A L'ÉDITEUR DE LA. CHRONIQUE DU MATIN
G mai I77f..
Monsieur l'Éditeur,
Je suis un étranger français, plein d'iionneur. Si ce n'est pas vous apprendre absolument qui je suis, c'est au moins vous dire, eu plus d'un sens , qui je ne suis pas; et, par le temps qui court, cela n'est pas tout à fait inutile à Londres.
Avant-hier au Panthéon , après le concert et pendant qu'on dansait, j'ai trouvé sous mes pieds un manteau de femme , de taffetas noir, doublé de même et bordé de dentelle. J'ignore à qui ce manteau appartient; je n'ai jamais vu, pas même au Panthéon , la personne qui le portait , et toutes mes recherches depuis n'ont pu rien m'apprendre qui fût relatif à elle.
Je vous prie donc, monsieur l'Éditeur, d'annoncer dans votre feuille ce manteau trouvé, pour qu'il soit rendu fidèlement à celle qui le réclamera.
Mais afin qu'il n'y ait point d'erreur à cet égard , j'ai l'honneur de vous prévenir que la personne qui l'a perdu était ce jour-là coiffée en plumes couleur de rose ; je crois même qu'elleavait des pendeloques de brillants aux oreilles , mais Je n'eu suis pas aussi certain que du reste. Elle est grande , bien faite ; sa chevelure est d'un blond argenté , son teint éclatant de blancheur; elle a le cou fin et dégagé, la taille élancée, et le plus joli pied du monde. J'ai même remarqué qu'elle est fort jeune, assez vive et distraite ; qu'elle marche légèrement, et qu'elle a surtout un goût décidé pour ladanse.