‹ [Œuvres complètes] (volume 2)Chapitre 3 sur 79 · IV A PROPOS DE CARMEN · texte numérisé non relu

IV A PROPOS DE CARMEN

subissons, le flairons. Et quand Carmen, plus loin, sort de l'eau du Guadalquivir à Vheure incertaine et crépusculaire oii tiennent s'y baigner les femmes de Cordoue, bien que purifiée par le bain et fraîche autant qu'une Vénus, nous reconnaissons la sorcière : « Elle était simplement, peut-être pauvrement vêtue, tout en noir, comme la plupart des grisettes dans la soirée... En arrivant auprès de moi, ma baigneuse laissa glisser sur ses épaules la mantille qui lui couvrait la tête et à V obscure clarté des étoiles Je vis qu'elle était petite. Jeune, bien faite, et quelle avait de très grands yeux. . . » Et, plus haut : « Elle avait dans les cheveux un gros bouquet de Jasmins dont les pétales exhalent le soir une odeur enivrante... » Et, déjà, le lecteur est enivré.

Plus loin, le portrait de Carmen se précise. N'est-ce pas un art délicieux, cet art qui, d'abord, n'a fait qu'esquisser le sombre et puissant petit être P N'est-ce point beau de la faire sortir d'un fleuve, le soir, comme une force fraîche de la nature, pour que nous pressentions tout de suite en elle celle qui donne tellement soif et qui peut devenir si perfide P On cite toujours la scène de la fabrique de cigares (depuis lors bien souvent refaite, imitée); Je préfère ce début, cette ombre, cette équivoque limpidité, et ensuite, à la « neveria », sous la lueur faible de la bougie, enfermée dans un globe de verre, le portrait plus appuyé

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