INTRODUCTION XI
donne. La portière, surprise de ne pas la voir redescendre, monte à son grenier, trouve la femme morte sur son grabat et la petite fille occupée à brûler une énorme quantité de lettres qu'elle tirait d'une fort grande malle. Elle dit : « Ma mère est morte cette nuit et elle m'a char- « gée de brûler toutes ses lettres sans les lire. » Cette enfant n'a jamais su le véritable nom de sa mère; elle se trouve maintenant absolument seule au monde, et n'ayant d'autre ressource que celle de faire les vautours, les singes ou les diables à l'Opéra'... » Arsène Guillot n'estelle pas cette petite fille qui aurait mal tourné, mais qui, au fond , est restée honnête ? Et cette anecdote vécue n'annonce-t-elle pas les premières pages de la nouvelle ? Voilà, semble-t-il, d'où est parti Mérimée. Faute d'une autre confidence, on ne peut que se livrer sur le reste au jeu des hypothèses. M""' de Piennes dit à son docteur : « Je bâtis toute une histoire sur une figure, sur un regard. « Pourquoi ne pas appliquer cela à Mérimée lui-même? Ce n'est ni la première ni la dernière fois que l'amour est présenté comme une rédemption des pécheresses. « De Manon Lescaut à la fille Elisa, que de courtisanes amoureuses! », écrit Augustin Filon^. Il est vrai, mais celle-ci se distingue par deux traits qui peutêtre ne furent pas perdus : elle est poitrinaire, et elle n'aime plus les camélias pour en avoir désiré un qui lui fut refusé. Nous pensons à Marguerite Gautier, dont Alexandre Dumas fils a placé l'histoire entre 1842 et 1847, quand Mérimée écrivait celle d'Arsène.
1. Lettres à une Inconnue, I, p. 5-6 (la lettre n'est pas datée, mais remonte à 1832 environ). — Cf. P. Trahard, la Jeunesse de P. Mérimée, t. II, p. 248.