‹ [Œuvres complètes] (volume 2)Chapitre 25 sur 79 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

beaucoup de soin, j'ai fait de mon héroïne une Bohémienne. »

Ce fragment de lettre a été cité pour la première fois, en 1901, par M. Maurice Tourneux dans sa préface à la Carmen des Cent bibliophiles. Il en avait eu communication par Augustin Filon. A moins de supposer chez Mérimée une défaillance de mémoire, une confusion quelconque, ce témoignage si net paraît incontestable, Carmen n'est pas une pure fiction, et c'est bien en 1830 que la comtesse de Teba lui a conté le fait-divers qui fut l'occasion de sa célèbre nouvelle ' . Ce qui ne veut pas dire qu'il l'eût écrite dès 1830 ou 1831 comme il l'a écrite en 1845. Sa phrase sur les Bohémiens et sa Bohémienne est particulièrement à retenir. Si M""* Nadushka-Roger en avait pris connaissance, il est probable qu'elle eût laissé en repos l'ombre d'Ar Mintz, la prétendue gitane : Carmen, victime d'un « Jacque de Malaga », n'est devenue gitane que par la volonté de Mérimée, et parce que « depuis quelque temps » — quinze ans après — il « étudie les Bohémiens avec beaucoup de soin''* ».

1. « Vous souvenez-Tous des belles histoires que vous me contiez, en 1830, dans la Calle del Sordo, sur l'Alhambra et le Genéralifie ? » (lettre à la comtesse de Montijo, du 31 juillet 1847). Augustin Filon, qui la cite, p. 53, nous apprend aussi que la comtesse « lui suggéra Don Pèdre », p. 85. Elle ne s'en tenait pas, comme on voit, à ces « belles histoires ».

2. Une lettre inédite, du 16 novembre 1844, à M"" de Montijo parle de ses propres recherches sur les gitanos, à propos de Borrow (voy. infra). Une autre, inédite aussi, du 29 avril 1843, contenait une allusion à José Maria. Sur les origines de Carmen, on peut encore faire état d'un témoignage récent du comte J. N. Primoli touchant le beau-frère de la comtesse de Teba : « Veuf, depuis quelques années, d'une grande dame qui ne lui avait pas donné d'héritier, il était devenu la proie d'une cigarrera. » Elle

Page 1