‹ [Œuvres complètes] (volume 2)Chapitre 13 sur 79 · INTRODUCTION III · texte numérisé non relu

INTRODUCTION III

Cette orientation nouvelle a de quoi surprendre, et n'a pas manqué de le faire'. On ne saurait croire, quand on vient de lire Carmen, Arsène Guillot et VAbbé Aubain, à une usure de l'imagination de l'auteur. Mais sans doute Mérimée désire-t-il de plus en plus s'employer à la découverte ou à l'interprétation de faits réels. C'est une aventure assez commune vers la quarantaine, et c'est notamment le cas de son contemporain Sainte-Beuve. On peut attribuer à Mérimée, vers cet âge, un goût d'autant plus vif de l'authentique, qu'il l'avait, au temps du Théâtre de Clara Gazul et de la Guzla, plus cavalièrement truqué. Le zèle de l'érudit devenait la pénitence du mystificateur et du pasticheur. Rappelons aussi que Mérimée était, depuis 1834, inspecteur des monuments historiques; depuis 1843, membre de l'Académie des inscriptions et belles -lettres, et membre de l'Académie française depuis le 14 mars 1844.

C'est le lendemain 15 que la Revue des Deux Mondes publiait Arsène Guillot, dont l'histoire est un peu mêlée à celle de cette édition. Voici comme en parle Augustin Filon dans Mérimée et ses amis'^ :

« Mérimée crut faire merveille en lisant une nouvelle

1. M. Maurice Levaillant, entre autres, après avoir noté que les jeunes gens saluaient alors comme un maître l'auteur de Carmen, de Colomba, de la Chronique, et « attendaient de lui un chefd'œuvre indiscuté » dans ce genre, ajoute : « Par quel paradoxe psychologique Mérimée se jugea-t-il indigne de l'écrire ? » [Revue hebdomadaii-e, les Etapes de Prosper Mérimée, 25 décembre 1926 et 1" janvier 1927). Il y revient dans un autre article : « Pourquoi ce dédain ou cette indifférence envers son propre génie.' » [Nouvelles littéraires, 12 mars 1927).

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