mains l'opposition d'un
sieur Provins , sans la main-levée de laquelle aucun ministre, disait-il , ne pouvait me remettre une ordonnance de fonds.
— Mais, monsieur, dis-je avecchaleur , vous m'avez fait reconnaître dans l'acte que^'e tes ai reçus comptant. — Cela est bien égal , dit-il. 11 n'y a qu'à mettre une addition à l'acte, qui dira qu'attendu cette opposition, vous ne toucherez- rien qu'elle ne soit levée.
— Messieurs, leur dis-je, ce Produis a été coudamné deux fois ; il est sans titre contre moi , je n'ai nulle affaire avec lui : ce n'est qu'un instrument qu'on fait agir à défaut d'autre , pour m'arrêter de toutes les façons. 11 demande quatre-vingt mille francs à mon vendeur le Brabançon , qui m'écrit 7ie lui rien devoir. Eh ! quel rapport cela peut-il avoir avec une affaire si majeure, qui regarde l'État et moi ? Gardez , si vous voulez , cent mille francs ou cent cinquante mille : mais ne détruisez point un objet capital pour vous , en nous faisant user les mille et un délais que la loi accorde à cet homme , pour que l'arrêt qui le condamne ait son entière exécution.
— Monsieur, me dit M. Fauchel, cela est impossible au ministre : mais faites en sorte que l'opposant s'explique au tribunal sur le maximum de sa prétention fausse ou vraie sur votre vendeur ; prenez-en acte : alors on pourra faire ce que vous demandez. — Non, non, monsieur, lui dis je ; déchirons plutôt les traités, et qu'il n'en soit jamais question ! Dans huit jours au plus tard vous aurez vos cinq cent 7nille livres , et vous me rendrez mes contrats. — On ne déchire point d'acte , me dit M. Fauchel, quand un ministre Va signé. Ces délais de condamnation solutive sont une affaire de quinze jours; voulez- vous annuler un acte qui nous a coûté tant de soins , pour le retard d'une quinzaine •*
Pendant ce temps il faisait froidement l'addition à l'acte signé par nous tous, par laquelle il était bien dit que ;e Me touchais point d'argent. Vous verrez, citoyens , quel usage on a fait depuis de mes reçus dans cet acte maudit, sans parler de la restriction qui en annulait l'effet. Vous en frémirez avec moi.
On me fit signer malgré moi l'addition; et je m'en revins en fureur délibérer ( trop tard ) sur ce qu'il fallait faire , emportant avec moi les minutes du premier acte , chargées de la main du ministre, où le dépôt chez mon notaire est spécifié comme chose arrêtée. Je vous les remettrai, Lecointre.
C'était le 18 juillet. Provins avait été déjà jugé et condamné : mon avoué me consolait, en me disant comme Fauchel: C'est t affaire de quinze jours! O citoyens, voyez vos belles lois! six mois après l'opposition , au 1^'' décembre suivant, tous les délais de l'ordonnance n'étaient pas encore expirés; et quand ils l'ont enfin été, lorsque ce Provins s'est
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trouvé coudamiié envers moi en tous dommages et intérêts, on l'a fait se pourvoir par appel contre cet arrêt. Il y a neuf mois que cela dure , et Dieu seul sait quand cela finira.
INous avons depuis essayé, comme f'auchelle conseillait, toutes les manières possibles de faire déclarer à cet homme devant le juge, à l'audience, à quoi, pour le plus fort , il portait ses fausses demandes contre le Brabançon mon vendeur , pour profiter de sa déclaration , en laisser le montant à la trésorerie nationale jusqu'à sa condamnation ultérieure , et me faire délivrer le reste. Mais on l'avait trop bien endoctriné! cet homme est resté dans le vague d'une opposition sans motif. Voilà ce que mon dénonciateur appelle ma reconnaissance de son droit.
Était-ce reconnaître un droit que de chercher tous les moyens d'engager le gouvernement à me payer, malgré cette opposition illusoire ? et pouvaisje ne pas céder, lorsqu'on refusait de le faire, aprhs les sicjnatwes données sur l'acte portant mon reçu de sommes que je n'ai point reçues ? Me restaitil d'autre ressource , dans l'état où l'on m'avait mis, que de constater tout au moins , en signant cette restriction, que l'opposition de cet homme, dont on n'avait parlé qu'après les signatures qu'on ne voulait plus annuler , avait suspendu des payements qu'on soutiendrait peut-être aujourd'hui m'avoir faits, notre acte en portant mon reçu , si l'addition signée ne démontrait pas le contraire ? Que n'ai-je pu ravoir cet acte , et le déchirer en mille pièces à l'instant où j'ouvris les yeux! Tout est horrible en cette affaire.
Arrêtons-nous! je sens que mon lecteur se îasse. Mon indignation qui renaît me rend moi-même hors d'état de continuer avec modération.
Qu'avais-je donc gagné, Lecointre , en sacrifiant mon intérêt de vendre a l'étranger , à V intérêt bien plus puissant de servir la patrie"^ Rien, sinon d'avoir reconnu que les ministres royalistes ni les comités réunis n'avaient cherché à nuire à cette affaire nationale; qu'un fort paiii dans les bureaux d'alors et les ministres populaires avaient seuls mis tous les obstacles qui nous empêchaient d'avancer.
Mais moi , quel était mon état.' J'avais perdu ma \raie propriété, et fait à mon pays le sacrifice des avantages qzie Von m'offrait ailleurs, sans avoir même acquis la sûreté de mon payement, puisqu'on m'avait forcé la main sur le dépôt chez mon notaire^ sous le vain dédommagement d'un intérêt dont je lie voulais pas , dont je n'ai pas touché un sou , quoiqu'on ait fait assurer à Lecointre que l'on m'avait payé /?o«r f intérêt échuAa somme de soixantecinq mille livres , tandis qu'on a trouvé moyen d'arrêter, saiis me rien payer , les intérêts, les capitaux, enfin jusqu'à mon proprcargent, par d'indignes l'ppor-itions!
Mais ceci n'était rien auprès de tout ce qui suivit. Malgré l'horreur que j'en ressens , j'ai commencé, il faut finir. Vous allez voir , ô citoyens ! par les ÉPOQUES qui vont sm'yre , jusqu'où , dans un temps de désordre , la scélératesse en crédit a osé porter son audace pour tâcher de faire périr un citoyen irréprochable, et parvenir enfin à voler la nation sans qu'on put s'en apercevoir , comme on le fait de tous côtés. Mais malheur à qui m'a forcé d'entrer dans ces affreux détails! Ils ont tous espéré me faire égorger par le peuple trompé ; cinq fois l'affreu^ poignard ameuaeéma vie : s'ilsle fontaujourd'hui, c'est un crime perdu; leur infamie est imprimée.