‹ [Œuvres complètes] (volume 2)Chapitre 23 sur 79 · INTRODUCTION XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIII

lorsque son amour « meurtri et dévasté » eut disparu, il se peut que son cœur ait battu pour un autre. Furieux, il la tua'.

On devait cette révélation à M™* Roger, née Mintz Nadushka et arrière-petite-fille de la victime de don José. Danseuse elle-même et cantatrice, elle triomphait surtout dans le rôle de Carmen — « inspiration vraiment filiale », mais qui avait failli lui coûter cher : car des gitanos de sa tribu, indignés, étaient venus l'empoisonnera Londres pour ce crime de lèse -ascendance. Sans rancune, et comme eux dévouée à la réputation de son aïeule, elle disait : « Vous qui pleurez si abondamment sur la Dame aux camélias et sur Manon Lescaut, pourquoi jetez-vous ainsi la pierre à la triste Carmen? »

Une autre communication, signée Alphonse Derué et s'autorisant de deux lettres d'un certain Jacques Derué, « peintre assez connu » qui aurait voyagé en Espagne avec Mérimée, confirmait opportunément le dire de M™^ Nadushka-Roger, sauf sur un point sensible : Ar Mintz n'aurait pas été vertueuse.

Toute l'histoire avait un air de publicité et de mystification. Jules Claretie déclarait ses doutes quant à cette Ar Mintz devenue Carmen. D'autres correspondants se montraient également sceptiques, et donnaient leurs raisons. En fait, ni M™*' Roger ni M. Derué n'ont jamais apporté leurs pièces. Nul document, nul talisman, nulle lettre ou croix de ma mère ne sont venus convaincre les

1. Sur cette prétendue identification de Carmen, cf. aussi L. Pinvert, Sur Mérimée {Bulletin du Bibliophile, mai 1908, p. 239). M. Pinvert cite tous les articles de journaux, plus ou moins fantaisistes, qui ont paru à ce sujet d'août à novembre 1907 ; ils sont négligeables.

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